ThunderCats : cinq ans après son annonce, le film d’Adam Wingard n’a toujours pas de date

Adam Wingard assure que son adaptation de ThunderCats n'est pas abandonnée et qu'un nouveau scénario a été bouclé début 2026. Cinq ans après l'annonce, le film reste pourtant sans studio d'animation, sans casting et sans calendrier.

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ThunderCats, ce sont des félins humanoïdes réfugiés sur la Troisième Terre, une épée qui grandit dans la main de Lion-O et un générique que toute une génération peut encore fredonner. La série animée lancée en 1985 appartient à cette vague de dessins animés américano-japonais pensés d’abord pour vendre des figurines, et devenus par accident des objets de culte. Warner Bros. en a annoncé une adaptation au cinéma en 2021, confiée à Adam Wingard.

Cinq ans plus tard, le film n’a toujours ni casting, ni calendrier, ni date de sortie. Le réalisateur vient pourtant d’assurer que le projet n’est pas enterré, et qu’une nouvelle version du scénario a été bouclée au début de l’année. Un projet vivant mais sans production lancée occupe une zone grise inconfortable, et la question se pose franchement : à partir de quand un film annoncé cesse-t-il d’exister ?

Un scénario réécrit début 2026, puis remis dans un tiroir

Wingard travaille toujours sur l’adaptation avec le scénariste Simon Barrett, son collaborateur de longue date. Le duo a terminé une nouvelle passe du script au début de l’année 2026, avant que la préparation d’Onslaught ne reprenne le dessus dans l’agenda du réalisateur. Le film ThunderCats n’est plus sa priorité, et il ne s’en cache pas.

Cette franchise du réalisateur tranche avec la communication habituelle des studios sur les projets en sommeil, faite de formules vagues et de calendriers repoussés sans explication. Dire qu’un film existe encore tout en admettant qu’on ne s’en occupe pas dans l’immédiat évite au moins d’entretenir une illusion, mais cela laisse les fans sans horizon.

Ce n’est pas mort. Ça vit. Ce n’est simplement pas la première chose sur laquelle je travaille actuellement.

Adam Wingard, réalisateur du film ThunderCats, propos rapportés le 1er septembre 2026 par KultureGeek

Ni prises de vues réelles, ni animation classique

Le pari artistique explique en partie la lenteur du chantier. Wingard ne veut pas d’un long métrage en prises de vues réelles avec des acteurs maquillés, ni d’une transposition modernisée qui gommerait les codes de la série. Il vise une production hybride, en images de synthèse hyperréalistes, qui conserverait fidèlement l’apparence de Lion-O, Cheetara et Panthro telle que le dessin animé l’a fixée.

Techniquement, la promesse est risquée. Rendre en photoréalisme des félins anthropomorphes conçus pour le trait des années 80 expose directement à la vallée dérangeante, ce malaise que provoquent les figures presque humaines sans l’être tout à fait. Plusieurs adaptations récentes s’y sont abîmées, et le succès du procédé se joue sur des détails de fourrure et de regard davantage que sur le scénario.

Youtube video
Le générique original de ThunderCats, remis en ligne par Warner Bros. Rewind pour les 40 ans de la série.

Le réalisateur répète depuis plusieurs années vouloir revenir à cette esthétique des années 80 plutôt que la réinventer. Godzilla x Kong: The New Empire, son plus gros film à ce jour, montrait déjà ce goût pour les monstres assumés et les couleurs saturées. La fidélité visuelle est donc une intention constante, pas un argument de circonstance.

Warner rouvre méthodiquement ses tiroirs des années 80

ThunderCats n’avance pas seul. Le studio, comme ses concurrents, remonte le catalogue des licences de cette décennie avec une régularité qui ne doit rien au hasard, en pariant sur un public adulte solvable doublé d’une découverte familiale. Plusieurs chantiers avancent en parallèle :

La comparaison est cruelle pour les félins. Les autres licences citées disposent d’un diffuseur, d’un casting ou d’une date, quand le film de Wingard n’a aucun des trois. Un projet sans partenaire de production identifié reste une intention, quel que soit l’état du script.

Warner Bros. a par ailleurs évoqué un film d’animation ThunderCats lors du Festival d’Annecy 2026, sans préciser s’il s’agissait du projet de Wingard ou d’une autre production sur la même franchise. Cette ambiguïté n’aide pas à lire la stratégie du studio.

Un studio à deux vitesses sur l’animation

L’animation reste un terrain que Warner continue d’investir, malgré des parcours chaotiques. Le cas de Coyote vs. Acme, enterré puis finalement sorti en salles le 28 août, a marqué les esprits : un long métrage terminé peut disparaître pour des raisons comptables, puis ressusciter quand la pression publique devient coûteuse. Un film achevé n’est plus une garantie de sortie dans l’économie actuelle des studios.

Ce précédent éclaire différemment le sort de ThunderCats. Tant qu’aucun budget n’est engagé, aucune décision d’abandon spectaculaire ne viendra : le projet peut rester en développement pendant des années sans coûter grand-chose ni rapporter quoi que ce soit. La zone grise arrange le studio autant qu’elle frustre les spectateurs.

Ce que cinq ans de silence disent du projet

Le calendrier parle de lui-même. Annoncé en 2021, le film a traversé une réorganisation complète de Warner, plusieurs changements de stratégie sur le cinéma et le streaming, et l’irruption de l’IA générative dans les pipelines d’animation. Aucune de ces secousses n’a produit de décision sur ThunderCats, ni dans un sens ni dans l’autre.

La disponibilité du réalisateur pèse aussi. Wingard enchaîne les commandes de studio, et un cinéaste occupé sur un blockbuster ne revient pas sur un projet personnel avant plusieurs années. Le scénario réécrit en 2026 attendra donc, au minimum, la fin d’Onslaught.

Reste l’hypothèse la plus probable pour ce type de dossier : le film finit par changer de main. Un autre réalisateur, un autre format, éventuellement une série animée moins coûteuse. La licence survivra à ce projet précis, comme elle a survécu à la relecture de 2011 diffusée sur Cartoon Network.

Le sablier de Lion-O

Les licences de patrimoine ont une fenêtre. Elles fonctionnent tant que la génération qui les a regardées enfant est encore en âge d’emmener ses propres enfants en salle, et tant que le souvenir reste assez net pour déclencher l’achat d’un billet. Quarante ans après le premier générique, cette fenêtre se referme un peu plus chaque année pour ThunderCats.

Le paradoxe du photoréalisme hyperréaliste défendu par Wingard tient là : plus la technique progresse, moins l’écart se pardonne entre l’image souvenue et l’image projetée. Une adaptation trop tardive risque de s’adresser à un public qui n’a plus besoin d’elle, avec des outils qui rendront le décalage encore plus visible. Le débat que l’IA générative ouvre aujourd’hui dans l’animation ajoute une variable supplémentaire à cette équation.

Warner tranchera, ou laissera le dossier s’éteindre de lui-même. La différence entre les deux se mesure rarement à des annonces : elle se lit dans l’embauche d’un studio d’animation, et cette information-là n’est toujours pas venue.

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