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Un démarrage, au cinéma, ne se mesure pas en critiques mais en billets vendus dans les toutes premières heures d’exploitation. C’est l’indicateur que les studios surveillent le plus, parce qu’il conditionne le nombre de séances que les salles accorderont les semaines suivantes. Spider-Man: Brand New Day vient d’en battre le record absolu aux États-Unis, avec 168 millions de dollars engrangés le seul jour de sa sortie.
Le quatrième film porté par Tom Holland est arrivé le 29 juillet 2026 dans les salles françaises et le 31 outre-Atlantique. Il débarque dans un contexte où l’on répète depuis des années que le public se lasse des super-héros, et où Marvel enchaîne les arbitrages de calendrier. Ce démarrage suffit-il à dire que la fatigue annoncée n’existait pas ?
Un premier jour à 168 millions de dollars
Le chiffre est tombé samedi, et il déclasse une référence qu’on croyait installée pour longtemps. Selon TheWrap, Brand New Day a réalisé 168 millions de dollars sur son premier jour d’exploitation nord-américaine, contre 157 millions pour Avengers: Endgame en 2019. Après environ trente-six heures de projections, le film figurait déjà dans le top 10 des plus grosses recettes jamais enregistrées en Amérique du Nord.
Le record du week-end de lancement, lui, reste en suspens. Sony table sur 325 millions de dollars sur trois jours quand les estimations du secteur montent à 358 millions, juste au-dessus des 357 millions d’Endgame. À l’échelle mondiale, le lancement est évalué autour de 925 millions de dollars, encore loin des 1,22 milliard du sommet de 2019.
La réception accompagne les chiffres. Le film affiche 90 % d’avis favorables côté presse et 98 % côté public sur Rotten Tomatoes, des scores qui limitent le risque d’effondrement en deuxième semaine. La bande-annonce diffusée par Sony donnait déjà le ton de ce Peter Parker isolé.
En France, le dixième meilleur démarrage de l’histoire
L’Hexagone n’est pas en reste. Avec 650 130 entrées dès le mercredi de sa sortie, le film signe le dixième meilleur démarrage jamais enregistré en France, toutes productions confondues, et le troisième pour un film Marvel. Le classement des lancements Marvel dans le pays se lit désormais ainsi :
- Spider-Man 3, sorti en 2007, avec 804 345 entrées ;
- Avengers: Endgame, sorti en 2019, avec 692 142 entrées ;
- Spider-Man: Brand New Day, sorti en 2026, avec 650 130 entrées ;
- Spider-Man 2, sorti en 2004, avec 502 494 entrées ;
- Spider-Man, sorti en 2002, avec 480 288 entrées.
Ce tableau réserve une surprise. Les deux plus gros démarrages Marvel en France datent de 2007 et 2019, et le troisième vient d’être signé par un personnage dont le premier film remonte à 2002. La longévité de l’Homme-araignée en salles françaises tient donc moins à une mode qu’à un attachement générationnel qui traverse trois interprètes différents.
À titre de comparaison, on n’avait plus vu pareille affluence dans les cinémas français depuis 2019, année qui alignait à la fois Far From Home et Endgame. Le contraste avec les démarrages Marvel plus récents, tous sous la barre des 350 000 entrées, est net.
Ce que le record doit aux avant-premières
Un chiffre pareil mérite d’être lu avec ses conditions de fabrication. Sur les 168 millions du premier jour, 72 millions proviennent des seules avant-premières, un montant qui constitue lui aussi un record. Ces séances comprenaient des projections dès le mercredi réservées aux abonnés Prime Video, et des séances du jeudi ouvertes dès midi, quand Endgame ne démarrait qu’à 18 heures.
Comparer les deux performances revient donc à comparer deux stratégies d’exploitation autant que deux films. La mécanique n’a rien d’illégitime, elle est même devenue la norme, mais elle relativise la portée du record et rappelle qu’un lancement record se construit aussi en amont, dans les salles de négociation, comme l’a montré le lancement mondial le plus élevé de la carrière de Christopher Nolan quelques jours plus tôt.
Un film qui assume la solitude de son héros
Sur le fond, Brand New Day fait un choix que peu de franchises assument. Le film reprend la fin de No Way Home, où Peter Parker sauvait sa réalité en acceptant que le monde entier l’oublie, et il en tire les conséquences pendant 145 minutes. Quatre ans plus tard dans la fiction, le héros vit seul, effacé de la mémoire de ses proches, et se réfugie entièrement dans son activité de justicier.
Destin Daniel Cretton, à qui l’on doit déjà Shang-Chi et la série Wonder Man, est le premier cinéaste à reprendre une histoire de Spider-Man déjà commencée par un autre. Sam Raimi avait signé les trois films avec Tobey Maguire, Marc Webb les deux avec Andrew Garfield, Jon Watts les trois précédents de Tom Holland.
Ces conséquences sont la raison pour laquelle j’ai signé pour ce film.
Destin Daniel Cretton, réalisateur de Spider-Man: Brand New Day, dans un entretien accordé à ScreenRant publié le 27 juillet 2026
Le réalisateur explique avoir vu dans cette situation un point de départ très ordinaire : celui d’un personnage entouré de millions de gens et pourtant seul sur le rebord d’un immeuble. Le pari narratif est cohérent avec le ton mélancolique installé dès les premières images promotionnelles, très éloigné du registre bavard des précédents épisodes.
Le tournage avait d’ailleurs été décalé de six mois pour permettre à Tom Holland de participer à L’Odyssée de Christopher Nolan. La date de sortie, elle, n’a jamais bougé du 31 juillet, ce qui a comprimé la phase de post-production sans repousser la sortie d’un jour.
La fatigue des super-héros, une notion à géométrie variable
Ce lancement contredit frontalement le récit dominant de ces trois dernières années. Marvel a pourtant bien connu des échecs, et vient encore d’enterrer définitivement un projet resté sept ans en développement sans qu’une seule scène soit tournée. La lassitude annoncée frappe les personnages secondaires, pas les figures que le public connaît depuis vingt ans.
Le calendrier à venir servira de test grandeur nature. Avengers: Doomsday, initialement prévu au 1er mai 2026, a été repoussé au 18 décembre, ce qui a permis à Brand New Day de ne pas se retrouver coincé entre deux films de groupe et de raconter son histoire sans arrière-pensée de continuité.
Ce que ce démarrage engage pour la suite
Un record de premier jour ne dit rien de la trajectoire d’un film sur trois mois. Il dit en revanche beaucoup de la capacité d’un studio à concentrer une demande sur quarante-huit heures, et c’est cette compétence-là que Sony vient de démontrer en multipliant les fenêtres d’avant-première sans cannibaliser son week-end.
La question qui se pose maintenant concerne la deuxième semaine. Un film porté par un tel bouche-à-oreille perd généralement moins de la moitié de ses recettes, là où les blockbusters à réception tiède chutent de 60 % ou plus. Les scores de satisfaction du public laissent peu de place au doute sur ce point, mais l’été reste une saison encombrée.
Reste le cas le plus intéressant, celui de la grande réunion de super-héros prévue en décembre. Si un film solo, sorti sans crossover et sans multivers, réussit à battre le record d’un film-somme comme Endgame, l’argument selon lequel il faut absolument tout connecter pour attirer les foules devient difficile à tenir. Le public vient peut-être moins pour l’univers partagé que pour un personnage auquel il tient depuis vingt-quatre ans.


