Horizon Hunters Gathering repart de zéro : Guerrilla débranche le jeu-service

Guerrilla Games a retiré la couche de jeu-service de son Horizon multijoueur après des retours de test mauvais, et joue son projet d'ici décembre. Un quatrième revers pour la stratégie en ligne de PlayStation, dont la suite de la série pourrait faire les frais.

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Annoncé au début de l’année comme la prochaine grande exclusivité multijoueur de la PlayStation 5, Horizon Hunters Gathering vient d’être renvoyé à la planche à dessin. Le jeu confié à Guerrilla Games devait embarquer jusqu’à trois joueurs dans une chasse coopérative aux machines de l’univers d’Aloy, avec la mécanique économique qui va avec : saisons, contenus livrés au fil de l’eau, revenus étalés sur des années. Un jeu-service, dans le vocabulaire de l’industrie.

Les testeurs n’en ont pas voulu. D’après l’enquête publiée le 19 août 2026 par Jason Schreier pour Bloomberg, Sony Interactive Entertainment et Guerrilla ont décidé de retirer purement et simplement la couche de service en direct pour ramener le projet à une aventure coopérative scénarisée, d’une ambition bien plus modeste. Le chantier a démarré en juin. Il vient s’ajouter à une liste d’échecs qui s’allonge depuis quatre ans chez l’éditeur japonais. Que reste-t-il de la stratégie multijoueur de PlayStation quand son studio le plus prestigieux doit repartir d’une feuille blanche ?

Un redémarrage engagé en juin, mais pas une annulation

Les sources citées par Bloomberg décrivent un travail de reconstruction interne entamé dès le mois de juin 2026, après une phase de test fermée dont les retours ont été jugés mauvais. La direction n’a pas coupé le budget : elle a demandé autre chose. Le mode histoire remplace la promesse de saisons, la boucle coopérative reste, et le périmètre général du jeu se réduit fortement par rapport à ce qui avait été présenté au printemps.

Le calendrier, lui, est serré. Le studio aurait indiqué à ses équipes qu’il disposait jusqu’en décembre 2026 pour convaincre la direction avec une version retravaillée. Une partie des effectifs a déjà été redéployée vers un autre projet, lui aussi soumis à une évaluation à la même échéance. Deux paris, une seule date butoir.

Ce n’est donc pas une annulation, et la nuance compte. Sony a suffisamment d’annulations à son actif ces dernières années pour qu’on distingue les deux : ici, le jeu existe toujours, il change simplement de nature. Reste à savoir pourquoi la nature initiale a déplu à ce point.

Le modèle jeu-service que les testeurs ont rejeté

Un jeu-service repose sur une promesse simple : le joueur revient chaque semaine, dépense un peu, et le studio finance ainsi plusieurs années d’exploitation. Le problème est que cette promesse suppose une communauté déjà acquise, ce que Horizon possède sous forme de public solo, pas sous forme de joueurs compétitifs installés. Transposer une licence contemplative à la troisième personne vers un modèle de fidélisation hebdomadaire relevait du pari, et le pari a été perdu au stade du test.

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Le trailer d’annonce d’Horizon Hunters Gathering, publié sur la chaîne officielle PlayStation.

Le rejet n’est pas propre à Guerrilla. Les joueurs sanctionnent depuis deux ans les structures perçues comme extractives, et la fronde qui a noyé le dernier State of Play autour de la disparition annoncée des disques en donnait déjà la mesure. Le sentiment général est celui d’une industrie qui demande plus, plus souvent, pour un contenu qui ne grandit pas à proportion.

Quatre années d’échecs pour le virage multijoueur de Sony

Le pivot remonte à 2022, quand PlayStation annonce à ses investisseurs vouloir aligner une douzaine de titres en service au tournant de la décennie. Le bilan, quatre ans plus tard, tient en quelques dossiers.

  • Concord, retiré de la vente moins de deux semaines après sa sortie à l’été 2024, avant la fermeture pure et simple du studio Firewalk ;
  • le multijoueur de The Last of Us, abandonné par Naughty Dog fin 2023 après des années de développement ;
  • le projet multijoueur tiré de God of War, dont l’abandon a entraîné la fermeture de Bluepoint Games ;
  • Horizon Hunters Gathering, reconstruit depuis juin 2026 sans sa dimension de service.

Les personnes proches du dossier interrogées par Bloomberg évoquent des efforts qui ont brûlé des centaines de millions de dollars et des années de développement pour transformer des franchises solo en jeux multijoueurs. Le chiffre n’est pas anodin pour un éditeur qui, dans le même temps, a fermé des studios entiers et rogné sur ses productions les plus classiques.

Cette accumulation dessine moins une série de malchances qu’un problème de méthode, et elle pèse désormais sur le calendrier des licences concernées.

Ce que le redémarrage coûte à la suite d’Horizon

Pendant que l’essentiel de Guerrilla travaillait sur Hunters Gathering, une équipe réduite préparait le prochain épisode solo de la série. C’est la partie de l’enquête qui devrait le plus inquiéter les joueurs : ce nouvel Horizon est encore à plusieurs années de son achèvement, ce qui repousse mécaniquement l’horizon d’une suite déjà attendue.

Une petite équipe travaille actuellement à la conception du prochain jeu Horizon en mode solo, mais il faudra encore plusieurs années avant qu’il ne soit achevé, selon des sources proches des projets du studio.

Jason Schreier, journaliste à Bloomberg, dans son enquête du 19 août 2026 sur le redémarrage d’Horizon Hunters Gathering, traduite par jeuxvideo.com le 21 août 2026

Le dernier volet solo, Horizon Forbidden West, est sorti en février 2022. Le premier épisode remonte à février 2017. Sur ce rythme, la série a tenu une cadence de cinq ans entre deux jeux ; le détour par le multijoueur en ajoute plusieurs, et prive la licence de sa vitrine la plus rentable pendant que la concurrence occupe le terrain.

Deux jeux Horizon multijoueurs, un seul dans les temps

Une confusion revient régulièrement dans les discussions, et elle mérite d’être levée. Deux projets Horizon en ligne coexistent : Hunters Gathering, développé en interne par Guerrilla pour PlayStation 5 et PC, et Horizon Steel Frontiers, un jeu de rôle massivement multijoueur confié au studio coréen NCSoft. Le second n’est pas concerné par le redémarrage et se trouve, d’après les éléments disponibles, plus avancé que le premier.

La sous-traitance d’une licence maison à un partenaire externe pose ses propres questions de cohérence artistique. Elle a au moins l’avantage de ne pas immobiliser le studio principal, ce qui, vu la situation, ressemble rétrospectivement à une décision prudente.

Décembre, le vrai rendez-vous

La date de décembre 2026 fonctionne comme un couperet, et elle en dit long sur la manière dont PlayStation pilote désormais ses productions internes. Un studio de la stature de Guerrilla doit prouver en six mois qu’un projet reconstruit tient la route, là où l’industrie raisonnait il y a peu en cycles de cinq à sept ans.

Guerrilla emploie plusieurs centaines de personnes à Amsterdam et porte, avec Horizon, l’une des trois ou quatre franchises que Sony peut encore opposer à Nintendo et Microsoft. Sa fermeture est peu vraisemblable. Un nouveau redimensionnement des équipes, en revanche, reste une hypothèse crédible si l’évaluation de fin d’année tourne mal, comme l’a montré la vague de remakes qui trahit une industrie prudente depuis deux ans.

Le calendrier de PlayStation pour 2027 dépend en partie de ce verdict, tout comme sa capacité à convaincre qu’elle a tiré les leçons de son récent repli sur les portages PC.

Ce que Guerrilla doit démontrer d’ici la fin de l’année

Il y a quelque chose d’instructif dans ce retour en arrière. Un studio a passé plusieurs années à construire ce que sa direction lui demandait, et découvre en test que les joueurs voulaient exactement ce qu’il savait déjà faire : une aventure écrite, jouable à plusieurs, sans compteur de saison. La leçon coûte cher, mais elle est nette.

Le vrai test viendra du contenu présenté en décembre. Une campagne coopérative écrite dans l’univers d’Aloy n’a pas le même profil économique qu’un service exploité sur cinq ans ; elle se rentabilise à la vente, pas à l’usage, et suppose une qualité d’écriture que Guerrilla a déjà prouvée sur ses deux jeux solo. Ce basculement de modèle, la même colère des joueurs l’a déjà imposé ailleurs, comme lors de la fronde contre la fin des disques.

Reste la question que Sony n’a toujours pas tranchée publiquement : combien de projets en service survivent encore dans ses cartons, et à quelle échéance leur direction compte-t-elle les évaluer ? La réponse dessinera le visage de la PlayStation des trois prochaines années bien plus sûrement que n’importe quelle annonce de conférence.

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