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Pendant près de dix ans, la patrouille Star Fox est restée clouée au sol. La licence de Nintendo, née en 1993 sur Super Nintendo, n’avait plus connu d’épisode marquant depuis le mitigé Star Fox Zero sorti en 2016 sur Wii U. Voilà qu’elle ressurgit le 25 juin 2026, sous la forme d’un remake intégral de Star Fox 64, exclusif à la Nintendo Switch 2.
Un remake n’est pas une simple remasterisation : il s’agit de reconstruire un jeu de fond en comble, moteur, modèles et mise en scène compris, en gardant la trame d’origine. Cette résurrection s’inscrit dans une vague qui submerge l’industrie, où les valeurs sûres du passé rassurent des éditeurs frileux face au coût d’un titre inédit. La question mérite donc d’être posée : ce retour est-il un cadeau fait aux fans ou l’aveu d’une panne d’idées ?
Une escadrille restée au hangar trop longtemps
La franchise Star Fox n’a jamais été un mastodonte commercial comparable à Mario ou Zelda. L’épisode fondateur, Star Fox 64, reste le sommet de la série avec plus de quatre millions d’exemplaires écoulés depuis 1997, un score que rien n’a égalé depuis. À titre de repère, un seul Mario Kart franchit aujourd’hui la barre des cinquante millions de ventes.
Les tentatives suivantes ont toutes buté sur un obstacle. Star Fox Adventures lorgnait vers l’aventure façon Zelda, Star Fox Command s’égarait dans la stratégie, et Star Fox Zero imposait une jouabilité au double écran jugée déroutante. Ce dernier n’a récolté qu’une moyenne de 69 sur 100 sur l’agrégateur Metacritic, un verdict tiède qui a refroidi Kyoto. La firme a alors préféré laisser dormir ses pilotes plutôt que de risquer un nouvel échec.
Ce que ce remake ajoute à la formule de 1997
Velan Studios n’a pas seulement rafraîchi les textures : le studio a étoffé le contenu original sur plusieurs fronts. Les ajouts annoncés par Nintendo dressent le portrait d’une réédition ambitieuse plutôt que d’un simple lifting cosmétique. Voici les nouveautés confirmées :
- une mission prologue inédite centrée sur James McCloud, le père du héros, absent du jeu de 1997 ;
- un mode Bataille en ligne opposant l’équipe Star Fox à celle de Star Wolf, jusqu’à 8 joueurs répartis en deux camps ;
- une coopération à deux sur la campagne, l’un pilotant l’Arwing, l’autre tenant le canon via une manette partagée ;
- des dialogues intégralement doublés et une bande-son orchestrale réenregistrée ;
- des cinématiques de briefing étoffées et des embranchements scénaristiques élargis.
Cette générosité tranche avec la maigreur de certaines rééditions vendues au prix fort. En greffant un volet narratif sur l’enfance de Fox McCloud, le studio cherche manifestement à transformer un rail shooter en relance de franchise. Reste à savoir si cette matière supplémentaire saura séduire au delà du cercle des nostalgiques.
Un studio tiers aux commandes de l’Arwing
Le choix du développeur intrigue autant que le jeu lui-même. Velan Studios n’est pas une équipe interne de Nintendo : ce sont les Américains derrière Mario Kart Live : Home Circuit, cet hybride mêlant petites voitures réelles et réalité augmentée paru en 2020. Confier une licence aussi identitaire à un partenaire extérieur n’a rien d’anodin pour une firme réputée jalouse de ses marques.
La pratique se généralise pourtant chez l’éditeur japonais, qui a déjà délégué Metroid Prime Remastered ou la série Luigi’s Mansion à des studios partenaires. Externaliser permet de multiplier les sorties sans saturer les équipes maison, mobilisées sur les locomotives Mario et Zelda. Le risque tient à la cohérence : une licence mal comprise par un prestataire peut trahir l’esprit qui a fait son succès.
Un jeu retardé finit toujours par devenir bon, mais un jeu bâclé reste mauvais à jamais.
Shigeru Miyamoto, créateur de Star Fox, formule restée célèbre depuis les années 1990
Cette prudence légendaire explique sans doute pourquoi Nintendo a confié les manettes à un studio rompu à l’expérimentation, tout en gardant la main sur la direction artistique. L’équilibre recherché consiste à moderniser sans dénaturer la mécanique de vol qui a forgé la réputation de la saga. Le tarif retenu en dira long sur les ambitions réelles du projet.
Le prix de la nostalgie
Vendu 49,99 € en version dématérialisée et 59,99 € en boîte, ce Star Fox se positionne sous le tarif des grosses productions Switch 2, souvent affichées à 79,99 €. Le tableau ci-dessous résume ce qui sépare l’original de sa relecture près de trente ans plus tard :
| Critère | Star Fox 64 (1997) | Star Fox (2026) |
|---|---|---|
| Support | Nintendo 64 | Nintendo Switch 2 |
| Multijoueur | Écran partagé, 4 joueurs | En ligne, jusqu’à 8 joueurs |
| Prix de lancement | environ 70 dollars | 49,99 € / 59,99 € |
| Studio | Nintendo EAD | Velan Studios |
| Doublage | Voix limitées | Dialogues intégralement doublés |
Le delta le plus parlant n’est pas le prix mais le contenu en ligne. Là où l’original se jouait à quatre sur un canapé, cette version mise sur un mode Bataille pensé pour la compétition à distance, signe que Nintendo veut inscrire Star Fox dans la durée plutôt que d’en faire un objet de collection. Cette orientation soulève une autre question, celle de la place de ces résurrections dans la stratégie d’ensemble de l’éditeur.
Et après, quelles licences endormies réveiller ?
Le succès ou l’échec de ce remake dépassera le seul sort de Fox McCloud. Nintendo dispose d’un cimetière de licences en sommeil, de F-Zero à Wave Race en passant par Golden Sun, que le public réclame à chaque conférence. Chaque résurrection réussie nourrit l’appétit pour la suivante et fixe un précédent commercial dont l’éditeur tiendra compte.
La vraie inconnue tient à la frontière entre hommage et recyclage. Un remake qui se contente de lustrer le passé épuise vite la patience d’un public qui a déjà donné ; un remake qui réinvente, à l’image de ce que ce Star Fox tente avec son prologue et son mode en ligne, peut au contraire relancer durablement une marque oubliée. Le 25 juin, les pilotes de l’Arwing ne défendront pas seulement le système Lylat, mais aussi l’idée qu’une vieille gloire garde les moyens de tracer une route vers l’avenir.

