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Trente ans d’attente, une bande-annonce de deux minutes et une date qui tombe comme un couperet. Netflix a dévoilé le 23 septembre les premières images de Ray Gunn, le nouveau film d’animation de Brad Bird, et fixé son calendrier : une sortie limitée en salles le 4 décembre, puis Netflix dès le 18 décembre 2026. Deux semaines à peine séparent le grand écran du canapé.
Ray Gunn est un film noir de science-fiction, un polar de détective transposé dans une ville futuriste peuplée d’humains et d’extraterrestres. Son réalisateur n’est pas un inconnu : il a signé Le Géant de fer, Les Indestructibles et Ratatouille, deux films récompensés aux Oscars, avant de passer au cinéma en prises de vues réelles avec Mission impossible : Protocole fantôme. Ce projet, il le porte depuis le début de sa carrière. Pourquoi un tel film arrive-t-il sur une plateforme plutôt qu’en grande pompe dans les cinémas ?
Un détective à l’ancienne dans un futur rétro
L’action se déroule à Metropia, une cité Art déco aux gratte-ciel hauts d’un mille, soit environ 1,6 kilomètre, où les voitures volent et les extraterrestres vivent parmi les humains. Raymond Gunn, doublé par Sam Rockwell, y exerce encore comme détective privé alors que l’essentiel du métier est confié à de petits robots enquêteurs.
Son partenaire Eye-Ra, un extraterrestre cyclope, a la voix de Tom Waits. L’enquête bascule quand Venus Nova, star de la chanson aussi adulée que controversée, entre dans leur orbite. Scarlett Johansson prête sa voix à cette diva entourée de producteurs retors et de figures de la pègre, et Matt Berry complète la distribution.
Brad Bird résume lui-même son idée de départ par une formule : « Le Faucon maltais rencontre Buck Rogers ». D’un côté, le polar de John Huston avec Humphrey Bogart, sorti en 1941 ; de l’autre, le héros de science-fiction né dans les bandes dessinées de la fin des années 1920. Le mélange des genres se voit dès les premières secondes de la bande-annonce, qui ne cache rien de ses ambitions visuelles.
Ce que révèle la première bande-annonce
La vidéo mise en ligne par Netflix pose une ambiance plus adulte qu’on ne l’attend d’un grand film d’animation. Les codes du film noir y sont assumés : ombres portées, ruelles détrempées, interrogatoires tendus, le tout rythmé par une version ralentie de 6 Underground des Sneaker Pimps.
Le film durera 1 h 59, une longueur rare pour l’animation et un signe que Bird vise d’abord un public adulte. Il cite volontiers ses modèles, les films de détective avec Humphrey Bogart, La Griffe du passé et les univers de Philip Marlowe et Sam Spade.
Trente ans de gestation
Ray Gunn remonte aux années 1990, quand Brad Bird débutait à peine. Le projet a longtemps cherché un financeur prêt à miser sur un film d’animation qui ne vise pas les enfants en priorité, un pari que les grands studios ont rarement accepté. Il a fini par trouver refuge chez Skydance Animation, avec Netflix comme diffuseur.
L’animation est un moyen d’expression trop amusant, et trop intéressant, pour limiter le genre d’histoires qu’on peut raconter.
Brad Bird, réalisateur de Ray Gunn, dans un entretien publié par Netflix Tudum le 23 septembre 2026
Cette conviction traverse toute sa filmographie, du Géant de fer, boudé en salles en 1999 avant de devenir culte, aux Indestructibles, qui mettaient déjà en scène une famille de super-héros aux prises avec la routine et la bureaucratie. Brad Bird a ensuite tenté la science-fiction en prises de vues réelles avec Tomorrowland pour Disney en 2015. Ray Gunn apparaît comme la synthèse de ces envies, et explique pourquoi le projet a mis si longtemps à voir le jour.
Le calendrier Netflix, entre salles et streaming
La stratégie de sortie tient en quelques dates, et elle réduit la salle à une simple vitrine :
- le 23 septembre, mise en ligne de la première bande-annonce et d’un entretien avec le réalisateur ;
- le 4 décembre, sortie dans une sélection de salles, dont des séances en 70 mm ;
- le 18 décembre, arrivée sur Netflix dans le monde entier, en pleine période des fêtes.
Netflix reproduit ici un schéma déjà rodé. Charlie vs. the Chocolate Factory, avec Taika Waititi, suivra le même chemin en 2027, avec un Willy Wonka sorti de prison qui passera des salles le 5 novembre 2027 à Netflix le 22 décembre. Le passage au cinéma sert surtout à rendre les films éligibles aux prix et à nourrir le bouche-à-oreille.
Pour le spectateur français, l’enjeu est simple : faute d’annonce de sortie en salles en France à ce jour, Ray Gunn risque de se découvrir sur un téléviseur plutôt que sur un grand écran. Les séances en 70 mm, format pellicule réservé à quelques cinémas équipés, resteront sans doute un privilège de quelques grandes villes. Cet arbitrage n’est pas propre au film, il reflète une offensive plus large de Netflix dans l’animation.
Netflix mise gros sur l’animation
La plateforme multiplie les projets animés pour adultes. Après le retour de Ricky Gervais à l’animation pour adultes et la suite de Cyberpunk : Edgerunners attendue le 20 octobre, Ray Gunn devient la vitrine de prestige de ce catalogue, portée par un nom que les cinéphiles connaissent.
Ce virage a un revers. Netflix explore aussi des outils d’intelligence artificielle pour produire plus vite, comme l’a montré son programme qui engage l’animation dans l’ère industrielle. Un film artisanal mûri pendant trois décennies y côtoie des productions pensées pour alimenter le flux, et la question de la place laissée aux auteurs reste entière.
Un pari d’auteur au milieu du flux
Ray Gunn arrive avec tout ce qui fait un événement : un réalisateur oscarisé, une distribution prestigieuse et un univers visuel que la bande-annonce rend immédiatement reconnaissable. Reste à savoir si un film pensé pour l’écran géant trouvera son souffle sur une plateforme où il côtoiera des centaines de nouveautés de fin d’année.
Le vrai test viendra après le 18 décembre, quand Netflix publiera ses classements d’audience. Un succès de Ray Gunn donnerait des arguments à tous ceux qui défendent une animation adulte ambitieuse et coûteuse. Un accueil tiède, à l’inverse, conforterait l’idée que ces projets ne vivent plus que le temps d’un week-end de mise en avant, loin des salles qui les ont fait naître.


