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Le film le plus regardé de l’histoire de Netflix aura droit à une vraie sortie au cinéma. La suite de KPop Demon Hunters, attendue en 2029, sera d’abord projetée en salles, avec une distribution annoncée large et mondiale, avant d’arriver sur la plateforme.
KPop Demon Hunters, c’est ce film d’animation sorti le 20 juin 2025 où un trio de stars de la K-pop chasse les démons entre deux concerts. Il a remporté l’Oscar du meilleur film d’animation et celui de la meilleure chanson originale en 2026. Pour le public français, une question reste entière : le film passera-t-il vraiment par les salles françaises, alors que la chronologie des médias impose de longs délais avant la mise en ligne ?
Netflix assume le grand écran pour la suite
L’annonce est venue de Ted Sarandos, co-directeur général de Netflix, lors d’une soirée organisée par Bloomberg. Il a expliqué que la plateforme sépare désormais ses films en deux familles : les œuvres d’auteur qui supportent une exploitation en salle sans nuire à leur audience en ligne, et les films familiaux que l’on revoit en boucle.
Et quand la suite de KPop Demon Hunters arrivera, vous pouvez vous attendre à une sortie en salles très large.
Ted Sarandos, co-directeur général de Netflix, lors de l’événement Screentime de Bloomberg, le 30 septembre 2026
Le changement de ton est notable pour une entreprise qui a longtemps défendu la sortie directe en streaming. Netflix prévoit même de communiquer ses chiffres de box-office, une transparence qu’elle refusait jusqu’ici, et de ne réserver la plateforme qu’à une seconde étape.
Les chiffres d’un phénomène hors norme
Ce pari repose sur un succès que Netflix n’avait jamais connu avec un film original. Les données publiées depuis sa sortie donnent la mesure de l’engouement :
- 639 millions de vues en un an sur la plateforme, selon AlloCiné ;
- 63 semaines consécutives dans le Top 10 mondial de Netflix ;
- deux Oscars, deux Golden Globes et un Grammy Award ;
- plus de 3 milliards d’écoutes pour la chanson Golden ;
- 24 millions de dollars de recettes pour de simples séances limitées en salles.
Ce dernier chiffre a pesé lourd dans la décision. Des projections ponctuelles d’un film déjà disponible en ligne ont rempli les salles, ce qui laisse imaginer le potentiel d’une suite inédite sortie d’abord au cinéma.
La courbe d’audience explique aussi l’appétit de Netflix. Selon le site Netflix Junkie, le film avait déjà cumulé 325,1 millions de vues en 90 jours, avant de presque doubler ce total sur l’année suivante, porté par le bouche-à-oreille et les reprises de ses chansons sur les réseaux sociaux.
Une stratégie de sortie à deux vitesses
KPop Demon Hunters 2 ne sera pas un cas isolé. Ted Sarandos a cité deux autres films familiaux promis à une large sortie, dont Narnia et le Willy Wonka animé de Taika Waititi, attendu en salles le 5 novembre 2027 puis sur Netflix le 22 décembre. Un écart de sept semaines seulement sépare les deux dates.
La bande-annonce du premier film, publiée par Netflix en 2025, rappelle ce qui a fait son succès : une animation très graphique, des chansons pensées pour les plateformes musicales et un univers pensé pour la fidélité des familles.
Ce modèle convient au marché américain, où la fenêtre entre salle et streaming se négocie librement. En France, la règle est tout autre, et c’est elle qui décidera de la façon dont vous découvrirez la suite.
Le casse-tête de la chronologie des médias
D’après AlloCiné, Netflix doit respecter en France un délai de 17 mois entre la sortie en salles et la mise en ligne d’un film, depuis le 1er janvier 2026. Pour un service qui vit de son catalogue, immobiliser un de ses titres phares pendant près d’un an et demi est difficile à accepter.
Deux scénarios se dessinent. Netflix pourrait renoncer purement et simplement à la sortie française, comme cela se profile, selon le site, pour la future adaptation de Narnia, ou se contenter d’une sortie limitée et événementielle sur un seul week-end. Dans le premier cas, le film arriverait directement sur la plateforme, sans passage par le grand écran.
Le précédent n’a rien d’abstrait. Disney a sorti Avatar sur Disney+ neuf mois après les salles, et certains films américains, à l’image de Coyote vs. Acme toujours privé de sortie française, montrent que le public hexagonal peut rester à l’écart des calendriers internationaux.
Ce que la suite devra prouver
Pour l’heure, KPop Demon Hunters 2 n’a ni date précise ni intrigue connue. Les réalisateurs Maggie Kang et Chris Appelhans reviennent aux commandes, et l’horizon de 2029 laisse plus de trois ans pour entretenir la franchise.
Netflix s’y emploie déjà avec les produits dérivés. Mattel et Hasbro ont été désignés licenciés mondiaux, avec poupées, figurines, bâtons lumineux et même une édition du Monopoly, tandis que le coffret de trois poupées de Mattel affiche complet sur la boutique de la marque.
Le véritable défi sera ailleurs. Une suite d’animation demande plusieurs années de fabrication, et quatre ans séparent les deux films, un délai pendant lequel le public de 2025, souvent très jeune, aura grandi. Il faudra séduire à la fois les fans de la première heure et une nouvelle génération qui découvrira l’univers en streaming.
Un rendez-vous de cinéma qui se joue loin de Paris
Le choix de Netflix pose une question simple au public français : préfère-t-on voir le film tout de suite en ligne, ou le découvrir sur grand écran au prix d’une longue attente ? Netflix étant devenu le premier financeur privé de la création française, son poids dans la négociation de la chronologie n’a jamais été aussi fort.
Les trois années qui séparent de la sortie laissent le temps de rouvrir le sujet. Exploitants, plateformes et pouvoirs publics devront dire si un phénomène mondial peut être projeté en France sans priver les abonnés de leur film pendant 17 mois.

