Alley Cats : Ricky Gervais revient à l’animation pour adultes avec une bande de chats mal élevés

Netflix met en ligne le 7 août Alley Cats, six épisodes d'animation adulte écrits et réalisés par Ricky Gervais. Treize ans après son dernier passage dans le genre, l'humoriste britannique retrouve un public mondial et des critiques nettement moins indulgentes.

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Netflix met en ligne demain une série où une bande de chats de gouttière commente la vie, la mort et la bêtise humaine avec un vocabulaire de fin de soirée. Alley Cats est une comédie animée pour adultes en six épisodes, créée, écrite et réalisée par Ricky Gervais, qui prête aussi sa voix à Gus, un matou roux et corpulent installé dans une maison à l’abandon.

Le projet arrive dans un paysage saturé d’animation destinée aux grandes personnes, entre les héritiers des Simpson, la vague adulte de Prime Video et les paris de plateformes qui cherchent des formats courts capables de tourner à l’international. Gervais, lui, revient sur un terrain qu’il avait quitté il y a treize ans, avec une réputation devenue nettement plus clivante qu’à l’époque. Son humour de provocation peut-il encore fonctionner sur un catalogue mondial de plus de trois cents millions d’abonnés ?

Treize ans après, Gervais rouvre le chapitre animation

Le dernier passage de Ricky Gervais par l’animation adulte remonte à The Ricky Gervais Show, diffusé par HBO et Channel 4 jusqu’en 2013. Le principe consistait à illustrer les enregistrements du podcast tenu avec Stephen Merchant et Karl Pilkington dans un style graphique emprunté aux cartoons de Hanna-Barbera. Le procédé était économe, drôle, et reposait entièrement sur le trio vocal.

Alley Cats fonctionne autrement. Gervais y est créateur, scénariste, réalisateur et producteur exécutif pour Derek Productions, avec Elliot Dear en coréalisation, tandis que l’animation 2D est confiée au studio britannique Blink Industries. La série a été présentée en juin au Festival international du film d’animation d’Annecy, où Netflix a diffusé la première bande-annonce et projeté les deux premiers épisodes devant un public de professionnels.

Le casting réunit les fidèles de l’écurie Gervais. Tom Basden joue Ponce, un chat domestique de classe moyenne, Diane Morgan incarne Olive, David Earl double le miteux Puke, et Andrew Brooke, Kerry Godliman, Jo Hartley, Natalie Cassidy et Tony Way complètent la troupe. Gervais parle de ses interprètes comme des Avengers de la comédie britannique, en écrivant chaque personnage autour de la personnalité de son interprète.

Une bande de chats errants dans une maison délabrée

Le pitch tient en une phrase : des chats retournés à l’état sauvage occupent une bâtisse abandonnée et y refont le monde à longueur de journée. La série revendique l’héritage du sitcom britannique classique, avec Porridge, Cheers et Only Fools and Horses cités par Gervais comme références ; ses personnages sont, selon lui, tout en bas de la pile, face à un ennemi cruel qui est le reste du monde.

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La bande-annonce d’Alley Cats, dévoilée au festival d’Annecy en juin 2026.

Le format court joue en faveur du projet. Six épisodes d’un quart d’heure, c’est le calibre qui permet à une comédie d’animation de s’installer sans essouffler son concept, à rebours des saisons de dix heures que Netflix produit habituellement. La contrepartie tient en une phrase : une série de six épisodes se consomme en une soirée et disparaît aussi vite du fil d’actualité.

Un enregistrement qui casse les habitudes du doublage

La méthode de production retenue par Gervais s’écarte franchement des standards de l’animation, où chaque comédien enregistre seul en cabine, souvent à des semaines d’intervalle. Le dispositif d’Alley Cats répond à une logique inverse.

  • Tous les comédiens enregistrent ensemble, dans la même pièce, épisode par épisode ;
  • Les sessions débordent volontairement du script, l’improvisation étant encouragée à chaque prise ;
  • Le premier épisode a nécessité une heure et quarante minutes d’enregistrement pour environ quinze minutes montées ;
  • Une partie des improvisations les plus crues a été coupée au montage, jugée impubliable même pour une série classée adulte.

Ce choix rapproche l’exercice du plateau de sitcom filmé, où les répliques se construisent dans la réaction immédiate. Diane Morgan raconte que le groupe devait régulièrement s’interrompre pour vérifier si une réplique passerait, ce qui en dit long sur le niveau de liberté accordé au studio.

Le pari est risqué sur le plan industriel. Réunir huit comédiens très demandés dans un même studio coûte plus cher que des sessions individuelles, et allonge le calendrier de production d’une série animée déjà lente par nature.

L’humour de Gervais face à une audience mondiale

Les premières critiques publiées début août ont été rugueuses. Plusieurs recensions britanniques décrivent une comédie construite sur le choc, avec des vannes visant tour à tour le handicap, l’obésité ou la sexualité animale, et l’une d’elles affirme n’avoir pas ri une seule fois sur les six épisodes. Le reproche n’est pas neuf pour Gervais, dont les spectacles et les monologues de cérémonies partagent la même mécanique.

La défense de l’auteur ne porte pas sur le bon goût mais sur l’intention. Alley Cats sert selon lui un propos sur l’espèce humaine, que ses chats observent d’en bas.

Nous avons des délires de grandeur : parce que nous sommes ce qu’il y a de plus intelligent sur cette planète, nous supposons que nous sommes les plus importants. Nous ne le sommes pas, nous sommes peut-être les moins importants. Je voulais simplement crever cette bulle de suffisance.

Ricky Gervais, créateur d’Alley Cats, entretien de presse diffusé par Netflix UK en juillet 2026

Tom Basden résume la vision du monde de la série sans détour : les humains y sont irresponsables, cruels et passablement stupides. Ce parti pris misanthrope est la colonne vertébrale du projet, pas un accident de ton, ce qui explique en partie l’écart entre la réception critique et l’attente du public de Gervais.

Reste le versant sentimental, celui qui a fait le succès de After Life. La série introduit un chaton perdu, puis confronte la bande à la mort d’un congénère sur la chaussée. Gervais explique avoir voulu retrouver le moment où un enfant comprend que la mort est définitive, souvent à l’occasion de la disparition d’un animal familier.

Une bande-son qui vaut son pesant de licences

Netflix a délié les cordons pour la musique. La série fait entendre des morceaux de Cat Stevens, Coldplay et Van Halen, un plateau inhabituel pour une animation de six épisodes. Gervais raconte avoir dû solliciter personnellement Morrissey et Johnny Marr pour obtenir There Is A Light That Never Goes Out des Smiths, et le guitariste a reversé son cachet à une association animalière.

Ce type d’accord dit quelque chose du statut de l’auteur chez Netflix. La plateforme lui a également commandé un nouveau spectacle de stand-up, annoncé en juin, ce qui confirme que la relation dépasse largement cette série. Elle rappelle aussi la mécanique des franchises rentables que la plateforme prolonge dès qu’un nom lui garantit du volume de visionnage.

Ce que l’animation adulte est devenue sur les plateformes

L’animation destinée aux adultes n’est plus une niche depuis longtemps, mais elle reste un terrain où le malentendu de public est permanent. Un format qui ressemble à un dessin animé attire mécaniquement des spectateurs plus jeunes que sa classification, un phénomène déjà observé avec une série aux airs de dessin animé pour enfants qui cachait un propos bien plus sombre. Les plateformes misent sur cette ambiguïté autant qu’elles s’en méfient.

Alley Cats arrive au moment où la comédie de plateforme cherche un second souffle. Les réussites récentes du genre, dont une série qui a redéfini les contours de la comédie, ont déplacé les attentes vers des objets hybrides, mi-drôles mi-douloureux. La série de Gervais joue exactement sur ce registre, avec l’animation comme paravent.

La question que pose vraiment sa mise en ligne est celle de la place laissée à l’humour frontal dans des catalogues pensés pour cent quatre-vingt-dix pays. Un chat qui insulte l’humanité en argot du sud de Londres ne voyage pas de la même manière qu’une comédie romantique, et les chiffres de visionnage des premières semaines diront si Netflix a acheté un succès mondial ou un objet réservé à un public d’initiés.

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