Dans cet article Dans cet article
- Une bande-annonce montrée sur un écran IMAX new-yorkais
- Trois dates pour le reste du monde, une seule pour la France
- La chronologie des médias, cœur du blocage
- Ce que le choix de Netflix coûte aux spectateurs français
- Un précédent qui se répète pour les films Netflix
- Le grand écran, monnaie d’échange de la prochaine négociation
La première bande-annonce de Narnia : Le Neveu du magicien a été dévoilée le 13 octobre sur un écran IMAX de New York, en présence de Greta Gerwig. Le film sortira en salles dans le monde entier le 12 février 2027, mais aucune sortie au cinéma n’est prévue en France, où il arrivera directement sur Netflix le 2 avril.
Le Neveu du magicien est le récit des origines du monde imaginé par C. S. Lewis : la naissance de Narnia, l’arrivée de la sorcière Jadis et du lion Aslan. Netflix a acquis les droits de la saga en 2018 et confie ce premier film à la réalisatrice de Barbie, avec un budget de 280 millions de dollars selon l’Associated Press. Pourquoi le public français est-il le seul privé de grand écran pour ce film, et que perdrait-il à le voir en salles ?
Une bande-annonce montrée sur un écran IMAX new-yorkais
Gerwig a présenté les images à l’AMC Lincoln Center, l’une des salles IMAX de Manhattan, lors d’une soirée animée avec Stephen Colbert. Le choix du lieu n’a rien d’anodin : la cinéaste a obtenu de Netflix une sortie mondiale en salles avant le streaming, une première pour un film entièrement produit par la plateforme, selon le Journal du Geek.
J’ai dit à Ted que je ne savais faire des films que pour le grand écran.
Greta Gerwig, à propos de Ted Sarandos, codirigeant de Netflix, lors de la présentation de la bande-annonce à l’AMC Lincoln Center de New York, le 13 octobre 2026, rapporté par l’Associated Press
D’après l’Associated Press, le film devait initialement sortir en novembre 2026. Netflix l’a repoussé à février 2027 pour lui offrir une exploitation en salles à l’échelle mondiale. Le Journal du Geek précise qu’elle s’accompagne d’une exclusivité de 45 jours aux États-Unis.
Les premières images confirment l’ambition visuelle annoncée : Daniel Craig y apparaît en oncle Andrew, Emma Mackey en Jadis, et Meryl Streep prête sa voix à Aslan dans la version originale, aux côtés des jeunes David McKenna et Beatrice Campbell.
Trois dates pour le reste du monde, une seule pour la France
Le calendrier de sortie, tel que communiqué par Netflix et repris par TheWrap, se découpe en plusieurs étapes. Pour la France, une seule de ces dates compte réellement :
- 10 février 2027 : avant-premières exclusives en IMAX dans les pays où le film sort en salles ;
- 12 février 2027 : sortie en salles dans tous les formats, hors France ;
- 2 avril 2027 : mise en ligne sur Netflix, y compris pour les abonnés français.
Entre la sortie mondiale et l’arrivée sur Netflix, il s’écoule 49 jours. Pendant cette période, les spectateurs français n’auront aucun moyen légal de voir le film, alors que les salles du reste du monde, chez nos voisins comme aux États-Unis, le projetteront.
La chronologie des médias, cœur du blocage
En France, un film sorti au cinéma ne peut arriver sur une plateforme d’abonnement qu’après un délai fixé par la chronologie des médias. Selon le Journal du Geek, Netflix a obtenu un délai de 15 mois avec les organisations du cinéma, contre 17 mois pour la règle de base et 9 mois pour Disney+, qui a négocié son propre accord.
Appliqué à Narnia, le calcul est simple. Une sortie française le 12 février 2027 repousserait la mise en ligne sur Netflix au 12 mai 2028, soit plus d’un an après les abonnés du reste du monde. Netflix a donc tranché : selon le Journal du Geek, sa filiale française confirmait dès mai 2026 qu’aucune exploitation en salles n’était prévue sur le territoire.
Ce n’est pas un cas isolé. Disney a déjà réduit ses délais en signant un accord à neuf mois, ce qui lui permet par exemple de proposer Avatar : De Feu et de Cendres sur Disney+ neuf mois après les salles. Netflix, lui, préfère sacrifier le grand écran français plutôt que de bloquer son film pendant quinze mois.
Ce que le choix de Netflix coûte aux spectateurs français
Le tableau ci-dessous compare la situation réelle du public français à celle des autres pays et à l’hypothèse d’une sortie en salles en France. Il montre que chaque option impose un renoncement différent :
| Situation | Au cinéma | Sur Netflix | Ce que le spectateur perd |
|---|---|---|---|
| Hors de France | 10 février 2027 en IMAX, 12 février ailleurs | 2 avril 2027 | Rien |
| France, choix retenu | Aucune sortie | 2 avril 2027 | Le grand écran et l’IMAX |
| France, sortie en salles hypothétique | 12 février 2027 | 12 mai 2028 | Quinze mois d’attente pour le streaming |
Le choix de Netflix privilégie ses abonnés au détriment des cinéphiles. Pour un film pensé pour l’IMAX, le visionnage sur un téléviseur réduit l’expérience voulue par sa réalisatrice, qui revendique pourtant le grand écran comme seule boussole.
Un précédent qui se répète pour les films Netflix
Narnia rejoint une liste qui s’allonge. Le film devait d’abord occuper le créneau IMAX de fin novembre, finalement attribué à Cliff Booth, le film de David Fincher réservé deux semaines à l’IMAX avant sa mise en ligne. La stratégie de Netflix en salles devient systématique, mais elle s’arrête toujours aux frontières françaises.
D’autres films familiaux suivront le même chemin. Ted Sarandos a cité Narnia parmi les productions promises à une large sortie, et la suite de KPop Demon Hunters annoncée pour 2029 pose déjà la même question au public français, à trois ans de sa sortie.
Le grand écran, monnaie d’échange de la prochaine négociation
Le cas Narnia donne un argument de poids aux deux camps. Les exploitants y verront la preuve qu’un délai trop long prive les salles de films attendus, quand les défenseurs de la chronologie rappelleront que Netflix finance aussi la création française en échange de ces règles. La prochaine révision de l’accord dira lequel des deux arguments l’emporte.
D’ici là, le 2 avril 2027 reste la seule date à retenir pour découvrir le film en France. Pour ceux qui tiennent à l’expérience IMAX, les salles des pays voisins devraient le programmer dès février, et quelques heures de train pourraient suffire à voir Narnia comme Greta Gerwig l’a imaginé.

