Dans cet article Dans cet article
- Ce que les douze États ont arraché avant de lâcher prise
- La sanction prévue si les sorties ne suivent pas
- HBO Max et Paramount+ vont n’en faire qu’un
- Pourquoi le procureur refuse de parler de soutien
- Les syndicats signent, sans lever leurs réserves
- Ce que la concentration laisse en suspens pour les spectateurs
Le rachat de Warner Bros. Discovery par Paramount Skydance était bloqué depuis juillet par une plainte antitrust de douze États américains. Cette plainte est tombée le 21 septembre 2026 : le procureur général de Californie Rob Bonta a annoncé un accord avec Paramount, qui ouvre la voie à une finalisation début octobre. Deux des plus grands studios d’Hollywood, leurs chaînes et leurs catalogues vont donc passer sous une même direction.
Une fusion à 110 milliards de dollars ne se règle pas sans contreparties. Les États reprochaient à l’opération de réduire le nombre de films produits et de faire monter les prix, au détriment des spectateurs comme des salariés du secteur. Paramount a concédé une série d’engagements chiffrés et contrôlables pendant cinq ans. Que reste-t-il, concrètement, pour celui qui paie un abonnement ou un billet de cinéma ?
Ce que les douze États ont arraché avant de lâcher prise
L’accord soumis au juge n’est pas une déclaration d’intention : il fixe des volumes, des montants et des durées. Six engagements structurent le texte, tous sur un horizon de cinq ans, avec un moniteur indépendant chargé d’en vérifier l’application.
- 30 films par an, dont 20 sorties larges, les deux premières années, puis 32 films dont 21 sorties larges les trois suivantes ;
- Au moins quatre films indépendants distribués chaque année de la période ;
- 1,5 milliard de dollars de production cinématographique américaine supplémentaire par rapport au niveau de dépenses de 2025 ;
- Un fonds de 47,5 millions de dollars pour la formation et la reconversion des salariés touchés par la fusion ;
- Un fonds d’achat de films indépendants alimenté à hauteur de 5 millions de dollars par an, soit 25 millions au total ;
- Le maintien d’un service de streaming gratuit comparable à Pluto TV, à service et qualité constants.
Le volet cinéma est celui qui pèse le plus lourd pour le public. Une fusion de studios se traduit d’ordinaire par un resserrement du catalogue de sorties ; ces chiffres verrouillent au contraire un plancher de production pendant cinq exercices. Encore faut-il que Paramount les tienne.
La sanction prévue si les sorties ne suivent pas
Les États ont refusé l’engagement sans conséquence. Un exercice manqué obligerait Paramount à céder le studio Miramax et à verser 30 millions de dollars par film non sorti. L’argent irait aux fonds de santé et de retraite des syndicats du secteur, et une part à l’association des procureurs généraux pour financer d’autres actions antitrust.
Le dispositif de production américaine est bâti sur le même principe, avec un curseur mobile. Aujourd’hui, environ 5 % seulement des tournages de Paramount ont lieu aux États-Unis. L’adoption d’un crédit d’impôt fédéral d’au moins 20 % ferait passer cette part à 20 % les deux premières années puis 30 % ; si un crédit d’impôt élargi était voté en Californie ou à New York, le seuil grimperait à 40 % de la production totale.
HBO Max et Paramount+ vont n’en faire qu’un
Le point qui touchera le plus vite les abonnés français n’est pas dans l’accord antitrust : il figure dans le plan industriel du rachat. Les deux plateformes de streaming doivent fusionner, ce qui signifie un catalogue commun et, à terme, un seul abonnement là où il en fallait deux.
Le périmètre du futur ensemble donne le vertige. David Ellison contrôlera les franchises Harry Potter et DC, les studios Warner Bros. et Paramount Pictures, les chaînes CBS et CNN, plus deux catalogues de films et de séries constitués sur un siècle. La série Harry Potter attendue le 25 décembre et les productions DC se retrouveront sur la même plateforme que les licences Paramount.
Cette réunion règle au passage des situations absurdes. Les deux studios développaient jusqu’ici chacun son propre film Elm Street, sur la même créature et pour deux sorties concurrentes. Un seul propriétaire arbitrera désormais ces doublons, ce qui allégera les calendriers mais réduira aussi le nombre de paris pris sur une même licence.
Côté information, l’accord impose un conseil d’indépendance éditoriale pour CNN et CBS News. Les procureurs se sont aussi assurés que les chaînes câblées de Paramount et celles de Warner continueront d’être négociées séparément pendant cinq ans, précisément pour que la fusion ne serve pas de levier sur les tarifs des opérateurs.
Pourquoi le procureur refuse de parler de soutien
Rob Bonta a pris soin de séparer deux choses : la résolution du litige et un blanc-seing. Son communiqué du 21 septembre insiste sur les garanties obtenues plutôt que sur les mérites de l’opération, et il désigne les salariés du secteur comme la priorité qui a guidé la négociation.
Que ce soit clair : cet accord n’est pas un vote de soutien à cette fusion. Mais nous estimons que cet accord, qui résout nos inquiétudes antitrust sur tous les marchés visés par notre plainte, qui protège la concurrence et le choix du consommateur, et qui place les besoins, les préoccupations et l’avenir des travailleurs en premier, est la meilleure marche à suivre.
Rob Bonta, procureur général de Californie, dans le communiqué de son bureau du 21 septembre 2026 annonçant l’accord
Onze autres États ont suivi la Californie : Arizona, Colorado, Connecticut, Massachusetts, Minnesota, Nevada, New Jersey, Nouveau-Mexique, New York, Oregon et Washington. Aucun d’eux n’a obtenu l’abandon de la fusion, ce qui en dit long sur le rapport de force depuis que l’Europe et le ministère américain de la Justice l’ont validée sous conditions.
Les syndicats signent, sans lever leurs réserves
La Writers Guild of America contestait elle aussi l’opération et a réglé son différend séparément. Paramount versera 17,5 millions de dollars au fonds de santé des scénaristes, prendra en charge leurs frais juridiques et s’engage à ne licencier aucun scénariste chez CBS News Broadcast pendant cinq ans. Le syndicat maintient malgré tout ses objections sur l’emploi et les rémunérations.
Les autres organisations ont choisi de saluer le cadre obtenu tout en gardant la main. Le président international d’IATSE, Matthew D. Loeb, a remercié le procureur pour les garanties arrachées ; la Directors Guild of America, par la voix de son directeur exécutif Russell Hollander, annonce poursuivre ses discussions sur la production télévisée américaine. Les Teamsters ont soutenu l’accord au nom des emplois industriels du secteur.
La SAG-AFTRA a formulé la réserve la plus nette. Son président Sean Astin et son négociateur en chef Duncan Crabtree-Ireland rappellent que ces engagements constituent le plancher légal, et non un objectif à atteindre. La nuance vaut d’être gardée en tête au moment de lire les chiffres de l’accord.
Ce que la concentration laisse en suspens pour les spectateurs
La fusion devient possible parce que Netflix a renoncé en cours de route à racheter Warner, laissant Paramount seul en piste. Le nouvel ensemble arrivera face à une plateforme qui, elle, a vu Lanterns démarrer à 9,3 millions de vues sur HBO Max quelques semaines plus tôt. Le catalogue réuni changera l’équilibre du streaming mondial bien au-delà des cinq ans couverts par l’accord.
Les garanties obtenues expirent en 2031, et rien n’oblige le groupe à les prolonger. Un plancher de sorties, un fonds de reconversion et des négociations câblées séparées tiennent le temps d’un cycle ; la question de savoir ce qu’un studio unique fera d’un siècle de films une fois le moniteur parti n’a pas encore trouvé d’arbitre.

