Pas de disque, pas d’achat : la fronde des joueurs a noyé le State of Play de Phantom Blade Zero

Le State of Play du 17 août devait dérouler Phantom Blade Zero. Le chat n'a parlé que de disques, et la fronde contre la fin du support physique en 2028 s'invite désormais dans chaque prise de parole de PlayStation.

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Le 17 août, PlayStation a diffusé un State of Play entièrement consacré à Phantom Blade Zero, l’action-RPG chinois du studio S-Game attendu le 29 octobre sur PS5. Un State of Play, c’est le format court de Sony : une vingtaine de minutes de vidéo sur YouTube et Twitch pour dérouler un jeu ou une salve d’annonces, sans présentateur ni public. Cette fois, le chat de la diffusion était resté ouvert, et il n’a pas parlé de kung-fu.

Pendant toute la présentation, une même formule a défilé sans discontinuer : no disc, no buy, autrement dit pas de disque, pas d’achat. La colère née de l’arrêt de la production de disques annoncé en juillet déborde des réseaux sociaux vers les propres vitrines de la marque, et elle vise une décision qui ne prendra effet qu’en janvier 2028. Comment une querelle de support de stockage en est-elle venue à noyer la présentation d’un jeu qui n’appartient même pas à Sony ?

Un chat laissé ouvert, vingt minutes détournées

Laisser les commentaires actifs relevait du pari, et il a été perdu en quelques secondes. Selon IGN, dont les captures ont circulé dans la nuit, le fil de discussion YouTube s’est rempli du même slogan répété par des centaines de spectateurs, ponctué d’émojis de disques compacts. Les réactions consacrées au jeu lui-même ont été enfouies sous cette avalanche, alors que S-Game dévoilait au même moment ses systèmes de combat les plus attendus.

La mobilisation ne s’est pas arrêtée avec la fin du direct. Sous la version disponible à la demande, les commentaires les mieux notés rebaptisent le jeu Phantom Disc Zero, une raillerie qui a essaimé en quelques heures. Sony n’a pas réactivé la relecture du chat sur la vidéo archivée, ce qui n’a rien changé : la contestation s’est déplacée d’un champ de saisie à l’autre.

Le phénomène n’est pas isolé. La bande-annonce de Marvel’s Wolverine publiée cet été a accumulé plus de 10 000 commentaires portant uniquement sur les disques, sans rapport avec le jeu d’Insomniac. Chaque publication de la marque devient un point de ralliement, ce qui pose une question simple : que reproche-t-on exactement à Sony ?

Ce que Sony a réellement décidé le 1er juillet

L’annonce tient en une ligne sur le blog officiel de PlayStation : à partir de janvier 2028, plus aucun nouveau jeu ne sortira sur disque sur les consoles de la marque. Les titres inédits seront vendus sur le PlayStation Store, ou sous forme de boîtes vides contenant un code de téléchargement chez les revendeurs. Le catalogue existant n’est pas concerné, mais la trajectoire ne laisse guère de doute sur la nature de la prochaine machine.

Il y a plusieurs raisons à cette décision, la principale étant que la numérisation des contenus progresse partout, c’est le facteur déterminant. Ce n’est pas seulement vrai pour PlayStation, mais pour toutes les formes de contenus.

Lin Tao, directrice financière de Sony, lors de la séance de questions-réponses des résultats trimestriels du groupe, le 31 juillet 2026

Interrogée le même jour sur la fronde en cours, la dirigeante a reconnu comprendre l’attachement des joueurs au format physique, tout en confirmant que le groupe avancerait prudemment mais sans revenir en arrière. Sony n’anticipe aucun effet négatif sur son activité, position qu’aucune déclaration publique n’a nuancée depuis. Vous mesurez l’écart avec ce que disent les chiffres de vente hors des États-Unis.

Les 15 % qui ne disent pas tout

L’argument le plus souvent opposé aux protestataires tient dans une statistique : seuls 15 % des jeux PlayStation seraient encore achetés sur disque. Le chiffre est exact, mais il décrit le marché américain, et la photographie change dès qu’on traverse une frontière.

  • Allemagne : 58 % des jeux vendus le sont sur support physique, selon le rapport annuel de la branche allemande du jeu vidéo publié en 2026 ;
  • France : le disque reste majoritaire, à 55 % des ventes ;
  • Japon : 51 % des exemplaires de Resident Evil Requiem sont partis en boîte, sur le marché domestique de Sony lui-même ;
  • Royaume-Uni : entre 40 et 45 % des jeux continuent de se vendre sur disque ;
  • États-Unis : 15 %, le plancher qui sert de référence à toute la communication du secteur.

Autrement dit, la bascule ne coûtera pas la même chose partout, et les marchés qui résistent le mieux au tout-numérique sont ceux d’Europe continentale. Le rachat de Micromania par un quatuor franco-québécois, plus tôt cet été, s’est d’ailleurs joué sur ce pari : un réseau de boutiques n’a d’avenir que s’il reste quelque chose à mettre en rayon.

À ces écarts géographiques s’ajoute une inquiétude qui n’a rien de sentimental. Une bibliothèque dématérialisée est une licence d’usage révocable, et la panne de quinze heures qui a coupé les joueurs Xbox de leurs jeux a rappelé ce que signifie dépendre d’un serveur.

Phantom Blade Zero, victime collatérale

Le studio S-Game n’a rien à voir avec la politique commerciale de Sony, et son jeu n’est pas édité par PlayStation. La présentation du 17 août devait être son moment : plus de 30 armes principales, 25 armes secondaires baptisées Phantom Edges, trois modes de difficulté allant du contemplatif Wayfarer au redoutable Sixty-Six Days, et un monde wuxia sombre nommé le Wulin que le studio gardait sous scellés depuis trois ans.

Youtube video
Le State of Play du 17 août 2026 consacré à Phantom Blade Zero, diffusé sur la chaîne officielle PlayStation.

La séquence la plus attendue portait sur le rôle tenu par Donnie Yen dans le projet, à la fois consultant créatif et interprète du personnage de Mó Yuan par capture faciale et corporelle. Aucune de ces annonces n’a percé le mur de commentaires, et les rares messages consacrés au jeu se sont retrouvés noyés au milieu des emojis de galettes argentées.

Le malentendu tient à un détail de calendrier. Les précommandes du jeu sont uniquement numériques, et aucune édition boîte n’a été annoncée à ce jour. Pour une partie des joueurs, Phantom Blade Zero est devenu le premier symbole concret d’un basculement qu’ils croyaient encore lointain.

Un boycott peut-il faire plier un constructeur ?

La communauté qui porte le mouvement est loin d’être unanime sur ses chances de succès. Sur Reddit, une partie des participants veut inonder chaque publication PlayStation jusqu’à ce que le sujet devienne impossible à ignorer dans la presse spécialisée. D’autres jugent la démarche vouée à l’échec, en rappelant que les commentaires ne coûtent rien et que les mêmes protestataires continuent d’acheter leurs jeux en téléchargement.

Une étape supplémentaire a été franchie avec l’appel à un blocus, le PSBlackout : ni achat, ni connexion au réseau du 23 au 30 août. L’initiative émane notamment de DoesItPlay, une association qui milite pour la préservation des jeux et qui avait déjà attaqué la fermeture de studios comme Bluepoint.

L’histoire récente donne des arguments aux deux camps. Aucune sanction commerciale mesurable n’a jamais suivi ce genre de mobilisation, et l’abandon du support physique pour les précommandes de GTA 6 n’a pas empêché le jeu de battre des records d’intentions d’achat.

Reste que la nuisance d’image est réelle et durable. Sony organise des présentations pour vendre des jeux, pas pour offrir une tribune permanente à ses opposants, et chaque prise de parole devient un risque de communication. Les studios partenaires, eux, commencent à en payer le prix sans jamais avoir été consultés.

Ce que la prochaine console devra trancher

La question posée à Sony n’est plus vraiment celle du disque, dont la disparition industrielle était écrite depuis longtemps. Elle porte sur ce qui remplace la possession : droit de revente, transmissibilité d’une bibliothèque, garantie de fonctionnement d’un jeu vingt ans après son achat. Aucune de ces garanties n’existe aujourd’hui dans le tout-numérique, et c’est ce vide que les protestataires désignent, faute de mieux, en réclamant une galette de plastique.

Les prochains mois diront si la fronde tient jusqu’à la sortie de Phantom Blade Zero fin octobre, puis jusqu’à l’annonce de la machine suivante. Sony a devant lui dix-huit mois avant l’échéance de 2028 pour proposer autre chose qu’un catalogue en location déguisée, et le sujet ne se refermera pas de lui-même : il ressurgira à chaque diffusion, tant que la réponse tiendra en une promesse de prudence.

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