Dans cet article Dans cet article
Hyrule tient enfin son roi démon. Uli Latukefu, acteur australien révélé par la série Young Rock, incarnera Ganondorf dans l’adaptation en prises de vues réelles de The Legend of Zelda, selon une information de Deadline publiée le 6 août. Le comédien a signé un contrat couvrant plusieurs films, ce qui en dit long sur les ambitions du projet.
Ganondorf n’est pas un antagoniste parmi d’autres. Depuis 1986, ce seigneur de guerre devenu roi-sorcier structure la mythologie de la saga : il convoite la Triforce, une relique censée accorder un pouvoir sans limite, et son affrontement avec Link revient de jeu en jeu comme un cycle. Confier ce rôle à un acteur peu connu du grand public, avec un engagement pluriannuel à la clé, revient à parier sur une franchise cinématographique entière. Nintendo a-t-il vraiment les moyens de transformer quarante ans de mythologie vidéoludique en saga hollywoodienne ?
Un contrat qui dépasse largement un seul film
Uli Latukefu s’est fait connaître en jouant une version adolescente de Dwayne Johnson dans Young Rock, une série biographique diffusée entre 2021 et 2023. Son passage à Hyrule le place dans une catégorie tout autre : celle des rôles pensés pour durer plusieurs longs métrages, selon les termes rapportés par Deadline.
Ce type de clause n’apparaît pas par hasard. Elle traduit une intention claire du côté de Sony et de Nintendo, qui cofinancent l’opération : si le premier film trouve son public, le personnage restera au centre de l’intrigue. Le studio prépare un univers, pas un essai isolé.
Le trio central de Hyrule est enfin au complet
Avec cette annonce, les trois figures fondatrices de la saga ont un visage. Le casting et l’équipe technique se répartissent ainsi :
- Bo Bragason, vue dans The Radleys et Renegade Nell, incarne la princesse Zelda ;
- Benjamin Evan Ainsworth, révélé par The Haunting of Bly Manor, joue Link ;
- Uli Latukefu complète le trio dans le rôle de Ganondorf ;
- Wes Ball réalise, sur un scénario de T.S. Nowlin, avec Shigeru Miyamoto et Avi Arad à la production.
Les deux premiers noms avaient été dévoilés par Nintendo en juillet 2025, plus d’un an avant celui de leur adversaire. Ce décalage de calendrier n’a rien d’anodin pour une production dont le tournage a démarré en Nouvelle-Zélande début novembre 2025.
Reste à savoir quel ton donnera corps à cet ensemble, et le réalisateur s’est exprimé bien avant le tournage.
Wes Ball veut un film sérieux, pas un parc d’attractions
Le réalisateur de La Planète des singes : le nouveau royaume défend depuis deux ans une ligne précise. Il refuse la fantasy entièrement numérique et cite le Studio Ghibli comme référence visuelle, ce qui suppose des décors réels et une lumière naturelle plutôt qu’un univers reconstitué en capture de mouvement.
Je sais à quel point cette franchise compte pour les gens, et je veux que ce soit un vrai film. Un film sérieux, capable d’offrir une échappée. Il faut que ça donne l’impression de quelque chose de réel, de sérieux et de beau, mais aussi d’amusant et de fantaisiste.
Wes Ball, réalisateur de l’adaptation, dans un entretien accordé au magazine Total Film en 2024
Cette position tranche avec la tendance dominante des adaptations de licences vidéoludiques, souvent portées par l’accumulation de clins d’œil. Le pari est risqué : un film trop sage déçoit les joueurs, un film trop référencé perd tout le monde. La malédiction des adaptations a déjà emporté des projets mieux armés.
Nintendo avance prudemment sur le terrain du cinéma
La firme de Kyoto n’improvise pas. Elle a longtemps refusé de confier ses licences après l’échec du film Super Mario Bros. de 1993, avant de reprendre la main en s’impliquant directement dans la production. Shigeru Miyamoto, cocréateur de Zelda avec Takashi Tezuka en 1986, figure d’ailleurs au générique en tant que producteur.
Le calendrier retenu illustre cette prudence. La sortie a été repoussée de mars à mai 2027, un décalage annoncé par Miyamoto lui-même en juin 2025 pour, selon ses mots rapportés par Nintendo, rendre le film aussi bon que possible. La franchise pèse plus de 150 millions d’exemplaires vendus tous titres confondus, dont Ocarina of Time en 1998, régulièrement cité parmi les meilleurs jeux jamais produits.
Cette manière de piloter ses licences depuis l’intérieur, Nintendo l’applique aussi à ses jeux, comme le retour de Star Fox confié à un studio externe sous supervision étroite.
Un calendrier serré jusqu’au printemps 2027
Entre l’annonce du projet et la sortie en salles, le chantier s’étale sur près de quatre ans. Les grandes étapes déjà connues :
| Date | Étape |
|---|---|
| Automne 2023 | Sony annonce sa participation à la distribution et au cofinancement |
| Juillet 2025 | Nintendo dévoile Bo Bragason et Benjamin Evan Ainsworth |
| Novembre 2025 | Début du tournage en Nouvelle-Zélande |
| Août 2026 | Uli Latukefu rejoint le casting dans le rôle de Ganondorf |
| Mai 2027 | Sortie mondiale en salles |
Un lecteur attentif y verra une anomalie : annoncer un rôle majeur moins de neuf mois avant la sortie suppose soit des reshoots tardifs, soit un personnage dont l’apparition reste limitée dans ce premier volet. Les deux hypothèses restent ouvertes, et aucune image officielle du film n’a encore été diffusée en mouvement.
Ce que Hyrule joue vraiment au cinéma
L’enjeu dépasse la seule réussite d’un long métrage. Un accord conclu entre Sony Pictures et Netflix prévoit déjà l’arrivée du film sur la plateforme début 2029, ce qui garantit une seconde vie à l’œuvre indépendamment de sa carrière en salles. Le risque financier est donc partagé bien au-delà du box-office, et cela change la manière dont un studio accepte de prendre des libertés avec le matériau d’origine.
Le succès récent des grosses sorties événementielles montre pourtant que la salle garde sa capacité d’entraînement, comme l’a rappelé le démarrage record de Spider-Man Brand New Day. Une adaptation de Zelda arrive donc sur un marché où l’attente d’un public massif reste réelle, à condition de ne pas se contenter d’exister.
La véritable question porte sur ce que le cinéma peut apporter à une œuvre dont la force tient à l’exploration libre et au silence. Transformer cette expérience en récit de deux heures avec un antagoniste central et un enchaînement de scènes obligées suppose un renoncement quelque part. Les prochains mois diront lequel Wes Ball a choisi.

