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Le 8 juin 2026, OpenAI a confirmé avoir déposé un dossier confidentiel d’introduction en Bourse auprès du gendarme financier américain, la SEC. Derrière le jargon, l’idée est simple : l’entreprise qui a popularisé ChatGPT veut ouvrir son capital aux marchés publics, après des années financées par du capital privé et par Microsoft.
Une introduction en Bourse, ou IPO, consiste à vendre pour la première fois des actions au grand public, ce qui oblige l’entreprise à dévoiler ses comptes et à se soumettre au jugement permanent des investisseurs. Pour un laboratoire qui perd encore des milliards, l’exercice a quelque chose de vertigineux, et il survient alors que toute la planète tech s’interroge sur la solidité de la ruée des capitaux vers l’intelligence artificielle. La même question revient chez les particuliers comme chez les gérants de fonds : les valorisations actuelles reposent-elles sur des revenus tangibles ou sur un simple effet d’entraînement ? OpenAI sera-t-il le premier à transformer la promesse de l’IA en valeur boursière durable, ou le test qui révélera les fragilités du secteur ?
Un dossier déposé en catimini, des chiffres à donner le vertige
Le choix du dépôt confidentiel n’a rien d’anodin : il permet de préparer l’opération à l’abri des regards, en ne publiant le détail des comptes qu’à l’approche réelle de la cotation. Accompagnée par Goldman Sachs et Morgan Stanley, deux banques d’affaires rompues aux très grandes opérations, OpenAI viserait une entrée effective dès septembre 2026.
Les montants avancés donnent la mesure de l’attente du marché. D’après les informations relayées par la presse financière, la valorisation pré-cotation se situe déjà entre 730 et 852 milliards de dollars, et les analystes les plus optimistes évoquent le cap symbolique des 1 000 milliards. À ce niveau, OpenAI pèserait davantage que la plupart des groupes du CAC 40 réunis, pour une société qui n’a même pas dix ans d’existence.
Une croissance bien réelle, des pertes abyssales
Avant de céder à l’enthousiasme, il faut regarder les chiffres que l’entreprise devra bientôt assumer devant des actionnaires. Plusieurs d’entre eux racontent une trajectoire à deux visages, entre décollage commercial et gouffre financier :
- un chiffre d’affaires annualisé d’environ 25 milliards de dollars début 2026, contre 20 milliards fin 2025 ;
- une valorisation passée de 157 milliards fin 2024 à plus de 300 milliards en 2025, puis au-delà de 730 milliards aujourd’hui ;
- des pertes estimées à 14 milliards de dollars pour la seule année 2026 ;
- une rentabilité qui n’est pas attendue avant 2030 environ.
Cette équation résume le pari de l’IA générative : dépenser massivement aujourd’hui en misant sur des revenus futurs censés justifier les sommes englouties. D’autres géants ont déjà connu des paris massifs mal récompensés, à l’image des lourds investissements de Microsoft dans l’IA restés sans retour à la hauteur des attentes.
Le spectre de la bulle, agité par Sam Altman lui-même
Le plus troublant n’est pas la critique extérieure, mais l’avertissement venu de l’intérieur. Dès l’été 2025, le patron d’OpenAI Sam Altman comparait ouvertement l’emballement du moment à celui de la bulle Internet des années 1990, prévenant que certains investisseurs finiraient, selon ses mots, très brûlés.
Quand les bulles se forment, des gens intelligents s’emballent autour d’un noyau de vérité bien réel.
Sam Altman, patron d’OpenAI, propos tenus en août 2025
Reconnaître l’existence d’une bulle tout en levant des centaines de milliards relève de l’équilibre périlleux. L’introduction en Bourse pousse cette contradiction à son terme : elle expose la promesse d’Altman au verdict, beaucoup plus froid, de millions d’actionnaires anonymes.
Pourquoi une cotation change tout pour OpenAI
Tant qu’elle restait privée, OpenAI pouvait avancer en partie masquée, en négociant ses levées de fonds avec une poignée d’investisseurs triés sur le volet. La Bourse impose un tout autre régime : publication trimestrielle des résultats, transparence sur les marges, exposition immédiate au moindre doute. Le titre réagira à chaque rumeur, et la discipline du marché public ne tolère pas longtemps les promesses sans preuves.
Cette mise sous tension arrive dans un climat déjà nerveux. Les marchés ont vu les investisseurs se ruer sur les valeurs de l’IA, propulsant Nvidia et quelques autres à des sommets ; une déception sur OpenAI pourrait alors se propager à tout un pan de la cote. La concentration des gains sur quelques titres rend l’ensemble du marché vulnérable au moindre faux pas.
OpenAI n’est pas seul à passer l’examen
L’opération s’inscrit dans une vague plus large d’entrées en Bourse hors normes. Anthropic, son concurrent le plus direct, a lui aussi déposé un dossier confidentiel, et plusieurs analystes rangent désormais OpenAI aux côtés de SpaceX dans ce qu’ils nomment le test des introductions à mille milliards. Jamais autant de sociétés non rentables n’avaient visé des valorisations aussi hautes en si peu de temps.
Cette concomitance n’a rien d’anodin : elle concentre sur quelques mois une part de l’épargne mondiale autour d’un même pari technologique. Si les premiers entrants déçoivent, les suivants paieront l’addition ; s’ils convainquent, ils ouvriront un boulevard à toute une génération de licornes de l’IA. Le marché s’apprête donc à arbitrer le sort de plusieurs géants à la fois, et pas seulement celui d’OpenAI.
Ce que la cotation dira de tout un secteur
Au-delà du cas OpenAI, cette introduction en Bourse ressemble à un examen de passage pour l’IA tout entière. Si le marché valide une société déficitaire à plus de 1 000 milliards de dollars, il actera l’idée que la promesse vaut déjà la preuve. S’il se montre méfiant, il forcera l’industrie à dévoiler enfin des modèles économiques viables plutôt que des courbes de croissance.
La vraie question n’est plus de savoir si l’IA transformera l’économie, mais à quel prix les investisseurs financeront cette transformation, et combien de temps ils accepteront d’attendre la rentabilité. Le parcours d’OpenAI, qui a déjà vu sa domination s’effriter face à des rivaux plus agiles, rappelle que l’avance technologique se reconquiert sans cesse. La cotation de l’automne dira si les marchés croient encore à un leadership durable, ou s’ils commencent à réclamer des comptes.

