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Dix pour cent racontait le quotidien d’ASK, une agence parisienne qui gère des acteurs et négocie leur carrière au pourcentage. Diffusée sur France 2 de 2015 à 2020, la série a tenu quatre saisons, révélé Camille Cottin et Laure Calamy, et s’est exportée sous une dizaine de remakes étrangers. Elle avait aussi une particularité rare : faire jouer de vraies vedettes dans leur propre rôle, et rire à leurs dépens.
Le long-métrage qui la prolonge est arrivé sur Netflix le 10 septembre 2026, dans le monde entier le même jour. Six ans après le dernier épisode, l’agence n’existe plus dans la fiction, et Andréa est passée derrière la caméra. La question que se posent les habitués de la série tient en une phrase : que reste-t-il d’un récit de bureau quand le bureau a fermé ?
Six ans après la série, un film qui déplace le décor
Fanny Herrero, créatrice et scénariste de la série, signe le scénario avec Lison Daniel. La réalisation revient à Émilie Noblet. Le tournage s’est déroulé principalement à Paris et en Île-de-France, et la production s’est bouclée fin 2025, près d’un an avant la mise en ligne.
Le film a été présenté en avant-première au Festival du Film Francophone d’Angoulême avant sa sortie sur la plateforme, un passage par la salle inhabituel pour une production destinée au streaming. La bande-annonce, publiée sur la chaîne officielle Netflix France, donne le ton de ce retour.
Le titre international retenu, Call My Agent!, rappelle le chemin parcouru par une fiction née sur le service public français. Les remakes britannique, indien, coréen et turc ont installé la formule bien au-delà de son marché d’origine, ce qui explique en partie la sortie simultanée dans tous les pays.
Ce que le film met en place
Le synopsis officiel éloigne délibérément les personnages de leur terrain de jeu. Voici les éléments qui structurent le récit.
- l’histoire se déroule cinq ans après la fermeture de l’agence ASK ;
- Andréa, incarnée par Camille Cottin, prépare son premier long-métrage ;
- son acteur principal la lâche quelques jours avant le tournage ;
- elle s’associe à Noémie, devenue productrice de télé-réalité.
Le reste tient de la mécanique bien connue de la série : recasting en urgence, catastrophes de plateau et, en toile de fond, une bataille judiciaire pour la garde de sa fille. Les anciens agents convergent un par un vers ce tournage à haute tension.
Le dispositif inverse la situation de départ de la série. Andréa ne défend plus les artistes face aux producteurs, elle occupe la place de celle qui doit convaincre, ce qui déplace la comédie sans changer ses ressorts.
Réinventer sans perdre la familiarité
Fanny Herrero avait quitté la série à la fin de la saison 3, et elle explique être revenue par une frustration partagée avec les comédiens. Le point final posé par la saison 4 ne lui semblait pas abouti, et le public le faisait savoir. Reprendre une fiction six ans après suppose un équilibre précis entre ce que les spectateurs attendent et ce qu’ils n’attendent pas.
Dans ce film, il fallait retrouver cette affection qu’on a pour eux, tout en réinventant un peu des choses nouvelles.
Fanny Herrero, créatrice et scénariste de Dix pour cent, dans un entretien accordé à franceinfo, 10 septembre 2026
La scénariste décrit le résultat comme une comédie grand public doublée d’une comédie existentielle, où les personnages butent d’abord sur leurs propres doutes. Les agents d’ASK ne vont pas très bien, et cette fragilité générale tient lieu de marqueur d’époque autant que de ressort comique.
Le pari se joue donc moins sur la nostalgie que sur la capacité du film à surprendre un public conquis.
George Clooney a refusé la première version de sa scène
Le film reprend la tradition des apparitions de vedettes dans leur propre rôle, portée par la série jusqu’à faire venir Sigourney Weaver en saison 4. Cette fois, George Clooney et Eva Longoria complètent l’affiche, aux côtés de Laetitia Casta, Vincent Macaigne et Laurent Lafitte.
L’acteur américain n’a pas dit oui tout de suite. La scène écrite pour un comédien américain non identifié ne lui a pas plu, et il l’a fait savoir avant de proposer de regarder une autre version. La seconde a été acceptée, l’acteur y a ajouté ses propres idées, et il n’a tourné qu’une seule journée, sur un seul lieu.
Une fiction française que Netflix continue d’alimenter
Le film s’inscrit dans une série de commandes françaises que la plateforme multiplie depuis trois ans, des adaptations de romans aux fictions d’action comme la série sur le GIGN portée par Tomer Sisley. La production locale coûte moins cher qu’un blockbuster américain et sert la même finalité : retenir les abonnés d’un marché précis.
Le cas de Dix pour cent ajoute une variable. L’œuvre d’origine ne vient pas de Netflix mais du service public, et la plateforme reprend un catalogue qu’elle n’a pas produit, en lui offrant une conclusion et une exposition mondiale. Le mouvement rappelle celui qui conduit une série à annoncer sa saison comme la dernière avant de la lancer.
Les quatre saisons restent disponibles sur la plateforme, ce qui permet de rattraper l’ensemble avant le film, comme Netflix le fait pour ses adaptations françaises de romans policiers. Voir la série n’est pas indispensable, mais l’essentiel des clins d’œil suppose de connaître les personnages.
Ce qu’une comédie de bureau française joue à l’échelle mondiale
La sortie simultanée dans tous les pays place un long-métrage français en langue française devant une audience qui n’a, pour l’essentiel, jamais entendu parler de l’agence ASK. La série avait déjà franchi cet obstacle par ses remakes, en laissant chaque pays refaire l’histoire avec ses propres vedettes.
Ce film tente l’inverse, en exportant l’original tel quel, avec ses références au cinéma français et ses vedettes locales. Le résultat dira si une comédie de métier peut voyager sans être retraduite, ou si le succès de Dix pour cent hors de France tenait précisément à la possibilité de la refaire ailleurs.


