Apple Intelligence : Siri repose sur Google Gemini, l’aveu d’un retard à un milliard par an

Dans cet article Dans cet article

Le 12 janvier 2026, Apple a officialisé ce que la presse spécialisée pressentait depuis des mois : l’avenir de Siri passera par Gemini, le modèle d’intelligence artificielle de Google. L’accord, conclu pour plusieurs années et estimé à près d’un milliard de dollars annuels, met fin à une stratégie d’autonomie revendiquée par Cupertino depuis le lancement d’Apple Intelligence en 2024.

L’opération consiste à louer un Gemini sur mesure : un modèle de 1 200 milliards de paramètres, hébergé pour partie chez Google, intégré au cœur d’un assistant qu’Apple a longtemps présenté comme la vitrine de son savoir-faire. La marque s’invite ainsi dans une course technologique qu’elle prétendait remporter sans renfort extérieur, dans un secteur où Microsoft a misé sur OpenAI et Amazon sur Anthropic.

Comment une entreprise pesant plus de 3 500 milliards de dollars de capitalisation en arrive-t-elle à payer son rival historique pour rendre crédible son assistant vocal ?

Un milliard de dollars par an pour combler le retard

Le chiffre est difficile à digérer : près d’un milliard de dollars par an versés à Google pour accéder à Gemini, avec des estimations qui montent jusqu’à 5 milliards de dollars sur la durée totale de l’accord, selon les calculs de l’analyste Mark Gurman pour Bloomberg. Ce contrat est structuré comme une location de capacité de calcul, dans la lignée des accords cloud signés par les hyperscalers.

Apple n’a pas attendu Gemini par hasard. La refonte de Siri promise pour iOS 18 a été reportée à plusieurs reprises depuis deux ans, et les démonstrations internes ont déçu jusque dans les rangs des ingénieurs maison. La marque a évalué les modèles d’OpenAI et d’Anthropic avant d’arrêter son choix sur Google, jugé plus mûr sur les usages multimodaux et plus économe sur les coûts d’inférence à grande échelle.

L’addition financière reste vertigineuse, à l’image des dépenses colossales engagées en mai 2026 par Meta pour financer son propre virage IA. Le coût a beau être supportable pour la trésorerie de Cupertino, il soulève une seconde inquiétude autour de la circulation des données, autrement plus délicate à arbitrer que la signature d’un chèque.

Private Cloud Compute, le rempart promis aux utilisateurs

La question qui fâche, posée dès l’annonce, concerne la confidentialité. Apple martèle que les requêtes adressées à Gemini transiteront par Private Cloud Compute, son infrastructure chiffrée et isolée matériellement, conçue pour traiter les charges IA lourdes sans exposer les données aux serveurs tiers. Aucune donnée ne serait stockée après traitement, et Google n’aurait pas accès au contenu des conversations.

Le tableau se complique en lisant les déclarations de Sundar Pichai, qui a évoqué publiquement Apple comme client privilégié de l’infrastructure Google Cloud. Selon AppleInsider, les deux versions du dispositif s’excluent partiellement : certaines requêtes finiraient bel et bien sur les serveurs de Mountain View, contrairement à ce que laissait entendre Tim Cook lors de la conférence financière de janvier 2026. Le sujet devient sensible à l’heure où la sécurité des assistants vocaux est régulièrement mise en cause.

Nous collaborons avec Apple comme leur fournisseur cloud privilégié et pour développer la prochaine génération des Apple Foundation Models, fondés sur la technologie Gemini.

Sundar Pichai, président d’Alphabet, lors de la conférence des résultats du quatrième trimestre 2025, le 4 février 2026.

La contradiction publique des deux dirigeants laisse les utilisateurs européens dans un flou inconfortable, alors que le RGPD impose une information claire sur les transferts vers des serveurs hors Union européenne. Apple devra préciser la frontière entre requêtes locales et requêtes externalisées, sans quoi le discours sur la vie privée perdra son tranchant.

Les briques de Siri remises à plat dans iOS 27

Le déploiement se fera par paliers. Les premières fonctions Gemini doivent arriver dans iOS 26.4 au printemps 2026, avant une refonte structurelle de Siri annoncée pour la WWDC du 8 juin et livrée dans iOS 27 en septembre 2026. Voici les capacités prévues pour l’assistant nouvelle génération :

  • recherche web conversationnelle, avec citation des sources et synthèse en temps réel ;
  • génération d’images directement intégrée à Messages et à Notes ;
  • résumé multimodal de documents, de pages web et de vidéos ;
  • assistance au code via Xcode et Swift Playgrounds ;
  • exécution d’actions composées en plusieurs étapes, à la manière d’un agent autonome.

L’ambition affichée est de transformer Siri en interlocuteur capable d’enchaîner des tâches, là où l’assistant historique se contente d’exécuter des ordres isolés. Cette mue fait passer Apple d’un modèle de commandes à un modèle de conversation, calqué sur ce que proposent ChatGPT, Gemini ou Claude depuis 2023. Ce choix technologique en rappelle un autre, plus stratégique encore.

OpenAI et Anthropic écartés en bout de course

Le choix de Google n’allait pas de soi. Apple a longtemps envisagé un accord avec OpenAI, partenaire déjà actif sur l’intégration de ChatGPT dans iOS 18, et a évalué les modèles Claude d’Anthropic, performants sur le raisonnement. La décision finale s’est jouée sur trois critères : la capacité multimodale de Gemini 3, son coût d’inférence pour des volumes d’iPhone à 1,4 milliard d’unités actives, et la disponibilité immédiate d’une infrastructure cloud planétaire.

OpenAI sort affaibli de l’arbitrage. Le partenariat conclu en 2024 perd de sa centralité, alors même que ChatGPT restera accessible via une option utilisateur. Anthropic, soutenu par Amazon, voit lui aussi se refermer une porte stratégique majeure. Le grand gagnant économique reste Google, dont la capitalisation a progressé de plus de 12 % dans les semaines suivant l’annonce, selon les données publiées par CNBC.

Cette redistribution déplace le centre de gravité de l’IA grand public. Là où trois acteurs se partageaient la mise il y a un an, Google verrouille désormais l’accès au plus grand parc d’appareils premium au monde. Microsoft, encore allié à OpenAI, observe cette recomposition avec une attention qui ne dit pas son nom, et la concentration n’a pas échappé aux autorités de la concurrence.

Un dossier antitrust qui se profile déjà

L’accord n’est pas passé inaperçu côté régulateurs. Le blog The Antitrust Attorney a publié le 14 mai 2026 une analyse comparant l’arrangement Apple-Google au dossier Microsoft des années 2000, qui avait abouti à la condamnation de Redmond pour abus de position dominante. Le scellement d’un monopole de l’assistant IA mobile pose une question juridique inédite, à la croisée du droit de la concurrence et des règles de protection des données européennes.

La Commission européenne et la FTC américaine n’ont pas encore engagé d’enquête formelle, mais des parlementaires des deux rives de l’Atlantique ont demandé des éclaircissements sur les flux de données entre Apple et Google. Pour mémoire, Bruxelles avait déjà sanctionné le contrat de moteur de recherche par défaut entre les deux marques, jugé contraire au Digital Markets Act dans une décision préliminaire rendue en 2025. Au-delà du seul cas Apple, toute la chaîne de valeur de l’IA grand public se reconfigure.

L’écosystème IA se redessine en sourdine

L’aveu de dépendance d’Apple n’est pas qu’une affaire de Cupertino. Il dessine un paysage où la souveraineté technologique se monnaye à coups de contrats à plusieurs milliards, où les modèles fondateurs deviennent des matières premières louées à un cercle restreint de fournisseurs, et où l’utilisateur final ignore tout du chemin que prennent ses requêtes. Selon un sondage Nation.fr de mai 2026, 76 % des Français disent désormais utiliser une IA générative, sans toujours savoir laquelle se cache derrière l’interface.

Le rendez-vous est désormais pris pour le 8 juin et la conférence WWDC, où Apple devra démontrer que Siri propulsé par Gemini tient la promesse vendue aux développeurs et aux investisseurs. La marge d’erreur est mince : une démonstration ratée coûterait bien plus que le milliard annuel versé à Google, et précipiterait une question que toute l’industrie tente d’éviter, celle des limites réelles du modèle économique de l’IA pour les acteurs hors GAFAM.

Donnez votre avis

Soyez le 1er à noter cet article


Vous aimez cet article ? Partagez !