Siri AI parle français, mais en France seul le Mac y a droit

Les mises à jour 27.2 d'Apple apportent le français à Siri AI, avec des plafonds d'usage et un accès étendu promis payant. Dans l'Union européenne, l'iPhone reste pourtant exclu, et personne ne sait jusqu'à quand.

MacBook ouvert affichant Siri en français à côté d'un iPhone, sur un bureau face à un balcon parisien
Depuis le 26 octobre, Siri AI répond en français sur Mac, mais reste bloqué sur les iPhone vendus dans l'Union européenne.
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Depuis le 26 octobre 2026, Siri AI comprend le français. Apple a lancé ce jour-là les versions 27.2 de ses systèmes, et son assistant conversationnel, présenté en juin, ajoute le français, l’espagnol, le portugais, le japonais et le coréen à l’anglais. Pour un utilisateur installé en France, la nouvelle a pourtant un goût étrange : la langue est là, mais l’iPhone qu’il tient dans la main n’y a toujours pas droit.

Siri AI désigne la refonte de l’assistant d’Apple autour d’un grand modèle de langage, capable de lire le contexte personnel, d’agir dans les applications et de comprendre ce qui s’affiche à l’écran. C’est la pièce maîtresse d’iOS 27, celle qui devait combler le retard d’Apple sur l’IA embarquée face à Google et Samsung. En Europe, elle bute depuis quatre mois sur le Digital Markets Act, le règlement qui encadre les plus grandes plateformes numériques.

Que peut réellement faire un utilisateur français de Siri AI aujourd’hui, et combien de temps faudra-t-il encore attendre sur iPhone ?

Six langues, et une exclusion écrite noir sur blanc

Le communiqué publié par Apple le 26 octobre détaille le déploiement. Siri AI arrive en bêta dans iOS, iPadOS, macOS, watchOS et visionOS 27.2, en six langues, et Apple promet le chinois traditionnel, le norvégien, le turc et le vietnamien d’ici la fin de l’année. L’assistant exige un appareil compatible Apple Intelligence, réglé dans une langue prise en charge, et reste fermé aux moins de 13 ans.

La même page précise que Siri AI n’est pas disponible dans l’Union européenne sur iOS, iPadOS et watchOS. Apple dit travailler de manière constructive avec l’Union européenne pour trouver une solution, sans avancer la moindre date. La liste des systèmes exclus, elle, dessine une carte bien plus fine qu’un simple oui ou non.

Le Mac passe, l’iPhone reste à quai

En croisant le communiqué d’Apple et les précisions relevées par iPhoneAddict, on obtient la carte réelle de Siri AI en France, appareil par appareil.

AppareilSiri AI en FranceCe qui l’explique
iPhoneNoniOS exclu de l’UE par Apple
iPadNoniPadOS exclu de l’UE par Apple
Apple WatchNonwatchOS exclu de l’UE par Apple
MacOui, en français depuis macOS 27.2macOS hors du champ du DMA

Selon iPhoneAddict, macOS échappe au DMA parce qu’il compte moins de 45 millions d’utilisateurs dans l’Union, le seuil qui déclenche les obligations du règlement. Le paradoxe est total : le même assistant, avec le même compte Apple, répond en français sur un MacBook et reste invisible sur l’iPhone posé à côté. L’appareil le plus vendu de la marque est précisément celui qui en est privé, et ce n’est pas la seule restriction du jour.

Des plafonds quotidiens, puis un accès étendu payant

Le communiqué du 26 octobre contient une phrase qui concerne aussi les Européens équipés d’un Mac : plusieurs fonctions sont désormais soumises à des limites d’utilisation quotidiennes. Apple en dresse la liste :

  • Siri AI lui-même, pour les requêtes envoyées à l’assistant ;
  • les outils de retouche photo intelligents ;
  • Image Playground, le générateur d’images d’Apple ;
  • les modèles AFM 3 Cloud utilisés dans l’application Raccourcis.

Apple ajoute qu’un accès étendu sera proposé contre paiement à l’avenir, sans en préciser ni le prix ni la date. Le schéma rappelle celui de ChatGPT ou de Gemini : une version gratuite bridée, et un abonnement pour lever les plafonds. Il prend un relief particulier quand on sait que les requêtes lourdes reposent sur un modèle Gemini loué à Google, pour un montant estimé à un milliard de dollars par an selon Bloomberg. La facture du calcul finira donc, au moins en partie, chez l’utilisateur. Encore faut-il comprendre pourquoi l’iPhone européen n’y a même pas accès.

Quatre mois de bras de fer avec Bruxelles

Le blocage remonte au 8 juin 2026. Quelques heures après la keynote de la WWDC, Apple annonçait que Siri AI ne serait pas déployé sur les iPhone et iPad européens. Selon The Next Web, Craig Federighi, patron de l’ingénierie logicielle, dénonçait alors le refus de la Commission de discuter de solutions préservant la confidentialité. La firme dit avoir proposé un intermédiaire baptisé Trusted System Agent et une transition étalée sur 18 mois, deux pistes rejetées.

Bruxelles conteste cette version. Pour la Commission, rien n’empêche Apple de lancer Siri AI, à condition d’ouvrir aux assistants concurrents le même accès profond aux messages, aux photos et aux e-mails. Apple refuse, au nom de la vie privée. Le porte-parole de l’exécutif européen a répondu sèchement, au lendemain de l’annonce.

La décision de ne pas déployer Siri AI dans l’UE appartient à Apple, et à Apple seule.

Thomas Regnier, porte-parole de la Commission européenne, lors du point presse quotidien à Bruxelles, le 9 juin 2026, rapporté par l’Associated Press

Depuis, le dossier n’a guère bougé. D’après le Financial Times, cité par Mac4Ever, Tim Cook a échangé le 1er juillet avec Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission, qui n’a évoqué qu’un échange constructif sur des sujets d’intérêt commun. Le 13 octobre, Apple renonçait à vendre en Europe son écran connecté HomeView à 299 dollars, entièrement bâti autour de l’assistant. L’absence de Siri AI ne pénalise plus seulement une fonction : elle retire désormais des produits du catalogue.

Ce qu’un utilisateur français peut en tirer dès maintenant

Pour qui possède un Mac compatible Apple Intelligence, la mise à jour vers macOS 27.2 suffit à tester Siri AI en français, dans la limite des quotas quotidiens fixés par Apple. C’est le seul terrain où l’assistant peut être jugé sur pièces en France, avec ses actions dans les applications et sa lecture du contexte personnel. Le Mac devient ainsi, un peu malgré lui, le banc d’essai européen de l’IA d’Apple.

Sur iPhone, la situation invite à revoir ses critères d’achat. Un modèle choisi pour Siri AI n’offrira aucune fonction de l’assistant à une date connue, et rien dans le communiqué ne permet d’en promettre une. Les applications ChatGPT ou Gemini restent installables sur iOS et couvrent une partie des usages conversationnels, sans l’intégration au système. Le rapport de force, lui, dépasse largement Apple : Google affronte la même exigence sur Android, où l’ouverture aux assistants rivaux ne produira aucun effet avant 2027.

Un précédent qui appelle la patience plus que la confiance

L’Europe a déjà connu ce scénario. Apple Intelligence, lancée aux États-Unis en octobre 2024, n’était arrivée sur les iPhone européens qu’avec iOS 18.4, en avril 2025, soit six mois de décalage pour une première génération. Cette fois, aucun calendrier n’existe, et les deux parties campent sur des positions présentées comme non négociables.

Le vrai enjeu se joue sans doute moins sur la date que sur le modèle qui arrivera. Un Siri AI européen pourrait débarquer plus tard, plafonné, en partie payant, et peut-être ouvert à des assistants concurrents par la contrainte réglementaire. Entre un assistant intégré mais verrouillé et un écosystème ouvert mais fragmenté, c’est aussi la valeur d’un iPhone acheté aujourd’hui qui se négocie à Bruxelles.

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