Vidéo par IA : Hollywood poursuit Seedance et Sora, mais tourne déjà avec Veo

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En quelques mois, des logiciels capables de fabriquer des séquences vidéo réalistes à partir d’une simple phrase sont passés du laboratoire au grand public. Ces outils de génération vidéo par intelligence artificielle, entraînés sur d’immenses banques d’images, produisent désormais des plans qui imitent le grain d’un film ou le visage d’un acteur connu.

Un générateur vidéo de ce type fonctionne comme un moteur de prédiction : il devine, image après image, ce qui devrait apparaître à l’écran à partir du texte qu’on lui fournit. Hollywood a vite mesuré l’enjeu, partagé entre une menace pour le droit d’auteur et un gain de productivité sur ses propres tournages.

Les grands studios multiplient pourtant les courriers de mise en demeure et les procès contre ces outils, tout en confiant des courts métrages à des modèles concurrents. Comment expliquer qu’une industrie du cinéma attaque en justice des technologies qu’elle commence à adopter ?

Seedance 2.0, l’outil qui a mis le feu aux poudres

Tout s’est accéléré en février 2026 avec la sortie de Seedance 2.0, le générateur vidéo de ByteDance, la maison mère de TikTok. En quelques jours, des séquences montrant Tom Cruise et Brad Pitt en train de se battre sur un toit ont circulé par millions, sans que les acteurs ni les studios concernés aient donné leur accord.

La riposte n’a pas tardé. Disney a adressé une mise en demeure accusant l’entreprise d’une « razzia virtuelle » sur sa propriété intellectuelle, et reprochant à l’outil d’avoir été nourri d’une bibliothèque piratée de personnages Marvel et Star Wars. Paramount a suivi avec sa propre lettre, visant aussi le générateur d’images Seedream et citant South Park, Star Trek ou Le Parrain.

Face à la Motion Picture Association, qui représente notamment Warner Bros. Discovery, Paramount et Netflix, ByteDance a fini par reculer. Le groupe a déclaré à la BBC respecter les droits de propriété intellectuelle et travailler au renforcement de ses garde-fous contre l’usage non autorisé de personnages et de visages.

Sora 2 et le coûteux recul d’OpenAI

ByteDance n’est pas seul dans le viseur. OpenAI a connu une fronde comparable avec Sora 2, son application de vidéo générative dont le fil s’est rempli de personnages détournés, d’un Pikachu cambrioleur à des acteurs ressuscités sans consentement. L’entreprise a fermé l’application web et mobile le 26 avril 2026, et prévoit d’arrêter son interface de programmation le 24 septembre suivant.

Le coût de la défiance se mesure aussi en argent. Selon plusieurs médias spécialisés, Disney a retiré un investissement d’un milliard de dollars, soit environ 920 millions d’euros, après la polémique sur les vidéos truquées. L’acteur Bryan Cranston avait publiquement alerté sur l’usage de son image, poussant OpenAI à durcir ses règles.

Une bataille judiciaire qui s’étend à toute la Silicon Valley

Au-delà des lettres d’avocats, les studios ont ouvert plusieurs fronts devant les tribunaux américains. Les principales procédures engagées depuis 2025 dessinent une offensive coordonnée contre les fabricants de modèles :

  • Disney et Universal ont assigné Midjourney en juin 2025, première plainte d’ampleur d’un studio contre un générateur d’images ;
  • Warner Bros. Discovery a déposé sa propre action contre Midjourney en septembre 2025, ensuite jointe au dossier précédent ;
  • un juge fédéral a estimé en mai 2026 que les plaintes visant MiniMax, l’éditeur de Hailuo, reposaient sur des accusations crédibles de contrefaçon ;
  • les mises en demeure contre Seedance et Sora ont élargi le conflit aux acteurs chinois et américains du secteur.

Ces dossiers partagent une même question juridique : l’entraînement d’un modèle sur des œuvres protégées relève-t-il de l’usage loyal ou du pillage ? La réponse des tribunaux fixera le prix d’accès aux catalogues qui font une grande part de la valeur d’Hollywood.

Le consentement, nerf de la guerre pour les artistes

Derrière les studios, ce sont les interprètes qui redoutent de voir leur visage et leur voix réutilisés à l’infini. Le syndicat SAG-AFTRA, qui fédère environ 160 000 professionnels du spectacle, a fait du consentement explicite sa ligne rouge depuis l’élection de l’acteur Sean Astin à sa présidence, le 12 septembre 2025. L’option de retrait n’est pas un consentement, a martelé l’organisation à propos de Sora 2.

Le public ne noue pas de lien émotionnel ni de relation durable avec des algorithmes : il se reconnaît dans des performances humaines que seule une personne peut réellement exprimer.

Sean Astin et Duncan Crabtree-Ireland, dirigeants de SAG-AFTRA, communiqué sur l’intelligence artificielle, octobre 2025

La nuance compte : le syndicat a aussi salué la fonction cameo de Sora 2, qui permet à chacun de créer une réplique numérique de lui-même et d’en contrôler l’usage. Un mécanisme fondé sur l’accord préalable, exactement ce que les artistes réclament avant toute exploitation de leur image.

Quand des cinéastes reconnus tournent déjà avec l’IA

Pendant que les services juridiques s’activent, une partie de la création se range du côté de l’expérimentation. Au festival de Cannes 2026, l’IA générative était présente sur la Croisette, portée par des réalisateurs installés plutôt que par de simples start-up. Darren Aronofsky a fondé un studio dédié, Primordial Soup, en partenariat direct avec Google DeepMind.

Cette structure a produit trois courts métrages mêlant prises de vue réelles et images générées par le modèle Veo. Le réalisateur de Black Swan défend une approche où la machine n’efface rien : selon lui, ces films n’existeraient tout simplement pas sans cette technologie, et s’ajoutent à la création sans s’y substituer.

Il n’est pas seul à franchir le pas. À Cannes, un documentaire de Steven Soderbergh consacré à John Lennon intègre des séquences produites avec l’IA de Meta, signe que des cinéastes parmi les plus respectés s’y mettent. Les studios, eux, ont déjà commencé à industrialiser l’animation assistée par IA, loin des seuls courts métrages d’auteur.

Ce que la prochaine étape va devoir trancher

Le vrai arbitrage se joue désormais sur les règles, pas sur la prouesse technique. Les modèles fondés sur le retrait déplacent la charge vers les ayants droit, quand les artistes réclament un cadre d’accord préalable, transparent et rémunéré. Le choix entre ces deux logiques dessinera l’économie du secteur pour la décennie qui vient.

Un angle mort persiste, rarement abordé dans les discussions sur les crédits : l’empreinte matérielle de ces outils. Les centres de données ont consommé 448 térawattheures d’électricité en 2025, et plusieurs projections estiment que cette consommation pourrait doubler d’ici 2030. Produire des heures de vidéo synthétique a un coût énergétique bien réel, que l’idée d’imposer une transparence sur les contenus générés ne suffira pas à effacer.

Reste une certitude pour les studios comme pour les plateformes : la frontière entre l’outil que l’on attaque et celui que l’on adopte devient floue. La manière dont se réglera le partage de la valeur entre détenteurs de catalogues, interprètes et fabricants de modèles conditionnera la prochaine vague de films, autant que les capacités des algorithmes eux-mêmes.

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