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Cinq minutes offertes trois jours avant la diffusion, c’est peu et c’est beaucoup à la fois. HBO Max a mis en ligne sur YouTube l’ouverture complète de Lanterns, sa nouvelle série tirée de l’univers DC, attendue le 16 août sur HBO et sur la plateforme. Le procédé tient de l’échantillon gratuit : en montrer assez pour accrocher, jamais assez pour raconter.
L’enjeu dépasse largement ces trois cents secondes. Lanterns rouvre un chantier que Warner poursuit depuis plus de dix ans, celui d’un univers DC cohérent à la télévision comme au cinéma, après une longue suite de faux départs. La chaîne enchaîne par ailleurs sur la fin de la danse des dragons et ne peut pas laisser sa grille se creuser. Reste une question que ce format court pose à chaque fois : cinq minutes suffisent-elles à juger huit épisodes ?
Ce que montrent réellement ces cinq minutes
L’extrait s’ouvre en 1996, dans un décor domestique américain. Hal Jordan y est interviewé à la télévision comme une célébrité établie, ce qui installe d’emblée une donnée du récit : sur cette Terre, l’existence des Green Lanterns n’a rien d’un secret. Un jeune John Stewart le regarde en cachette, avant de se faire prendre par un père qui avait interdit le poste.
La séquence bascule ensuite en 2016, vingt ans plus tard, et retrouve un John devenu adulte aux côtés d’un Hal plus âgé et nettement moins soigné. Les deux hommes partent en mission sans que rien ne soit dit de son objet, et le retard du vétéran suffit à faire comprendre le rapport de force entre eux.
Il ne se passe pas grand-chose, et c’est assumé. L’extrait sert surtout à poser les deux lignes temporelles et le contraste entre un membre chevronné du Green Lantern Corps et sa recrue en formation. Le ton évoque moins le film de super-héros que la série d’enquête, ce qui constitue déjà une prise de position.
Un duo construit autour de la question du remplacement
Cette dynamique n’a rien d’un hasard de casting. Chris Mundy, cocréateur et showrunner venu d’Ozark, a décrit la série comme un récit de passation avant d’être un récit de pouvoirs. La transmission de l’anneau y devient le vrai sujet dramatique, celui qui organise les rapports entre les deux personnages d’un bout à l’autre de la saison.
C’est autant une série de flics en duo qu’une série de super-héros. À bien des égards, elle parle de remplacement : quand faut-il s’effacer, et quand vient le tour du suivant de prendre les rênes ?
Chris Mundy, cocréateur de Lanterns, entretien accordé à Men’s Health, octobre 2025
Le choix du personnage renforce ce cadrage. John Stewart est le quatrième humain à porter l’anneau vert dans les comics, et son apparition en décembre 1971 en a fait le premier personnage noir intégré au Green Lantern Corps. Sa popularité doit beaucoup aux séries animées Justice League, et une génération entière de lecteurs le considère comme le Lantern par défaut.
Une enquête criminelle avant d’être une histoire de capes
La comparaison qui revient dans toutes les présentations est celle de True Detective, et l’ouverture la rend crédible. Lanterns repose sur deux mystères liés que séparent vingt années, avec un meurtre terrestre pour point de départ et une ramification bien plus vaste comme horizon.
Le pari est celui d’une série de genre à l’échelle humaine, tournée dans le Midwest plutôt que dans l’espace, portée par Aaron Pierre et Kyle Chandler. Huit épisodes suffisent rarement à installer un univers cosmique, et le format resserré oblige à choisir entre l’enquête et la mythologie plutôt qu’à tout embrasser.
Ce que HBO Max met sur la table
Diffuser gratuitement l’ouverture d’une série est une décision de programmation, pas un geste promotionnel neutre. Plusieurs paris se jouent en même temps dans ce lancement, et ils n’ont pas tous le même horizon de vérification.
- le maintien de l’audience captée par les trois saisons de House of the Dragon, dont la dernière vient de s’achever ;
- la crédibilité d’un univers DC unifié, chantier ouvert par DC Studios et jamais mené à terme jusqu’ici ;
- la démonstration qu’une série de super-héros peut tenir sur le registre du polar sans effets permanents ;
- la fidélisation sur huit semaines, dans un calendrier de rentrée déjà chargé.
La composition du casting témoigne de l’ambition affichée. Kelly Macdonald, Laura Linney, Nathan Fillion et Garret Dillahunt entourent le duo principal, un plateau que l’on associe davantage aux drames prestigieux de la chaîne qu’aux adaptations de comics.
La suite est déjà engagée sur le papier, avec une deuxième saison où Chris Mundy reste aux commandes tandis que Damon Lindelof et Tom King se retirent. Une passation de créateurs qui redouble curieusement le sujet de la série, et qui pose la question de la continuité de ton.
Un été déjà saturé de capes
Le calendrier n’aide pas. L’été 2026 appartient largement à la concurrence, avec le record du meilleur premier jour au box-office décroché par Spider-Man : Brand New Day et une machine Marvel qui occupe l’espace médiatique en continu. Une série DC lancée dans ce contexte doit exister par autre chose que le genre.
Marvel Studios prépare par ailleurs l’arrivée de Docteur Fatalis comme antagoniste central de sa prochaine phase, ce qui capte l’attention des mêmes lecteurs de comics. La différenciation par le ton devient dès lors une nécessité industrielle, pas une coquetterie d’auteur.
Le public, lui, sort de plusieurs années de saturation. Les audiences des séries de super-héros s’érodent quand la production s’accélère, et la promesse d’un polar sombre en huit épisodes ressemble à une réponse à cette fatigue, davantage qu’à une extension supplémentaire d’un catalogue déjà pléthorique.
Cinq minutes, et tout le reste
Ouvrir une série par une scène de télévision regardée en cachette n’est pas anodin pour un objet qui joue son avenir sur une plateforme de streaming. Lanterns commence par montrer un enfant fasciné devant un écran, exactement la position dans laquelle HBO Max espère installer son public dimanche soir.
La démonstration réelle viendra du quatrième ou du cinquième épisode, quand l’enquête devra tenir sans l’effet de nouveauté et sans la caution du casting. Un univers cinématographique ne se construit pas sur une ouverture réussie, et DC en a fait l’expérience assez souvent pour que la prudence reste de mise jusqu’à la fin de la saison.


