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Le 15 juillet 2026, les salles françaises accueillent le long-métrage le plus attendu de l’année, l’adaptation de L’Odyssée d’Homère signée Christopher Nolan. Deux ans après le triomphe d’Oppenheimer et ses sept Oscars, le cinéaste britannique s’attaque au poème épique fondateur de la culture occidentale, avec Matt Damon dans le rôle d’Ulysse et une distribution qui aligne quelques-uns des plus grands noms d’Hollywood.
Le projet n’a rien d’une superproduction ordinaire. Il s’agit du premier long-métrage de l’histoire intégralement tourné avec des caméras IMAX 70 mm, un format dont la définition reste inégalée mais que très peu de salles savent réellement projeter. Alors que les plateformes captent une part croissante des sorties et que le public s’habitue au visionnage domestique, ce choix technique ressemble à une déclaration de principe. Une question demeure : un mythe vieux de près de trois mille ans peut-il encore remplir durablement les salles obscures ?
Une relecture d’Homère portée par un casting hors norme
Le récit suit Ulysse au sortir de la guerre de Troie, condamné à dériver d’île en île pour rejoindre son royaume d’Ithaque, entre monstres, sorcières et dieux capricieux. Nolan condense cette errance en deux heures et cinquante-deux minutes de spectacle, une durée fleuve qui assume la dimension de fresque. Autour de Matt Damon, déjà présent dans Interstellar et Oppenheimer, gravitent Tom Holland, Anne Hathaway, Zendaya, Lupita Nyong’o, Robert Pattinson, Charlize Theron et Jon Bernthal.
Le budget, estimé autour de 250 millions de dollars par la presse spécialisée dont Variety, place le film parmi les paris financiers les plus lourds d’Universal. Adapter un texte que tout le monde croit connaître sans jamais l’avoir lu tient de la relecture autant que de la reconstitution fidèle, un équilibre délicat que d’autres franchises explorent aussi quand elles ravivent un classique, à l’image du choix entre fidélité au matériau d’origine et modernisation assumée. Nolan, lui, revendique une approche frontale, sans ironie ni distance, qui traite l’épopée comme un blockbuster d’aventure pure.
L’IMAX 70 mm, un rêve de cinéaste vieux de quarante ans
Le réalisateur confie avoir rêvé de tourner un film entièrement en IMAX depuis 1986, sans jamais disposer des moyens techniques et financiers de le faire. L’Odyssée concrétise enfin cette ambition, portée par une conviction qu’il martèle depuis des années : aucune autre technologie d’image n’égale la finesse d’un négatif de cette taille. Ce format impose pourtant des contraintes que le grand public soupçonne rarement.
Concrètement, le pari IMAX 70 mm transforme toute la chaîne de fabrication et de diffusion du film :
- des caméras massives, bruyantes et difficiles à manier, qui compliquent les scènes de dialogue et les tournages en décors naturels ;
- des bobines de pellicule très coûteuses, qui ne contiennent que quelques minutes d’images chacune et exigent une logistique lourde ;
- une définition et une profondeur de champ hors d’atteinte du numérique, sur un négatif bien plus grand qu’une image de cinéma classique ;
- des projecteurs 70 mm rares, que seule une poignée de salles conserve et sait encore faire fonctionner.
Cette rareté explique pourquoi une même œuvre sera vécue très différemment selon la salle choisie. En France, le cinéma Pathé Odysseum de Montpellier a annoncé être la seule salle du pays à projeter le film en IMAX 70 mm, conformément à l’intention initiale du réalisateur.
Ce que dévoile la bande-annonce
Les images diffusées par Universal donnent le ton : des paysages méditerranéens écrasés de lumière, des créatures mythologiques traitées avec un réalisme brut et une mise en scène qui privilégie le vertige physique aux effets numériques tape-à-l’œil. La bande-annonce officielle française insiste sur la dimension guerrière et charnelle du récit, loin d’une lecture scolaire du texte.
Au-delà de la promesse visuelle, ces quelques minutes servent surtout d’argument pour ramener le public en salle, en montrant ce qu’un écran domestique, même haut de gamme, ne restituera jamais tout à fait.
La salle obscure comme pari de société
Christopher Nolan ne cache pas que son cinéma est aussi une plaidoirie pour l’expérience collective du grand écran. Face à la montée du visionnage individuel, il défend l’idée que le rituel de la salle relève de la culture commune autant que du divertissement.
L’idée du film comme expérience collective, comme un lieu où l’on se rassemble pour vivre une histoire, je suis convaincu que cela fera partie de notre culture pour toujours.
Christopher Nolan, réalisateur de L’Odyssée, à propos de l’expérience en salle (2026)
Ce discours n’a rien d’anodin dans un marché où les films glissent de plus en plus vite vers les catalogues des plateformes. La bascule est déjà visible ailleurs, quand une série culte choisit d’offrir sa conclusion directement sous la forme d’un film pensé pour le streaming, sans passage par les salles. Nolan prend délibérément le contre-pied de cette tendance, quitte à compliquer la vie des exploitants.
Un évènement que peu de salles montreront à sa juste mesure
Le paradoxe du film tient dans cette phrase : pensé pour l’IMAX 70 mm, il ne sera visible dans ce format que sur une trentaine d’écrans dans le monde, et un seul en France. La grande majorité des spectateurs le découvriront en IMAX numérique, en projection laser ou en simple salle standard, c’est-à-dire dans une version déjà éloignée de l’ambition d’origine.
Cette hiérarchie des salles crée une forme de cinéphilie à plusieurs vitesses, où la géographie décide de la qualité de l’expérience. Le phénomène rappelle la manière dont d’autres pans de la culture pop se réinventent en misant sur un support précis pour retrouver un public, comme lorsqu’une saga historique se relance en pariant sur un format inattendu. Pour Universal, l’enjeu est de transformer cette rareté en désir plutôt qu’en frustration.
Vers un cinéma à deux vitesses ?
La sortie de L’Odyssée agit comme un test grandeur nature pour toute une industrie. Si le film draine des millions de spectateurs prêts à réserver des semaines à l’avance pour une séance en 70 mm, il confirmera qu’il existe encore une demande forte pour l’évènement cinématographique, celui qu’aucune plateforme ne sait fabriquer. Dans le cas contraire, il renforcera l’idée que ce type de proposition ne tient plus que grâce à quelques auteurs capables d’imposer leurs conditions aux studios.
Le vrai sujet dépasse Ulysse et ses sirènes. Il touche à ce que nous voulons collectivement préserver du cinéma dans les années à venir : un divertissement disponible partout, tout le temps, ou une expérience rare qui justifie de sortir de chez soi. Les prochaines semaines de recettes diront de quel côté penche le public, et jusqu’où les salles pourront suivre.


