Assistant vocal au choix sur Android : Google attaque Bruxelles en justice pour garder Gemini aux commandes

Google conteste devant le Tribunal de l'Union européenne l'obligation d'ouvrir Android aux assistants IA rivaux. Un recours qui ne suspend rien en droit, mais qui pèse sur la place que ChatGPT, Claude ou Le Chat pourront prendre dans votre téléphone.

Main tenant un smartphone Google Pixel affichant un assistant vocal en écoute, à la terrasse d'un café
Google conteste l'obligation de laisser un assistant concurrent répondre à la voix sur Android, prévue pour l'été 2027.
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Appeler ChatGPT d’un simple mot, comme on appelle aujourd’hui Gemini sur un téléphone Android, devait devenir possible en Europe d’ici l’été 2027. Google vient de saisir le Tribunal de l’Union européenne pour contester cette obligation, ainsi que celle de partager ses données de recherche avec ses concurrents. Le recours a été déposé le 29 septembre 2026, deux mois et demi après les décisions de la Commission européenne.

Ces décisions découlent du Digital Markets Act, le règlement qui impose des obligations particulières aux très grandes plateformes, que Bruxelles appelle des contrôleurs d’accès. Le système d’exploitation mobile de Google en fait partie, tout comme son moteur de recherche, et c’est précisément la place réservée à Gemini au cœur d’Android qui se trouve contestée. Reste à savoir ce que ce bras de fer judiciaire change concrètement pour vous : votre téléphone vous laissera-t-il choisir votre assistant dans les délais prévus ?

Ce que Bruxelles impose à Google

Les deux décisions adoptées le 16 juillet 2026 visent des usages très quotidiens, et leurs échéances s’étalent jusqu’à l’été 2027. Voici ce que la Commission exige de Google :

  • permettre d’activer à la voix un assistant IA concurrent, choisi par l’utilisateur, dans un délai de douze mois ;
  • laisser cet assistant déclencher des actions dans d’autres applications, comme réserver un taxi ou rédiger un message, sur le modèle de ce que fait déjà Gemini ;
  • partager avec les moteurs de recherche rivaux des données anonymisées sur les requêtes, les clics et les classements, de façon progressive jusqu’en janvier 2027 ;
  • respecter ces mesures sous peine d’une amende pouvant atteindre 10 % du chiffre d’affaires mondial.

Sur le papier, le dispositif s’attaque à l’avantage que Google tire de son double statut d’éditeur d’Android et de fournisseur d’assistant. Un utilisateur pourrait faire de ChatGPT son assistant par défaut, avec les mêmes raccourcis que ceux réservés aujourd’hui au produit maison. C’est cette perspective que Google entend désormais faire examiner par les juges.

Vie privée et sécurité, les deux arguments de Google

Le groupe de Mountain View a choisi de placer son recours sur le terrain de la protection des utilisateurs plutôt que sur celui de la concurrence. Selon lui, les requêtes de recherche révèlent des informations très intimes, des inquiétudes médicales aux histoires de couple, et leur transmission à des tiers ferait courir un risque que l’anonymisation prévue ne suffit pas à écarter.

Nous faisons appel de décisions qui nous obligeront à partager l’historique de recherche privé des gens sans anonymisation suffisante et affaibliront des protections de sécurité essentielles sur Android.

Oliver Bethell, directeur principal de la concurrence chez Google, à l’annonce du recours devant le Tribunal de l’Union européenne, le 29 septembre 2026

La Commission répond que ses décisions prévoient déjà des garde-fous : retrait des identifiants, exclusion des requêtes rares ou trop longues, généralisation des données de localisation. Le moteur de recherche DuckDuckGo soutient cette approche et craint, d’après Reuters, que l’appel de Google ne retarde la mise en œuvre des mesures. L’argument de la sécurité n’est pas neuf, il revient à chaque étape réglementaire depuis le vote du texte en 2022.

Un recours qui ne suspend rien, en principe

Le droit européen pose une règle simple : un recours devant le Tribunal n’a pas d’effet suspensif. Les obligations fixées en juillet restent donc applicables pendant toute la durée de la procédure, à moins que Google ne demande et n’obtienne un sursis à exécution en référé, une voie exceptionnelle que les juges accordent rarement.

Le calendrier judiciaire pèse malgré tout. D’après le bilan publié par la Cour de justice de l’Union européenne le 20 mars 2026, une affaire devant le Tribunal dure en moyenne 16 mois, contre 18,5 en 2024. Un jugement tomberait ainsi vers 2028, bien après les échéances fixées à Google, et un pourvoi devant la Cour reste ensuite possible. Ce décalage nourrit une incertitude qui concerne directement les éditeurs d’assistants concurrents.

Gemini, un avantage de 950 millions d’utilisateurs

L’enjeu se mesure à l’audience de l’assistant maison. Lors de la présentation de ses résultats trimestriels, le 22 juillet 2026, Alphabet a revendiqué 950 millions d’utilisateurs mensuels pour l’application Gemini. Une large part de ce public arrive par Android, où l’assistant répond à la voix et à l’appui long sur le bouton latéral sans aucune installation.

Cette position dépasse même l’univers Android, puisque Siri repose désormais sur Google Gemini pour une partie de ses réponses. Les autorités européennes ont d’ailleurs montré qu’elles ne s’en tenaient pas aux injonctions : en juillet 2026, une autre procédure s’est soldée par une amende de 890 millions d’euros contre Google, accusé de favoriser ses propres services dans ses résultats de recherche.

Pour OpenAI, Anthropic ou Mistral, l’accès aux mêmes commandes vocales qu’un assistant préinstallé représente un levier de diffusion considérable. Sans lui, convaincre un utilisateur d’ouvrir une application tierce reste un effort que la plupart des possesseurs de smartphones ne font jamais, ce qui explique l’âpreté du combat autour de l’échéance de 2027.

Juillet 2027, l’échéance qui compte pour les smartphones

Si aucun sursis n’est accordé, Google devra livrer l’ouverture d’Android dans les délais, sous la forme d’une mise à jour du système. Les premiers effets visibles ne sont pas attendus avant l’été 2027, et ils dépendront aussi du rythme de déploiement des constructeurs, qui conditionne déjà la diffusion de chaque nouvelle version d’Android.

Les données de recherche suivent un calendrier plus court, avec un partage progressif jusqu’en janvier 2027. Ce volet intéresse moins directement les utilisateurs, mais il conditionne la qualité des moteurs concurrents comme celle des assistants qui puisent dans le web pour répondre. Le précédent de la vérification obligatoire des développeurs sur Android rappelle que Google sait aussi refermer sa plateforme au nom de la sécurité.

Le choix de l’assistant, prochain terrain de la concurrence

Cette affaire prolonge celle de l’écran de choix du moteur de recherche, imposé sur Android en Europe depuis 2020 : le bouton d’appel de l’assistant devient le nouveau point d’entrée vers le web, et celui qui l’occupe par défaut capte l’essentiel des usages. Le recours de Google, ouvert alors que Bruxelles avait tranché en juillet, ne règle rien sur le fond et ne retarde rien en droit.

Tout se jouera dans la manière dont l’ouverture sera réellement implémentée : un réglage enfoui au fond des paramètres ne pèserait pas autant qu’un choix proposé à la configuration du téléphone. Les éditeurs d’assistants concurrents comme les associations de consommateurs ont désormais dix mois pour peser sur ces détails, qui décideront de la place laissée à ChatGPT, Claude ou Le Chat dans votre poche.

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