Coyote vs. Acme : le film enterré par Warner arrive enfin en salles le 28 août

Warner Bros. avait rayé Coyote vs. Acme de ses comptes fin 2023 contre 30 millions de dollars de déduction fiscale. Le film sort finalement le 28 août, et ses acteurs racontent les trois années passées au coffre.

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Un film terminé, monté, testé devant des publics conquis, et rangé au coffre pour des raisons comptables. Voilà le sort réservé à Coyote vs. Acme en novembre 2023, quand Warner Bros. Discovery a préféré déduire 30 millions de dollars de ses impôts plutôt que de sortir cette comédie hybride mêlant prises de vues réelles et animation, où Vil Coyote attaque enfin la firme Acme en justice pour la qualité déplorable de ses fusées et de ses enclumes.

Trois ans plus tard, le film arrive bel et bien dans les salles américaines, le 28 août 2026, porté par un distributeur indépendant que personne n’attendait sur ce terrain. Ses acteurs principaux, Will Forte, Lana Condor et John Cena, viennent de raconter à io9 ce qu’ils ont vécu pendant cette parenthèse. Comment un long-métrage effacé des comptes d’un studio parvient-il à ressortir du coffre ?

Un film fini, puis rayé des comptes

Retour en novembre 2023. Warner Bros. Discovery vient d’absorber la fusion qui a créé le groupe et cherche des économies partout. Coyote vs. Acme, budget estimé à 72 millions de dollars, est achevé. Le studio annonce pourtant qu’il ne sortira jamais, ni en salles, ni en streaming, et inscrit 30 millions de dollars en déduction fiscale.

La décision passe très mal, y compris en interne. Les projections tests avaient placé le film 14 points au-dessus de la moyenne du segment familial, selon les chiffres rapportés par Deadline à l’époque, ce qui rend l’argument de la qualité inopérant. Le studio a d’abord tenu bon, puis a rouvert la porte à une vente sous la pression des réseaux sociaux et de la profession.

Ce qui se joue alors dépasse un seul dessin animé. Un film peut valoir plus mort que vivant dans les comptes d’un groupe coté, et c’est cette équation-là que le public a découverte en même temps que le sort de Vil Coyote.

Ce que raconte le procès de Vil Coyote

Le postulat tient en une phrase et fonctionne immédiatement. Après des décennies de plans foireux pour attraper Bip Bip, Vil Coyote décide d’attaquer Acme, le fabricant de tout son arsenal défaillant. Will Forte incarne l’avocat humain qui accepte le dossier, Lana Condor l’épaule, et John Cena joue l’avocat d’Acme, ancien patron du héros, ce qui transforme le procès en règlement de comptes personnel.

La bande-annonce finale, mise en ligne cet été par la production, assume pleinement ce ton de comédie judiciaire. On y retrouve le mélange d’animation traditionnelle et de décors réels qui avait servi de gimmick à Roger Rabbit, appliqué cette fois à un tribunal contemporain.

Youtube video
La bande-annonce finale de Coyote vs. Acme, publiée sur la chaîne officielle du film.

Six ans de montagnes russes pour l’équipe

Interrogés par io9 le 10 août 2026, les trois acteurs décrivent la même trajectoire en dents de scie. Will Forte parle d’un enthousiasme total pendant le tournage, d’une post-production qui grimpait tranquillement, puis d’une chute brutale. Le mot qu’il emploie le plus est frustration, avant que l’arrivée d’un repreneur ne fasse repartir la machine.

L’équipe avait même organisé ce que Lana Condor appelle une projection d’enterrement, présentée à l’époque comme la première et la dernière occasion de voir le film. L’actrice raconte y avoir gardé la conviction que le public finirait par le découvrir, précisément parce qu’elle le trouvait réussi.

C’était vraiment un de ces moments de carrière dévastateurs, pas seulement pour soi-même mais, plus important encore, pour les centaines d’artistes qui y ont travaillé pendant des années. J’étais en deuil pour tous ceux qui étaient devant la caméra, et encore davantage pour tous ceux qui étaient derrière.

Lana Condor, actrice de Coyote vs. Acme, entretien accordé à io9 et publié le 10 août 2026

John Cena, lui, adopte une lecture plus froide, héritée de ses vingt années de catch professionnel. Un segment raccourci, un adversaire changé à la dernière minute, une décision créative imposée juste avant l’entrée en scène : il explique avoir appris à encaisser ces retournements, et rappelle que le propriétaire d’une œuvre achetée peut légalement la ranger, aussi désagréable que ce soit à admettre.

Sa conclusion vise juste. Ceux qui perdent réellement dans cette histoire ne sont pas les têtes d’affiche, mais les équipes dont le travail reste invisible.

Ketchup Entertainment, le distributeur qui a récupéré la mise

Le sauvetage est venu d’un acteur modeste du secteur. En mars 2025, Ketchup Entertainment a acquis les droits mondiaux du film pour un montant estimé autour de 50 millions de dollars, soit nettement plus que la déduction obtenue par Warner. Le distributeur arrivait avec un argument concret : il venait de prouver qu’un Looney Tunes pouvait tenir l’affiche.

  • Ketchup Entertainment avait déjà sorti en salles The Day the Earth Blew Up, premier long-métrage Looney Tunes entièrement animé ;
  • l’entreprise a racheté les droits mondiaux de Coyote vs. Acme, et non une simple fenêtre de diffusion ;
  • la campagne promotionnelle joue ouvertement sur l’historique du film, présenté comme celui qu’Acme ne veut pas que vous voyiez ;
  • la sortie est calée au 28 août 2026, en fin d’été, loin des grosses machines de rentrée.

Le pari n’a rien d’évident. Un film vieux de trois ans arrive avec un handicap de fraîcheur, et les comédies familiales en prises de vues réelles ne sont plus le genre le plus sûr du marché.

Reste que l’opération a déjà valeur d’exemple pour les autres projets bloqués dans les catalogues des grands groupes.

Ce que l’affaire a changé dans les pratiques des studios

L’épisode a laissé des traces. Les studios ont compris qu’un enterrement comptable se paie désormais en réputation, surtout quand le film concerné touche à un patrimoine populaire vieux de plusieurs générations. Warner, qui gère par ailleurs son bras de fer autour d’Elm Street, sait que chaque décision sur une licence culte se commente en quelques heures.

La seconde vie des œuvres écartées devient un marché à part entière, entre plateformes qui récupèrent un biopic boudé en salles et distributeurs indépendants qui misent sur des catalogues jugés trop risqués. Le même mouvement profite à l’animation adulte, comme le montre le retour de Ricky Gervais avec une bande de chats mal élevés.

Le 28 août, un test grandeur nature pour les films sauvés

Ce qui se joue à la fin du mois dépasse largement le sort d’un coyote mal équipé. Si Coyote vs. Acme trouve son public, chaque projet gelé dans un catalogue gagne un précédent commercial, et pas seulement un argument moral. Un échec, à l’inverse, validerait la thèse des studios selon laquelle certains films n’auraient de toute façon pas trouvé leur salle.

L’affaire pose aussi une question rarement formulée aussi nettement : à qui appartient un film une fois qu’il existe ? Juridiquement, la réponse est nette, et John Cena la rappelle sans détour. Culturellement, elle l’est beaucoup moins quand l’œuvre repose sur des personnages créés à la fin des années 1940 et devenus un bien commun dans l’imaginaire de plusieurs générations.

La réponse tiendra en quelques week-ends d’exploitation. Elle intéressera autant les spectateurs venus voir une enclume tomber que les équipes techniques dont le travail dort encore dans les serveurs d’un studio, quelque part entre un actif déprécié et un film que personne n’a le droit de montrer.

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