Dans cet article Dans cet article
Changer de smartphone cet hiver risque de coûter plus cher que prévu, et l’intelligence artificielle y est pour beaucoup. Le cabinet IDC a publié le 14 octobre 2026 ses chiffres du troisième trimestre : 255,3 millions de smartphones livrés dans le monde, soit 22 % de moins qu’un an plus tôt, le plus fort recul trimestriel jamais mesuré par l’institut.
En cause, une crise de la mémoire qui a vu le prix des composants exploser depuis un an, à mesure que les centres de données de l’IA aspirent la production mondiale. Les fabricants ont longtemps encaissé le choc, mais selon IDC, le coût commence à glisser vers les acheteurs. Faut-il remplacer son téléphone maintenant, ou attendre que la tempête passe ?
Une mémoire devenue hors de prix
Le chiffre qui explique tout tient en une ligne du communiqué d’IDC : le coût de la mémoire a bondi d’environ 350 % en un an. Pour un smartphone, la mémoire vive et le stockage figurent parmi les composants les plus coûteux, et aucun constructeur ne peut s’en passer.
Le Journal du Geek, qui a relayé ces chiffres le 24 octobre, rattache cette crise à la demande de l’intelligence artificielle. Les puces mémoire partent en priorité vers les serveurs qui entraînent et font tourner les modèles, au point que les centres de données manquent aussi de câbles électriques, comme l’a rapporté KultureGeek le même jour. Le smartphone se retrouve en bout de file, face à des clients prêts à payer bien plus cher.
Seule nuance, la flambée ralentit. IDC observe au troisième trimestre une hausse séquentielle des prix de la mémoire de l’ordre de 10 %, contre 50 à 100 % lors des trimestres précédents. Le choc reste acquis, il s’aggrave simplement moins vite, et rien dans les chiffres de l’institut n’annonce un retour aux tarifs de 2025.
Samsung et Apple tiennent, les autres s’effondrent
Le tableau publié par IDC montre un marché coupé en deux. Les cinq premiers constructeurs mondiaux y affichent des trajectoires sans commune mesure entre le haut et le milieu de gamme :
| Constructeur | Livraisons T3 2025 | Livraisons T3 2026 | Évolution | Part de marché T3 2026 |
|---|---|---|---|---|
| Samsung | 61,4 millions | 57,8 millions | -5,8 % | 22,6 % |
| Apple | 59,7 millions | 57,3 millions | -4,0 % | 22,4 % |
| Xiaomi | 43,4 millions | 30,7 millions | -29,2 % | 12,0 % |
| OPPO | 39,1 millions | 25,6 millions | -34,5 % | 10,0 % |
| vivo | 27,9 millions | 19,1 millions | -31,5 % | 7,5 % |
Additionnées, les parts de Samsung et d’Apple passent de 36,9 % à 45 % en un an. Près d’un smartphone sur deux livrés porte désormais l’une des deux marques, parce qu’elles ont les moyens de sécuriser leurs approvisionnements et des clients moins sensibles au prix.
À l’inverse, Xiaomi, OPPO et vivo perdent chacun près d’un tiers de leurs volumes, et les autres marques reculent de 32,5 %. Ce sont précisément elles qui fournissent l’essentiel des modèles abordables vendus sous Android.
La facture passe des fabricants aux acheteurs
Pendant plusieurs trimestres, les constructeurs ont rogné leurs marges plutôt que de tout répercuter. Ce temps est révolu, selon l’analyse d’IDC, qui voit le troisième trimestre comme celui des dégâts complets de la crise.
La pression se déplace désormais des fabricants vers les consommateurs.
Francisco Jeronimo, vice-président Worldwide Devices chez IDC, communiqué sur les livraisons mondiales de smartphones du troisième trimestre, 14 octobre 2026
Concrètement, la hausse se lit déjà en rayon selon le Journal du Geek, qui titre sur des prix qui montent aussi vite que les livraisons dégringolent. Elle frappe d’abord les modèles d’entrée et de milieu de gamme, ceux dont la marge ne permet pas d’absorber une mémoire trois fois et demie plus chère. Les ventes chutent alors, faute d’acheteurs prêts à suivre, ce qui explique l’ampleur du recul mesuré par IDC.
Une sortie de crise repoussée à 2028
Les perspectives ne laissent guère d’espoir à court terme. Nabila Popal, directrice de recherche chez IDC, prévient que le pire reste encore à venir, et l’institut table sur une croissance bridée jusqu’en 2027, avec une reprise attendue au plus tôt en 2028.
Kiranjeet Kaur, directrice de recherche associée chez IDC, signale un risque supplémentaire : certains fabricants ont augmenté leur production en anticipant de nouvelles tensions sur les composants. Si la demande reste faible, ces stocks pourraient s’accumuler en 2027 et peser encore sur le marché. Le même scénario de pénurie a déjà frappé les consoles, avec une PS5 Pro rationnée et une pénurie annoncée jusqu’en 2027.
Garder son téléphone ou acheter maintenant
Pour l’utilisateur, la situation dessine quelques règles simples, tirées des tendances relevées par IDC et non d’un pari sur les prix futurs :
- un smartphone qui fonctionne et reçoit encore ses mises à jour de sécurité vaut d’être conservé, au moins jusqu’à la reprise attendue en 2028 ;
- un modèle lancé avant la flambée peut rester une meilleure affaire qu’une nouveauté conçue en pleine crise de la mémoire ;
- l’entrée de gamme Android, la plus exposée avec des marques en recul de près d’un tiers, pourrait voir ses fiches techniques maigrir à prix constant ;
- les grandes marques, mieux armées, résistent mieux, mais leurs prix ne baisseront pas pour autant.
La logique rejoint celle qui guette l’IA sur nos propres machines, où un modèle ouvert peut exiger plus de 400 Go de mémoire. La mémoire est devenue la ressource que tout le monde se dispute, et le grand public n’est pas le mieux placé dans cette compétition.
Le prix caché de la course à l’IA
Les géants de la tech promettent une IA présente partout, jusque dans la poche de chaque utilisateur. Le paradoxe tient dans les chiffres d’IDC : la course aux centres de données renchérit les appareils censés faire tourner ces fonctions, au point de faire reculer de plus d’un cinquième en un an le nombre de smartphones livrés.
Le prochain bilan trimestriel d’IDC, consacré à la fin d’année, dira si la flambée de la mémoire continue de ralentir ou si les fêtes de fin d’année ont aggravé la chute. D’ici là, chaque mois gagné sur votre téléphone actuel pèse moins lourd que le surcoût d’un achat fait au plus mauvais moment.
