Apple HomeView ne sera pas vendu en France : sans Siri AI en Europe, l’écran connecté reste de l’autre côté de la frontière

Apple lance HomeView, un écran connecté à 299 dollars entièrement piloté par Siri AI, dans six pays dès le 13 novembre. L'Union européenne en est exclue, et le bras de fer autour du Digital Markets Act ne laisse entrevoir aucune date.

Main pointant un petit écran connecté posé sur un plan de travail, affichant la caméra d'une porte d'entrée
Pensé autour de Siri AI, l'écran HomeView d'Apple n'est pas commercialisé dans l'Union européenne.
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Apple a dévoilé le 13 octobre 2026 HomeView, un écran connecté de 7 pouces qui veut devenir le tableau de bord de la maison : musique, appels vidéo, recettes, caméras de surveillance et volets roulants, le tout piloté à la voix. L’appareil sera livré le 13 novembre aux États-Unis, au Royaume-Uni ou en Inde, mais il ne sera pas vendu en France, ni nulle part ailleurs dans l’Union européenne.

La raison tient en deux mots : Siri AI. Le nouvel assistant d’Apple, présenté en juin, n’existe toujours pas sur les iPhone européens, et HomeView repose entièrement sur lui. Derrière ce produit manquant se joue un bras de fer entre les géants de la tech et Bruxelles autour du Digital Markets Act, le règlement qui encadre les plus grandes plateformes. Combien de temps les Européens resteront-ils à la porte des assistants les plus avancés ?

Un écran pensé autour de l’assistant

HomeView se décline en deux versions, un modèle à poser sur sa base audio et un modèle à fixer au mur, toutes deux affichées à 299 dollars aux États-Unis. L’écran reconnaît jusqu’à six membres du foyer par leur visage et affiche à chacun son propre écran d’accueil, avec ses messages, son agenda et ses rappels.

Le pilotage de la maison occupe une place centrale. Chauffage, éclairage, serrures et stores se commandent depuis l’écran, qui peut afficher jusqu’à neuf flux de caméras en direct et repérer le signal d’un détecteur de fumée ou de monoxyde de carbone. Certaines fonctions restent pourtant payantes : la reconnaissance des visages familiers, des animaux ou des colis par les caméras exige un abonnement iCloud+ compatible.

Tout ce dispositif passe par la voix. Siri AI répond aux questions en langage naturel, poursuit une conversation d’un appareil Apple à l’autre et personnalise ses réponses selon la personne reconnue. Sans l’assistant, l’écran perd sa raison d’être, et c’est précisément là que l’Europe décroche.

Une phrase dans le communiqué d’Apple

La liste des pays servis figure en toutes lettres dans le communiqué officiel d’Apple : précommandes ouvertes le 13 octobre en Australie, au Canada, en Inde, en Nouvelle-Zélande, au Royaume-Uni et aux États-Unis, le 15 octobre à Singapour, et via des revendeurs agréés en Afrique du Sud. La firme y précise que HomeView n’est pas commercialisé dans l’Union européenne, Siri AI n’étant actuellement pas disponible dans iOS sur ce territoire.

Apple ajoute travailler avec l’Union européenne à une solution, sans avancer la moindre date. Même hors d’Europe, le lancement reste partiel : Siri AI ne parle qu’anglais au démarrage, et le français n’arrivera qu’au Canada, plus tard, par une mise à jour gratuite. Pour comprendre comment un produit grand public se retrouve bloqué à la frontière, il faut remonter à la conférence des développeurs de juin.

Le Digital Markets Act au cœur du blocage

Le 8 juin 2026, quelques heures après avoir présenté Siri AI et le nouvel assistant intégré à iOS 27, Apple annonçait que la fonction ne serait pas déployée sur les iPhone et iPad européens. Selon The Next Web, la Commission européenne considère que le DMA oblige Apple à offrir le même accès profond au système à tout assistant concurrent, sans les protections que la firme juge indispensables.

Apple avait proposé un intermédiaire baptisé Trusted System Agent et un déploiement étalé sur 18 mois. Bruxelles a rejeté les deux pistes, et Craig Federighi n’a pas caché son amertume.

Nous sommes profondément déçus que nos utilisateurs de l’UE n’aient pas Siri AI sur iPhone ou iPad.

Craig Federighi, vice-président senior de l’ingénierie logicielle d’Apple, lors de l’annonce du report européen de Siri AI, le 8 juin 2026, rapporté par The Next Web

Le blocage ne touche pas tous les appareils. Les Mac sous macOS 27, l’Apple Watch et le Vision Pro reçoivent bien Siri AI en Europe, car seuls iOS et iPadOS sont désignés comme contrôleurs d’accès soumis à l’interopérabilité. HomeView, configuré depuis un iPhone, tombe du mauvais côté de cette ligne.

Deuxième retard en deux ans pour l’IA d’Apple en Europe

L’Europe n’en est pas à sa première attente. La chronologie montre un écart qui se creuse à chaque génération :

  1. Octobre 2024 : Apple Intelligence est lancée aux États-Unis, mais retenue sur les iPhone européens pour incertitude réglementaire ;
  2. Avril 2025 : les fonctions arrivent en Europe avec iOS 18.4, après plusieurs mois de négociations ;
  3. 12 janvier 2026 : Apple officialise un accord avec Google pour faire reposer Siri sur Gemini, estimé à près d’un milliard de dollars par an ;
  4. 8 juin 2026 : Siri AI est présenté, puis exclu des iPhone et iPad européens, sans calendrier ;
  5. 13 octobre 2026 : HomeView est annoncé sans aucune commercialisation prévue dans l’Union européenne, faute de Siri AI.

En 2024, le retard s’était résorbé en six mois environ. Cette fois, l’exclusion ne porte plus seulement sur des fonctions logicielles mais sur un produit entier, conçu autour de l’IA, ce qui change la nature du manque pour l’acheteur européen.

Google mène le même combat de l’autre côté

Apple n’est pas seul à contester la lecture bruxelloise. Le 29 septembre 2026, Google a saisi le Tribunal de l’Union européenne pour contester l’obligation d’ouvrir Android aux assistants IA rivaux, imposée en juillet avec une échéance fixée à l’été 2027.

Les deux géants défendent la même idée : un assistant qui lit vos messages et pilote vos applications doit rester sous leur contrôle, au nom de la sécurité. La Commission y voit au contraire le verrou qui empêche tout concurrent d’exister sur les deux systèmes mobiles dominants. Pour l’utilisateur européen, le résultat immédiat est le même dans les deux cas : une attente dont personne ne fixe la fin.

Ce que l’Europe gagne, et ce qu’elle laisse passer

Le pari de Bruxelles se joue sur le long terme. Si l’obligation tient, les iPhone européens pourraient un jour accueillir l’assistant de leur choix avec les mêmes droits que Siri, une ouverture qu’aucun autre marché n’obtiendra. Le prix de cette promesse se paie dès maintenant, en produits absents et en fonctions décalées, sans garantie que les recours ne rallongent pas encore l’échéance.

D’ici là, l’écran à 299 dollars restera hors de portée des foyers français, laissant le terrain des écrans domestiques aux concurrents déjà présents. La suite dépend d’une négociation dont Apple ne livre aucune date : chaque nouveau produit pensé autour de Siri AI risque désormais de suivre le chemin de HomeView, et c’est peut-être ce test grandeur nature qui fera bouger l’une des deux parties.

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