Le Neuvième Jedi : Star Wars mise sur l’anime pour se réinventer

Lucasfilm transforme le court métrage culte The Ninth Jedi en mini-série de huit épisodes attendue le 5 août sur Disney+. Un pari qui en dit long sur la place de l'anime dans les grandes franchises.

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La galaxie lointaine s’offre une nouvelle jeunesse, et elle parle japonais. Lucasfilm a dévoilé le 3 juillet, en marge de l’Anime Expo de Los Angeles, le premier trailer du Neuvième Jedi, une mini-série animée de huit épisodes attendue le 5 août sur Disney+. Le projet prolonge The Ninth Jedi, un court métrage diffusé en 2021 dans l’anthologie Star Wars: Visions et resté depuis comme l’un des épisodes les plus appréciés de toute la collection.

Cette suite inaugure surtout un label inédit, Star Wars: Visions Presents, pensé pour transformer des récits courts de l’anthologie en séries feuilletonnantes. Le geste n’a rien d’anodin pour une franchise dont les productions en prises de vues réelles peinent à retrouver leur élan depuis plusieurs saisons. Confier une part de l’avenir créatif de Star Wars à un studio d’animation japonais relève-t-il du pari artistique ou du calcul industriel ?

Du court métrage culte à la mini-série

Tout part d’un épisode d’une vingtaine de minutes. En 2021, la première saison de Star Wars: Visions confiait neuf courts métrages à sept studios d’animation japonais, libres de réinventer la saga sans se soucier du canon officiel. The Ninth Jedi, réalisé par Kenji Kamiyama avec le studio Production I.G, s’était imposé comme le favori du public grâce à son héroïne Kara et à une idée visuelle marquante, des sabres laser dont la couleur varie selon la sensibilité de leur porteur à la Force.

La mini-série reprendra peu après les événements du court métrage d’origine et de son prolongement The Ninth Jedi: Child of Hope. Kara y poursuivra sa formation auprès du mystérieux Margrave Juro, tandis qu’un groupe de Jedi en apprentissage se lancera dans une quête pour sauver son père, comme le détaille la présentation officielle de Lucasfilm. Le format retenu, lui, tranche nettement avec les habitudes de l’anthologie.

Huit épisodes calibrés pour Disney+

Avant de juger la stratégie, la fiche technique du projet mérite un arrêt, tant elle en dit long sur les ambitions de Lucasfilm :

  • huit épisodes d’environ trente minutes, un format inédit pour l’univers Visions ;
  • une diffusion mondiale sur Disney+ à partir du 5 août ;
  • Kenji Kamiyama en réalisateur superviseur, épaulé par Shunsuke Tada à la réalisation et Hitoshi Ito à la production ;
  • une animation confiée à Production I.G, studio connu pour Ghost in the Shell ;
  • le tout premier projet du label Star Wars: Visions Presents.

Ce cahier des charges rapproche la série d’un anime saisonnier classique, ce format d’épisodes courts qui structure la production japonaise depuis des décennies. La vraie bascule se joue pourtant ailleurs, du côté des coûts et de la prise de risque.

Un laboratoire à moindre risque pour Lucasfilm

Les séries Star Wars en prises de vues réelles coûtent une fortune. D’après les chiffres relayés par la presse américaine, The Acolyte aurait englouti près de 180 millions de dollars pour huit épisodes, avant d’être annulée au terme d’une seule saison en 2024. Un tel niveau de dépense interdit l’expérimentation, puisque chaque projet doit rentabiliser son budget auprès du public le plus large possible.

L’animation japonaise inverse cette équation. Un épisode d’anime se produit pour une fraction du coût d’un épisode en prises de vues réelles, ce qui autorise des choix créatifs nettement plus tranchés, des univers visuels singuliers et des intrigues affranchies de la chronologie officielle. Visions a précisément servi de terrain d’essai depuis 2021, et Le Neuvième Jedi en devient la première récolte sérialisée. Son réalisateur n’en faisait d’ailleurs pas mystère dès la sortie du court métrage.

J’adorerais avoir la chance d’en tirer une œuvre de plus grande ampleur. J’ai le sentiment d’avoir une histoire complète entre les mains.

Kenji Kamiyama, réalisateur de The Ninth Jedi, entretien accordé à la presse américaine à la sortie du court métrage, octobre 2021

Cinq ans plus tard, Lucasfilm exauce ce vœu sous une forme sérielle plutôt que cinématographique. Le studio y gagne un produit d’appel estival pour sa plateforme, dans un marché mondial de l’animation qui n’a jamais pesé aussi lourd.

Un marché mondial qui aiguise les appétits

Le poids économique de l’anime donne la mesure de l’enjeu. Selon l’Association japonaise de l’animation, le marché mondial du secteur a dépassé 3 300 milliards de yens en 2023, soit plus de 20 milliards d’euros, et les revenus générés hors du Japon font désormais quasiment jeu égal avec le marché intérieur. Netflix, Crunchyroll et Amazon multiplient les productions originales pour capter cette audience mondiale, souvent jeune et très fidèle.

Disney suit la même pente en croisant ses licences maison avec le savoir-faire des studios japonais. Star Wars multiplie déjà les passerelles vers d’autres terrains de jeu, entre l’aventure en monde ouvert confiée à Ubisoft et ses incursions événementielles dans Fortnite, signe que la marque cherche ses relais de croissance partout où son public se déplace. La question suivante porte sur ce que ce virage fait à la cohérence de l’univers.

Les questions que pose le virage anime

Une saga ne se démultiplie pas impunément hors de son canon. Le Neuvième Jedi assume de se dérouler dans un futur lointain, déconnecté de la chronologie officielle, ce qui libère l’écriture mais fragmente un peu plus un univers déjà éclaté entre films, séries, jeux et romans. Les spectateurs occasionnels risquent de ne plus savoir par où entrer dans la galaxie.

L’équation d’audience reste pourtant favorable. Disney+ revendiquait autour de 125 millions d’abonnés d’après les derniers résultats financiers du groupe, et chaque programme capable de retenir ces abonnés un mois de plus vaut de l’or dans un streaming saturé. Une série animée courte, dense et visuellement marquante coche précisément ces cases, pour un risque financier limité.

L’autre inconnue tient à la capacité des studios japonais à absorber ces commandes occidentales. Production I.G enchaîne les projets internationaux dans un secteur où les animateurs restent notoirement sous-payés et surchargés, malgré des carnets de commandes pleins pour plusieurs années. Confier une saga mondiale à cet écosystème sous tension interroge autant qu’il séduit, et la réponse arrivera vite.

Un test grandeur nature dès le 5 août

La diffusion estivale dira si le public suit au-delà de la curiosité des fans. Un succès validerait la sérialisation d’autres récits de Visions et pourrait inspirer d’autres franchises occidentales tentées de confier leurs mythologies à des studios d’animation asiatiques, cinq ans après le court métrage qui a tout déclenché.

Un accueil tiède renverrait au contraire l’anthologie à son statut d’expérience marginale, et l’animation à un rôle d’appoint dans la stratégie de Lucasfilm. Entre ces deux trajectoires se joue une question plus large, celle de la place que les grandes franchises américaines acceptent de laisser à des regards venus d’ailleurs sur leurs univers les mieux gardés.

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