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Netflix a mis en ligne le 17 septembre les huit épisodes de Monstre : l’histoire de Lizzie Borden. C’est le quatrième volet de l’anthologie créée par Ryan Murphy et Ian Brennan, un format où chaque saison reprend à zéro pour raconter une affaire criminelle réelle avec un casting entièrement renouvelé. Après Jeffrey Dahmer, les frères Menendez et Ed Gein, la série s’attaque pour la première fois à une femme.
Lizzie Borden est accusée d’avoir tué son père et sa belle-mère à coups de hache en 1892, à Fall River dans le Massachusetts. Elle a été jugée puis acquittée, et l’affaire n’a jamais été résolue. Une comptine d’enfants lui prête quarante coups portés à sa mère et quarante et un à son père ; c’est par ce refrain, plus que par les minutes du procès, que son nom a traversé plus d’un siècle.
Netflix tient là une mécanique éprouvée, capable de propulser une saison en tête du classement mondial en trois jours. Mais l’anthologie a aussi accumulé les reproches sur sa façon de traiter des crimes dont les proches sont encore vivants. Que vaut ce quatrième tour de piste pour qui hésite à lancer le premier épisode ?
Ce que raconte cette quatrième saison
Le synopsis officiel annonce d’emblée la couleur. La fille réprimée d’une riche famille de Nouvelle-Angleterre et la domestique de la maison, enfermées dans un foyer bâti sur l’humiliation et la cruauté, s’échappent dans un fantasme de sexe, de pouvoir et de vengeance. Les meurtres qui suivent fabriquent une icône plus qu’ils ne closent une enquête.
Le parti pris tranche avec les saisons précédentes, qui reconstituaient les faits en s’appuyant sur les archives judiciaires. Ici, la reconstitution cède la place à la relecture féministe, avec une héroïne qui refuse la cage sociale de son époque et se forge sa propre légende. Le résultat assume le romanesque plutôt que la fidélité documentaire.
Ce choix n’est pas neutre pour le spectateur. On ne regarde pas un dossier criminel de la même manière selon qu’il se présente comme une enquête ou comme un conte gothique, et le casting réuni autour d’Ella Beatty confirme la seconde intention.
Un casting qui puise dans la troupe habituelle
Ryan Murphy réunit des visages déjà croisés dans son univers et quelques nouvelles venues. La distribution mêle vétérans de ses séries précédentes et actrices repérées ailleurs, ce qui donne à la saison un air de famille immédiatement reconnaissable.
- Ella Beatty incarne Lizzie Borden, après un passage par Feud : Capote vs. The Swans ;
- Vicky Krieps joue Bridget Sullivan, la domestique des Borden ;
- Charlie Hunnam et Rebecca Hall campent le père et la belle-mère assassinés ;
- Billie Lourd et Jessica Barden complètent le cercle proche de Lizzie ;
- Sarah Paulson apparaît dans le rôle de la tueuse en série Aileen Wuornos.
Charlie Hunnam vient tout juste de tenir le rôle-titre de la saison consacrée à Ed Gein, pour lequel il a décroché une nomination aux Emmy. Le passage d’un monstre à une victime dans la saison suivante illustre bien le fonctionnement en troupe de l’anthologie.
Cette continuité de visages sert la marque autant que la fiction. Elle installe une signature visuelle et un rythme reconnaissables d’une saison à l’autre, sur laquelle repose une bonne part de l’attachement du public.
La première criminelle de l’anthologie
Trois saisons, trois hommes. Le passage à une figure féminine change le centre de gravité du récit, qui s’intéresse moins au mécanisme du crime qu’à ce qui l’a rendu pensable dans une maison bourgeoise de la fin du dix-neuvième siècle. La colère et le refoulement féminins deviennent le vrai sujet, au-delà de la hache.
L’actrice qui porte le rôle revendique cette lecture, dans des propos transmis au média officiel de la plateforme le jour de la mise en ligne.
Cette saison nous donne notre premier monstre féminin et explore la rage et le refoulement des femmes, ce que j’ai trouvé étonnamment actuel.
Ella Beatty, interprète de Lizzie Borden, propos recueillis par Tudum, le média officiel de Netflix, publiés le 17 septembre 2026
La bascule est cohérente avec l’époque, où les récits de violence féminine occupent une place croissante à la télévision. Elle expose aussi la série à un reproche symétrique de celui qu’on lui adressait jusqu’ici : transformer une accusée en héroïne émancipatrice reste une opération sur une affaire réelle.
Une machine à audience que Netflix ne veut pas arrêter
Les chiffres expliquent la cadence. Chaque saison de l’anthologie a trouvé son public, et les nominations ont suivi, ce qui est rare pour un format aussi contesté.
| Saison | Sujet | Performance | Emmy |
|---|---|---|---|
| 1 | Jeffrey Dahmer | 1 milliard d’heures vues en 60 jours | 13 nominations, 1 statuette |
| 2 | Erik et Lyle Menendez | succès mondial en 2024 | 11 nominations |
| 3 | Ed Gein | 12,2 millions de vues en 3 jours | 7 nominations |
La saison Dahmer se classe encore sixième de tous les temps au palmarès des séries anglophones de la plateforme, et celle consacrée à Ed Gein a pris la première place dans onze pays. Aucune des trois n’a échoué commercialement, ce qui explique pourquoi Netflix a renouvelé le format sans attendre.
Les récompenses, elles, se font plus rares que les nominations. Le dernier palmarès des Emmy a rappelé que la plateforme peine à convertir ses candidatures en trophées, y compris sur ses productions les plus regardées.
Le true crime face à ses propres excès
Les saisons précédentes ont été vivement critiquées par des proches de victimes, qui reprochaient à la série de rejouer leur drame sans les consulter. Le procédé nourrit un malaise durable autour du genre, où la souffrance réelle devient matière première d’un divertissement produit à la chaîne.
Le choix de Lizzie Borden contourne partiellement l’obstacle, puisque les faits datent de 1892 et qu’aucun proche ne peut plus s’en offusquer. Netflix continue par ailleurs d’alimenter ce rayon de son catalogue, comme le montrait récemment la clôture de sa série documentaire sur les tueurs en série, bâtie sur des enregistrements inédits.
Ce que le passage de Sarah Paulson laisse deviner
L’apparition d’Aileen Wuornos dans une saison consacrée à Lizzie Borden n’a rien d’un hasard de casting. Netflix diffusera le 30 octobre un documentaire entièrement consacré à Wuornos, avec des images rares et des entretiens inédits tournés dans le couloir de la mort. La fiction sert ici de rampe de lancement à un autre programme du catalogue.
Ce chaînage entre fiction et documentaire est devenu la méthode de la plateforme sur le true crime. Une saison installe une figure, un documentaire la reprend quelques semaines plus tard, et l’algorithme fait le reste en enchaînant les recommandations sur un même thème.
Reste la question que cette saison pose sans vraiment y répondre : à force de transformer des accusées en icônes, le genre finit-il par produire des personnages plutôt que de raconter des affaires ? La réponse se lira dans le cinquième volet, dont le sujet dira si l’anthologie a changé de méthode ou seulement de visage.


