Dans cet article Dans cet article
- Sept épisodes pour tout le roman, et non sa seule fin
- Cathy Ames, le personnage qui justifie la série
- Une distribution pensée pour trois générations
- Une bande-annonce qui assume la noirceur du roman
- L’ombre d’Elia Kazan et de James Dean
- Netflix parie encore sur les grands romans en format court
- Timshel, le mot qui pourrait tout décider
Il existe des romans que tout le monde croit connaître grâce au cinéma, sans en avoir vu qu’une petite partie. À l’est d’Éden, publié par John Steinbeck en 1952, en fait partie. Netflix mise sur une adaptation intégrale en sept épisodes, portée par Florence Pugh, qui sera disponible dans le monde entier le jeudi 1er octobre.
La série raconte la saga de la famille Trask, de la guerre de Sécession à la Première Guerre mondiale, dans la vallée de Salinas en Californie, en plaçant au premier plan Cathy Ames, l’un des personnages les plus inquiétants de la littérature américaine. Tous les épisodes arriveront le même jour sur la plateforme, à rebours des diffusions hebdomadaires que privilégient d’autres services. Une mini-série peut-elle rendre justice à un roman de plus de six cents pages que le cinéma avait dû tronquer ?
Sept épisodes pour tout le roman, et non sa seule fin
Le film de 1955, le plus célèbre, ne couvrait que la quatrième et dernière partie du livre, centrée sur la rivalité entre les jumeaux Cal et Aron. Toute la jeunesse d’Adam Trask, son mariage avec Cathy et la fondation de la famille dans la vallée de Salinas restaient hors champ.
La série de Netflix reprend l’ensemble de la chronologie. D’après le site spécialisé What’s on Netflix, les sept épisodes sont partagés entre deux réalisateurs : Garth Davis, remarqué pour Lion, signe les quatre premiers, et la Française Laure de Clermont-Tonnerre les trois derniers.
Ce format permet de laisser vivre les personnages secondaires, comme Lee, le domestique philosophe, ou Samuel Hamilton, le voisin inventeur. Le binge-watching change aussi la lecture d’une saga familiale, qui se découvre d’une traite comme un long roman, sans une semaine d’attente entre deux générations.
Cathy Ames, le personnage qui justifie la série
Zoe Kazan, qui a adapté le roman et assure la direction de la série avec Jeb Stuart, a construit son projet autour de Cathy. Florence Pugh était attachée au projet dès 2022, soit plus de deux ans avant le premier jour de tournage, et la scénariste n’a jamais envisagé d’autre actrice pour ce rôle.
Je n’avais pas de plan B. Elle est exactement la bonne personne pour jouer Cathy.
Zoe Kazan, scénariste et co-showrunneuse d’À l’est d’Éden, dans un entretien publié par Netflix Tudum le 2 septembre 2026
Dans le même entretien, Zoe Kazan explique avoir voulu que Cathy soit une personne et non un simple archétype. Le défi est de taille pour un personnage que Steinbeck présente comme dépourvu de conscience, et qui a longtemps servi de figure du mal absolu dans les lectures scolaires du roman.
Une distribution pensée pour trois générations
Autour de Florence Pugh, Netflix a réuni une distribution de premier plan venue du cinéma d’auteur, où chaque interprète porte une génération de la famille :
- Christopher Abbott incarne Adam Trask, le mari de Cathy et le père des jumeaux ;
- Mike Faist, révélé par West Side Story, joue Charles, le frère violent d’Adam ;
- Joseph Zada et Joe Anders interprètent Cal et Aron, les rôles tenus par James Dean et Richard Davalos en 1955 ;
- Ciarán Hinds prête ses traits à Samuel Hamilton et Hoon Lee à Lee, tandis que Tracy Letts et Martha Plimpton complètent la distribution.
La série est coproduite par Fifth Season et Anonymous Content, avec Florence Pugh parmi les productrices exécutives. Le tournage s’est déroulé en Nouvelle-Zélande, d’octobre 2024 à mars 2025, notamment à Auckland, Dunedin et Oamaru, qui prêtent leurs paysages à la vallée de Salinas.
Une bande-annonce qui assume la noirceur du roman
La bande-annonce française, publiée par Netflix sous le titre À l’est d’Éden, montre une Cathy qui bouleverse l’équilibre fragile de la famille Trask, loin de la victime que certains lecteurs voulaient y voir. Le ton est celui d’un drame rural sombre, porté par de grands espaces et une photographie en lumière naturelle.
La publication d’une bande-annonce doublée par Netflix France laisse attendre une version française dès la mise en ligne. La série s’adresse autant aux lecteurs de Steinbeck qu’à ceux qui ne connaissent l’histoire que par le visage de James Dean, et c’est précisément cet héritage qu’elle doit affronter.
L’ombre d’Elia Kazan et de James Dean
Le lien entre Zoe Kazan et le roman n’est pas qu’artistique : son grand-père, Elia Kazan, a réalisé le film de 1955. Ce long métrage avait reçu quatre nominations aux Oscars, dont celles de la réalisation et du meilleur acteur pour James Dean, et Jo Van Fleet y avait remporté l’Oscar du meilleur second rôle féminin.
Le film reste attaché à la mémoire de James Dean, dont c’est le seul premier rôle sorti de son vivant, puisqu’il est mort dans un accident de voiture six mois après la première. Il est inscrit au National Film Registry depuis 2016, ce qui en fait un monument du patrimoine américain difficile à déboulonner.
Le roman avait déjà connu une adaptation télévisée en 1981. La série de 2026 arrive donc comme la troisième tentative majeure, et la première à donner une place centrale au point de vue de Cathy.
Netflix parie encore sur les grands romans en format court
À l’est d’Éden s’inscrit dans une stratégie claire. En août, Netflix avait déjà refermé Macondo avec sept épisodes pour achever son adaptation de Cent ans de solitude. Les classiques réputés inadaptables deviennent des séries limitées, un format assez long pour respecter l’œuvre et assez court pour être regardé en un week-end.
Ce pari a aussi une dimension économique. Selon l’Arcom, Netflix a investi 308 millions d’euros dans la création française en 2025, et devient le premier financeur privé de la création française. Les adaptations prestigieuses servent de vitrine à une plateforme qui veut être vue comme un producteur de patrimoine, et plus seulement comme un catalogue.
Timshel, le mot qui pourrait tout décider
Le cœur philosophique du roman tient en un mot hébreu, timshel, que Lee traduit par « tu peux ». Chez Steinbeck, il signifie que chacun reste libre de choisir entre le bien et le mal, quelle que soit son histoire familiale. Toute adaptation se juge sur la manière dont elle fait exister cette idée à l’écran.
En donnant enfin sa pleine place à Cathy, la série pose une question que le film de 1955 esquivait : ce libre arbitre vaut-il aussi pour celle qu’on présente comme un monstre ? La réponse de Zoe Kazan et Florence Pugh se découvrira en sept épisodes, d’un seul bloc, dès jeudi.

