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- Un joueur, un Mimiqui, et trente-neuf secondes d’indices
- Sept ans sans long métrage, et une raison de revenir
- CloverWorks aux commandes de l’animation
- Ce qu’une partie de cartes raconte qu’un combat ne raconte pas
- Une sortie mondiale annoncée, aucun calendrier français
- Ce qui se joue autour d’une table de tournoi
La franchise Pokémon vend des cartes depuis bientôt trente ans, mais elle n’en avait jamais fait le sujet d’un film. The Pokémon Company a annoncé Pokémon: Wild Card, un long métrage d’animation prévu à partir de 2027, centré sur un joueur du jeu de cartes à collectionner et son partenaire Mimiqui. L’annonce est tombée lors de la cérémonie de clôture des Championnats du monde Pokémon 2026, à San Francisco, accompagnée d’un teaser de trente-neuf secondes.
Le geste n’est pas anodin. Les longs métrages Pokémon racontaient jusqu’ici le voyage d’un dresseur et de ses créatures, avec Sacha en figure centrale pendant deux décennies. Ici, le moteur du récit devient un objet bien réel, posé sur une table, que des millions de joueurs manipulent chaque semaine. Un film qui prend le tapis de jeu pour terrain d’aventure pose une question simple : comment filme-t-on une partie de cartes sans endormir la salle ?
Un joueur, un Mimiqui, et trente-neuf secondes d’indices
Le teaser montre Mikiya, un compétiteur du jeu de cartes vêtu d’une capuche jaune qui rappelle celle de Mimiqui, et le Pokémon lui-même à ses côtés. La bande-annonce reste avare : pas de synopsis détaillé, pas de distribution vocale, pas de date précise. Elle installe surtout un duo et une table de jeu, ce qui suffit à indiquer le déplacement de perspective.
Le choix de Mimiqui mérite qu’on s’y arrête. Ce Pokémon cache son apparence sous un déguisement inspiré de Pikachu, et porte depuis son apparition des thèmes liés au désir d’être reconnu. Associé à un joueur qui cherche sa place dans un circuit compétitif, il donne au récit une résonance plus intime que la simple course au titre.
La communication officielle laisse volontairement planer le doute sur la nature du lien entre Mikiya et son partenaire. Rien ne dit encore si Mimiqui est un compagnon réel, imaginaire ou symbolique, et il serait prématuré d’en déduire les règles du monde avant un synopsis complet. Ce flou est aussi ce qui rend le projet intrigant.
Sept ans sans long métrage, et une raison de revenir
Le précédent film d’animation de la marque, Pokémon, le film : Les Secrets de la jungle, est sorti au Japon en décembre 2020 avant d’arriver sur Netflix à l’international en octobre 2021. L’écart de sept ans se compte entre cette sortie japonaise et le lancement prévu de Wild Card, ce qui fait de cette annonce le premier retour en salles depuis une génération de joueurs.
Ce silence n’a pas été une pause. Pokémon a multiplié les formats courts, les séries et les collaborations pendant que le cinéma restait à l’arrêt, jusqu’à sa première incursion en pâte à modeler. Revenir au long métrage avec un sujet inédit plutôt qu’avec un nouveau voyage de dresseur est donc un choix, pas un défaut d’inspiration.
CloverWorks aux commandes de l’animation
L’équipe réunie autour du projet dit quelque chose de l’ambition affichée. Quatre noms structurent la production du film :
- Katsuhiko Kitada à la réalisation, après un passage comme réalisateur d’épisode sur The First Slam Dunk ;
- Akemi Hayashi au design des personnages, dont le parcours passe par Banana Fish ;
- CloverWorks à l’animation, studio derrière Bocchi the Rock! et la franchise Spy x Family ;
- STORY inc. à la planification et à la production du film.
L’association d’un réalisateur venu du film de sport et d’un studio réputé pour ses personnages expressifs n’a rien d’un hasard. Un duel de cartes se joue sur des regards, des mains et des silences, exactement le registre que The First Slam Dunk avait porté au cinéma en 2022. Reste à savoir ce que le jeu lui-même apporte au récit.
Ce qu’une partie de cartes raconte qu’un combat ne raconte pas
Une partie compétitive exige de connaître son deck, d’anticiper les réponses adverses, de gérer des ressources et d’accepter une part d’aléa. Le progrès ne passe plus par la puissance d’une créature mais par la construction d’une stratégie et la capacité à décider sous pression. C’est un récit d’apprentissage sans montée en niveau, ce qui change radicalement la grammaire habituelle de la franchise.
Pour la première fois en sept ans, un nouveau film Pokémon est en route.
Tsunekazu Ishihara, président et directeur général de The Pokémon Company, lors de la cérémonie de clôture des Championnats du monde Pokémon 2026, propos rapportés par Complex le 31 août 2026.
Le défi technique est réel. Pour un public qui suit les Championnats du monde, le cadre est familier et se lit sans explication. Pour les spectateurs qui ne jouent pas, tout repose sur la lisibilité des actions, sans transformer les matchs en cours de règles. Le jeu de cartes fête ses trente ans en 2026, et sa communauté n’a jamais été aussi large, y compris chez ceux qui collectionnent sans jouer, comme le montre le succès de sa version mobile à collectionner.
Une sortie mondiale annoncée, aucun calendrier français
The Pokémon Company parle d’une diffusion mondiale à partir de 2027, formulation plus ambitieuse qu’une simple sortie japonaise mais qui ne garantit pas une arrivée simultanée. Aucun distributeur, aucune date et aucune version doublée ne sont confirmés en France au moment de l’annonce. Le teaser porte par ailleurs le mot beyond, ce qui laisse entrevoir des prolongements au-delà du film lui-même.
Le calendrier 2027 de la marque est déjà chargé. Les jeux de dixième génération, Pokémon Winds et Pokémon Waves, ont été révélés le 27 février 2026 et sortiront cette année-là en exclusivité sur Nintendo Switch 2, pendant que la concurrence s’organise avec un concurrent chinois lancé mi-septembre. Le film arrivera donc dans un embouteillage que la marque a elle-même organisé.
Ce qui se joue autour d’une table de tournoi
Dévoiler le film pendant les Championnats du monde n’était pas une commodité de calendrier. L’annonce associe immédiatement le projet à une communauté existante, celle des joueurs qui se déplacent, s’entraînent et perdent en public. Cette communauté connaît déjà les enjeux dramatiques d’un tournoi ; elle n’a pas besoin qu’on lui explique pourquoi une pioche peut faire pleurer.
La question de fond est ailleurs. Pokémon diversifie ses formats depuis trois ans, entre séries en stop-motion, animation traditionnelle et accords de diffusion internationaux, dont un partenariat mondial avec Disney+ pour une série produite par Aardman en 2027, d’après Cartoon Brew. Chaque format teste une manière différente d’habiter le même univers, et le long métrage reste le plus exposé de tous.
Reste une inconnue que le teaser ne lève pas. Filmer une partie comme un sport observé avec précision, comme une projection fantastique des cartes, ou comme un mélange des deux, revient à trancher ce qu’est vraiment ce jeu pour ceux qui le pratiquent. La réponse dira si un tapis de jeu peut porter une aventure aussi lisible qu’une arène.


