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Netflix a dévoilé le 12 août le casting vocal complet de Charlie vs. the Chocolate Factory, son film d’animation tiré de l’univers de Roald Dahl, et l’affiche fait tourner la tête : Taika Waititi y prête sa voix à Willy Wonka, aux côtés de Kate Winslet, Helena Bonham Carter et Kit Connor.
Le projet n’est ni un remake ni une préquelle. Il se présente comme une suite lointaine du roman de 1964, située des années après le concours du Ticket d’or, et il emprunte les codes du film de casse plutôt que ceux de la comédie musicale enfantine. La plateforme exploite ici un catalogue qu’elle possède en propre depuis le rachat de la Roald Dahl Story Company en 2021, une acquisition dont elle peine encore à tirer un succès de premier plan.
L’annonce contient pourtant un détail qui compte davantage que les noms au générique, et qui dit quelque chose de la stratégie du groupe pour les deux prochaines années. Lequel ?
Un Wonka sorti de prison et des gamins cambrioleurs
Le synopsis diffusé par Netflix assume la rupture de ton. Wonka a passé les années suivant le concours du Ticket d’or derrière les barreaux, condamné pour avoir transformé une enfant en myrtille. Sa peine purgée, il revient à son usine avec l’intention d’adoucir un monde devenu amer.
Une bande d’adolescents se met en travers de sa route. Charlie Paley, incarné vocalement par Kit Connor, et ses amis sont menacés d’expulsion : pour sauver leurs logements, ils projettent de s’introduire dans la fabrique et d’y dérober une barre Wonka hors de prix. Comme les enfants du roman avant eux, ils découvrent que l’usine se défend mieux qu’ils ne l’avaient prévu.
La réalisation est confiée à Jared Stern, à qui l’on doit La Grande Aventure LEGO Batman, et à Elaine Bogan, passée par la série animée Trollhunters. Le communiqué promet des chansons originales, des personnages inédits et quelques visages familiers, le tout dans le registre britannique qui a fait la marque de Dahl. Netflix Animation en avait montré un premier extrait en cours de fabrication au festival d’Annecy, présentation réservée aux professionnels dont aucune image publique n’a filtré depuis.
Un casting vocal qui aligne les gros noms
La distribution annoncée le 12 août dépasse largement le duo de tête. Huit interprètes ont été confirmés, dont plusieurs visages très identifiés par le public des plateformes :
- Taika Waititi dans le rôle de Willy Wonka, également producteur exécutif du film ;
- Kit Connor en Charlie Paley, révélé par Heartstopper et pressenti pour incarner Cyclope dans le prochain film X-Men ;
- Kate Winslet et Helena Bonham Carter, deux habituées des rôles à contre-emploi ;
- Nicola Coughlan, connue pour Bridgerton, et Charithra Chandran, vue dans l’adaptation de One Piece ;
- Samson Kayo, aperçu dans F1, et Christopher Chung, l’un des visages de Slow Horses.
La présence de Kit Connor n’a rien d’un hasard de calendrier. Le comédien reste l’un des actifs les plus sûrs de la plateforme depuis le long-métrage qui a clos Heartstopper, et son passage annoncé chez Marvel en fait une valeur montante que Netflix a intérêt à garder dans ses génériques.
Reste que l’assemblage d’un casting prestigieux ne dit encore rien du film lui-même. Ce que l’annonce révèle vraiment se trouve dans deux dates.
Taika Waititi, six ans après un projet resté sur l’étagère
Le nom de Waititi et l’univers de Dahl se croisent pour la deuxième fois. Dès 2020, Netflix avait annoncé que le réalisateur néo-zélandais développait deux séries animées situées dans le monde de Charlie et la chocolaterie. Aucune n’a vu le jour, et rien n’indique qu’elles soient encore en développement.
Il compte beaucoup pour moi, et l’occasion de prêter ma voix à un génie du bonbon aussi emblématique et excentrique, parfois un peu espiègle, m’enthousiasme énormément.
Taika Waititi, dans le communiqué de Netflix annonçant le casting du film, le 12 août 2026
Le passage de deux séries à un long-métrage unique n’est pas anodin. Une série animée se juge à sa rétention sur plusieurs saisons ; un film sortant d’abord en salles se juge sur un week-end. En choisissant la seconde formule, Netflix accepte une exposition publique de son résultat qu’elle a longtemps refusée pour ses productions maison.
Quarante-sept jours en salles, le vrai signal de l’annonce
Les deux dates communiquées forment le cœur de l’information. Le film sortira en salles dans le monde le 5 novembre 2027, distribué à l’international par Sony Pictures, puis rejoindra Netflix le 22 décembre 2027. Entre les deux, 47 jours d’exclusivité en salles.
Cette durée est considérable au regard des habitudes de la plateforme, qui limite d’ordinaire ses passages en salles à une poignée de villes et à une ou deux semaines, quand elle ne les supprime pas. Ni Rian Johnson ni Guillermo del Toro n’ont obtenu une fenêtre comparable pour leurs films maison, comme le relève Gizmodo. Le service accorde donc à un film d’animation un traitement qu’il refuse à ses cinéastes les plus primés.
L’arbitrage rappelle celui qu’a défendu Christopher Nolan avec le pari du tout-salle sur son adaptation d’Homère, à ceci près que Netflix le pratique à contrecœur depuis dix ans. Le calcul est lisible : une exploitation longue crée l’événement familial de fin d’année, et la plateforme récupère le film juste avant Noël.
Ce que Netflix cherche à prouver avec Roald Dahl
Le catalogue Dahl n’a pas encore trouvé sa locomotive. Depuis 2021, la plateforme a produit des adaptations remarquées mais aucun succès de la taille de Wonka, le film de Paul King sorti en salles fin 2023, qui a dépassé 600 millions de dollars de recettes mondiales. Le contraste entre ce résultat et le rendement du catalogue racheté explique en partie le pari d’aujourd’hui.
L’animation occupe une place particulière dans ce calcul. Netflix y investit massivement et cherche à en rationaliser la production, une orientation déjà visible dans l’industrialisation annoncée de ses studios. Un film d’animation à gros budget, exploité en salles puis en streaming, coche à la fois la case prestige et la case rentabilité sur plusieurs canaux.
Le risque tient au ton. Transformer un classique de la littérature enfantine en comédie de braquage suppose que le public familial suive, et l’histoire des relectures sombres de contes montre que la marche est parfois haute.
Une chocolaterie qui n’a plus rien de sucré
Le geste éditorial est plus intéressant que la liste des vedettes. Faire de Wonka un ancien détenu et des enfants des cambrioleurs, c’est reconnaître que la morale punitive du roman de 1964 ne passe plus telle quelle, et choisir d’en retourner le mécanisme plutôt que de l’aseptiser. Dahl écrivait des adultes cruels et des enfants qui payaient leurs travers ; le film promet l’inverse.
Trois ans séparent l’annonce de la sortie, ce qui laisse le temps à peu près à tout de bouger, du calendrier au ton. La question qui décidera du sort du film ne porte pas sur le casting mais sur la place que l’animation adulte peut occuper dans une offre familiale : un braquage grinçant tient-il face à un public de vacances scolaires ?
La réponse arrivera par un premier trailer, dont Netflix n’a encore fixé aucune date. En attendant, la plateforme aura montré qu’elle sait remettre une salle de cinéma au centre de sa stratégie quand le produit lui paraît le mériter, ce qui reste le vrai retournement de cette annonce d’août.

