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Le DC Universe de James Gunn et Peter Safran s’offre un détour par le cinéma d’horreur. Warner Bros. a publié le 24 septembre la bande-annonce finale de Clayface, premier film du DCU classé R aux États-Unis, attendu dans les salles françaises le 21 octobre 2026. Transformations de chair, visage qui se liquéfie, ambiance de thriller psychologique : tout indique un film pensé pour un public adulte.
Clayface, c’est l’un des plus vieux ennemis de Batman, un homme dont le corps devient une argile capable de prendre n’importe quelle forme. Le film suit Matt Hagen, un gamin des rues de Gotham devenu star de cinéma, défiguré par un baron du crime puis transformé par un traitement expérimental. Après un Superman calibré pour toute la famille, le DCU peut-il vraiment changer de registre sans perdre une partie de son public ?
Un méchant de Batman qui a plus de 80 ans
Le personnage n’est pas une création récente. Le premier Clayface, l’acteur Basil Karlo, apparaît dans Detective Comics n° 40 en 1940, et la version de Matt Hagen, celle du film, naît en 1961 dans le n° 298 de la même revue. C’est ce second Clayface, l’homme au corps malléable, qui a imposé l’image du monstre d’argile dans les comics puis dans les séries animées.
Le film reprend cette origine en la tirant vers le drame. Selon la présentation relayée par KultureGeek, il se veut un thriller psychologique centré sur la tragédie humaine derrière le monstre, bien plus qu’un film de super-héros classique, avec une bonne dose de body horror.
Le public a déjà croisé cette figure tragique ailleurs. Dans Batman : la série animée, l’épisode en deux parties Feat of Clay, diffusé en 1992, racontait déjà la chute d’un acteur rendu accro à une crème miracle qui finit par dévorer son visage. Trente-quatre ans plus tard, le cinéma reprend cette idée d’un corps qui trahit celui qui vit de son image.
Une bande-annonce finale qui ne cache rien
La vidéo mise en ligne par Warner Bros. assume ce virage. On y voit Tom Rhys Harries en acteur au sommet, puis la lente décomposition de son visage après l’agression, les injections de la clinique et les premières métamorphoses, filmées sans détour.
Le ton tranche avec les autres productions du DCU. Là où la série Lanterns a démarré à 9,3 millions de vues sur HBO Max avec une enquête policière, Clayface vend d’abord la peur et le malaise, deux mots rarement associés à une franchise de super-héros.
Classé R, une première pour le DCU
La Motion Picture Association a attribué au film la classification R pour « violence sanglante intense, gore, langage, nudité partielle et brève consommation de drogue », selon iHorror. Aux États-Unis, les moins de 17 ans devront donc être accompagnés d’un adulte pour le voir en salle.
La différence avec Superman, sorti en juillet 2025 en PG-13, est nette. Le DCU prouve qu’il accepte des films pour adultes dans sa chronologie commune, là où Warner avait jusqu’ici réservé ce registre aux films hors continuité comme Joker. La classification française, délivrée après avis de la commission de classification du CNC, n’est pas encore connue.
Le pari n’a rien d’une folie sur le plan commercial. Joker a dépassé le milliard de dollars de recettes mondiales en 2019 avec la même classification, et Deadpool & Wolverine a franchi 1,3 milliard de dollars en 2024. Les films de super-héros pour adultes ne sont plus une niche, à condition de proposer autre chose qu’une énième bataille dans le ciel.
Une équipe venue de l’horreur
Le casting technique ne laisse aucun doute sur les intentions du studio. Warner a confié le projet à des noms installés dans le cinéma de genre :
- James Watkins à la réalisation, auteur du remake de Speak No Evil en 2024 ;
- Mike Flanagan au scénario, créateur de The Haunting of Hill House et réalisateur de Doctor Sleep ;
- Hossein Amini, scénariste de Drive, en coauteur du script ;
- Tom Rhys Harries, Naomi Ackie, Max Minghella, Eddie Marsan et David Dencik à l’affiche ;
- James Gunn, Peter Safran, Matt Reeves et Lynn Harris à la production.
La présence de Matt Reeves n’est pas anodine. Le réalisateur de The Batman, dont la suite est attendue le 16 février 2028, fait le lien entre ses deux Gotham sans que les films partagent la même continuité.
Entre Sam Raimi et Brian De Palma
James Watkins revendique des références qui en disent long sur le film. Interrogé par Empire au Comic-Con de San Diego, il a cité les excès horrifiques de Sam Raimi, capable de pousser l’horreur jusqu’au bord du ridicule, avant de désigner une autre figure tutélaire :
L’autre personne qui est probablement pour moi l’inspiration majeure, c’est Brian De Palma.
James Watkins, réalisateur de Clayface, dans un entretien accordé au magazine Empire lors du Comic-Con de San Diego 2026
Le réalisateur explique avoir revu beaucoup de Scorsese et de De Palma avec son directeur de la photographie Rob Hardy. Le mélange de thriller hitchcockien et de grand-guignol correspond bien à l’histoire d’un acteur détruit par l’industrie qui l’a fabriqué.
Ces références ne sont pas qu’un exercice de cinéphile. De Palma a construit une partie de sa carrière sur les faux-semblants et les doubles, de Pulsions à Body Double, et un monstre capable d’imiter n’importe quel visage offre un terrain idéal pour ce genre de jeu avec le spectateur. Si le film tient cette promesse, il pourrait laisser une trace plus durable que la plupart des adaptations de comics sorties ces dernières années.
Un test pour la suite de l’univers DC
Clayface arrive en salles deux jours plus tôt en France qu’aux États-Unis, où il est attendu le 23 octobre, en pleine période d’Halloween, le créneau traditionnel des films d’épouvante. Son score au box-office dira si le public du DCU suit la franchise hors de sa zone de confort, avec un film qui ne promet ni cape, ni envol, ni combat final contre une menace cosmique.
Un succès encouragerait Warner à multiplier les films de genre autour des personnages secondaires de Gotham, confiés à des cinéastes venus d’autres horizons. Un échec renverrait le DCU à ses grandes productions familiales, et poserait une question simple aux studios : les super-héros peuvent-ils encore surprendre sans changer de public ?


