Dans cet article Dans cet article
Les fans de Phoenix Wright attendaient une nouvelle affaire, ils auront un casque sur la tête. Lors de la keynote Meta Connect du 23 septembre, Ace Attorney: Dual Destinies VR a été annoncé pour 2027, uniquement sur les casques Meta Quest et les futures Meta VR Glasses. Il ne s’agit pas d’un nouvel épisode, mais d’une refonte en réalité virtuelle du cinquième volet de la série, sorti sur Nintendo 3DS en 2013.
Ace Attorney, c’est la saga de procès de Capcom née sur Game Boy Advance en 2001 : on enquête, on interroge des témoins puis on démonte leurs mensonges au tribunal à coups de preuves et de « Objection ! » criés à l’écran. Un jeu de lecture et de déduction, jusqu’ici jouable sur n’importe quelle console portable. Que gagne la série à passer en VR, et que perdent les joueurs qui n’ont pas l’intention d’acheter un casque ?
Un remake de Dual Destinies, pas une nouvelle affaire
Dual Destinies n’est pas l’épisode le plus ancien de la saga, ni le plus rare. Après sa sortie sur 3DS, il a été réédité en janvier 2024 dans la compilation Apollo Justice: Ace Attorney Trilogy, disponible sur PS4, Switch, Xbox One et PC. Le jeu choisi pour la VR est donc déjà accessible sur les machines classiques, dans une version remasterisée récente.
Selon Gematsu, cette version est développée par le studio AMATA Games sous licence Capcom. Le joueur y reprend les rôles de Phoenix Wright, Apollo Justice et Athena Cykes, les trois avocats du cabinet Wright. Le jeu sera proposé en sept langues, dont le français, ce qui n’a pas toujours été acquis pour la série.
Le vrai manque est ailleurs. Le dernier épisode inédit de la série principale, Spirit of Justice, date de 2016 sur 3DS, et la série principale attend un épisode inédit depuis dix ans. Voir Capcom remettre en scène une enquête connue plutôt qu’en écrire une nouvelle a de quoi frustrer les habitués.
Crier « Objection ! » pour de vrai
La promesse de cette adaptation tient dans le passage de l’écran tactile à l’espace. D’après la présentation officielle relayée par Gematsu, le jeu repose sur quatre mécaniques pensées pour la VR :
- un tribunal immersif où l’on fait face aux témoins, à hauteur d’yeux ;
- des objections lancées à la voix, en plus du pointage de la main ou de la manette ;
- des scènes de crime modélisées en 3D, à fouiller avec des gestes ;
- des affaires découpées en épisodes, fidèles à la structure du jeu de 2013.
Le suivi des mains remplace ici le stylet de la 3DS : on présente une pièce à conviction en la tendant, on désigne un témoin du doigt pour l’interroger. La manette reste possible pour ceux qui préfèrent jouer assis sans parler à voix haute, ce qui n’est pas un détail dans un salon partagé.
Une bande-annonce qui mise sur la présence
Le trailer d’annonce, publié par la chaîne officielle Ace Attorney VR, dure une trentaine de secondes. Il montre surtout le tribunal vu à la première personne, avec les personnages modélisés en 3D qui réagissent face au joueur.
Le procédé n’est pas nouveau chez les adaptateurs spécialisés. Le studio Flat2VR prépare par exemple une version VR de High on Life pour 2027, et ces portages donnent une seconde vie commerciale à des jeux déjà rentabilisés. Reste à savoir si un jeu fait de longs dialogues supporte des sessions casque sur la tête.
Un jeu au service des lunettes de Meta
Le calendrier n’a rien d’un hasard. Le jeu a été présenté le jour où Meta dévoilait ses VR Glasses, des lunettes d’environ 100 grammes vendues 1 299,99 dollars aux États-Unis au printemps 2027, avec un boîtier de calcul relié par câble. Meta promet plus de 75 jeux compatibles au lancement, et Ace Attorney fait partie des vitrines.
Pour Meta, l’enjeu est de convaincre ceux qui fuient les casques massifs. Le discours de Mark Zuckerberg sur scène allait exactement dans ce sens :
Beaucoup de gens s’accordent à dire que les lunettes de réalité augmentée avec hologrammes font clairement partie de l’avenir, mais nous avons aussi entendu que beaucoup de gens sont moins intéressés par le port d’un casque.
Mark Zuckerberg, PDG de Meta, lors de la keynote de la conférence Meta Connect, le 23 septembre 2026
Un jeu narratif, calme, sans déplacement rapide, correspond bien à ce public qui n’a jamais joué en VR. Ace Attorney sert ainsi d’argument pour vendre un appareil, autant que l’appareil sert à relancer la licence.
Ce que les joueurs sur console y perdent
À ce stade, aucune version PS VR2 ni PC n’a été annoncée, et seule la gamme Meta est citée : Quest 2, Quest 3, Quest 3S, Quest Pro et VR Glasses. Pour jouer à cette version, il faudra donc un casque d’une seule marque, là où la série a toujours été disponible sur les consoles Nintendo et, plus récemment, sur toutes les plateformes.
Le prix du jeu n’est pas encore connu. Mais pour un joueur Switch ou PS5 qui voudrait suivre Phoenix Wright, le ticket d’entrée passe par l’achat d’un appareil entier, là où la trilogie Apollo Justice se trouve déjà en version classique. Cette logique d’exclusivité matérielle rappelle la machine à remakes que Capcom fait tourner depuis plusieurs années, avec un public cette fois bien plus restreint.
La VR comme laboratoire pour la suite de la saga
Si Dual Destinies VR trouve son public, Capcom disposera d’un test grandeur nature sur la capacité de la série à vivre hors des écrans plats. Un succès pourrait ouvrir la porte à d’autres épisodes adaptés, voire à une affaire inédite pensée dès le départ pour la voix et les gestes.
Un échec, à l’inverse, confirmerait que les fans attendent d’abord un nouveau scénario. La vraie question pour 2027 est donc moins technique qu’éditoriale : Capcom saura-t-il écrire la suite des aventures de Phoenix Wright au lieu de rejouer ses anciens procès sur de nouveaux supports ?


