Dans cet article Dans cet article
- TSMC, l’usine invisible qui fabrique presque tout
- ASML, le monopole européen à portée de PEA
- AMD et Intel, les revenants que personne n’attendait
- SK Hynix, Micron et SanDisk, la revanche éclatante de la mémoire
- Des signaux qui clignotent comme en mars 2000
- Vendre des pelles ne dispense pas de regarder la météo
La Bourse ne parle plus que d’elle. Depuis trois ans, la course à l’intelligence artificielle a propulsé Nvidia et les autres membres des Magnificent Seven vers des sommets de capitalisation, pendant que les introductions attendues d’OpenAI et d’Anthropic font déjà saliver les marchés. Cette focalisation sur quelques stars masque pourtant toute une chaîne industrielle qui s’enrichit dans leur ombre, des fondeurs aux fabricants de mémoire en passant par les équipementiers.
Derrière chaque GPU vendu par Nvidia se cachent en réalité des dizaines d’entreprises : celle qui grave la puce, celle qui fournit la machine de gravure, celles qui produisent la mémoire ultra-rapide indispensable aux calculs. Ces acteurs discrets signent en 2026 des performances boursières parfois supérieures à celles de Nvidia elle-même. Qui sont ces gagnants de l’ombre, et leur envolée repose-t-elle sur du solide ?
TSMC, l’usine invisible qui fabrique presque tout
Le taïwanais TSMC grave les processeurs de Nvidia, d’AMD et d’Apple, ce qui en fait le passage obligé de toute l’industrie. Son premier trimestre 2026 illustre cette position unique : d’après CNBC, le bénéfice net a bondi de 58 % sur un an, à 572,48 milliards de dollars taïwanais, soit un quatrième trimestre record consécutif. Le chiffre d’affaires atteint 35,6 milliards de dollars américains, en hausse de 35 %.
Le calcul haute performance, qui regroupe l’IA et la 5G, représente désormais 61 % des ventes du fondeur. La société vise une croissance annuelle de plus de 30 % et pousse ses dépenses d’investissement vers un plafond record de 52 à 56 milliards de dollars, signe que ses usines tournent à pleine capacité. Sa capitalisation dépasse maintenant les 2 200 milliards de dollars. Plus près de nous, un autre maillon essentiel de cette chaîne attire les regards des investisseurs européens.
ASML, le monopole européen à portée de PEA
Installé aux Pays-Bas, ASML détient un monopole mondial sur les machines de lithographie EUV, ces équipements facturés plusieurs centaines de millions d’euros pièce sans lesquels aucune puce avancée ne sort d’usine. L’action a signé un record historique dès janvier et progresse d’environ 25 % depuis le début de l’année 2026.
Son carnet de commandes donne le vertige : 38,8 milliards d’euros à l’entrée du premier trimestre, soit environ une année entière de chiffre d’affaires. Les commandes de machines EUV ont grimpé de 150 % au dernier trimestre 2025, tandis que les premières machines High-NA de nouvelle génération sont arrivées dans les usines d’Intel dans l’Oregon. Le groupe prévoit d’en livrer 5 à 10 cette année, puis plus de 20 par an d’ici 2028.
Si vous investissez via un PEA, ASML présente un atout que n’offrent ni Nvidia ni TSMC : cotée à Amsterdam, l’entreprise reste éligible à l’enveloppe fiscale française, contrairement aux valeurs américaines ou asiatiques. Morgan Stanley évoque même, dans son scénario optimiste, un potentiel de hausse de 70 %. Les concepteurs de puces, eux, vivent une renaissance encore plus spectaculaire.
AMD et Intel, les revenants que personne n’attendait
Longtemps cantonné au rôle de challenger, AMD a changé de dimension en signant avec OpenAI un partenariat portant sur 6 gigawatts de GPU Instinct, dont le premier gigawatt de MI450 sera déployé au second semestre 2026. L’accord, qui représente potentiellement 90 milliards de dollars de revenus cumulés, s’accompagne d’un mécanisme inédit : OpenAI a reçu des bons d’achat sur 160 millions d’actions AMD à un centime pièce, soit environ 10 % du capital.
Cet accord représente un véritable partenariat gagnant-gagnant, qui permet le déploiement d’IA le plus ambitieux au monde et fait progresser l’ensemble de l’écosystème de l’intelligence artificielle.
Lisa Su, PDG d’AMD, lors de l’annonce du partenariat avec OpenAI, octobre 2025
Meta a suivi en février avec un contrat comparable de 6 gigawatts, évalué jusqu’à 100 milliards de dollars, dans le sillage de ses 135 milliards d’investissements annuels dans l’IA. Résultat : le titre AMD s’adjuge environ 267 % sur douze mois glissants et a même bondi de 21 % en une seule séance après ses résultats du premier trimestre.
Intel, que beaucoup enterraient il y a dix-huit mois, signe le retournement le plus improbable : parti de 36,90 dollars en janvier, le titre frôle les 130 dollars début juin, soit un gain d’environ 250 % en cinq mois. La prise de participation de 9,9 % de l’État américain, les 5 milliards de dollars investis par Nvidia et un contrat de fonderie dévoilé avec Apple ont redonné vie à son activité de production. La fête la plus inattendue se déroule pourtant ailleurs, du côté de la mémoire.
SK Hynix, Micron et SanDisk, la revanche éclatante de la mémoire
Les modèles d’IA dévorent de la mémoire vive et du stockage en quantités industrielles, et des fabricants longtemps considérés comme de simples acteurs cycliques encaissent aujourd’hui des hausses de prix jamais vues dans le secteur. Les chiffres donnent la mesure du phénomène :
- SK Hynix gagne environ 235 % depuis janvier et a franchi en mai les 1 000 milliards de dollars de capitalisation, du jamais vu pour un titre coréen ;
- son premier trimestre affiche 52 600 milliards de wons de revenus, en hausse de 198 %, avec une marge opérationnelle de 72 % supérieure à celle de Nvidia ;
- l’américain Micron gagne environ 70 % depuis janvier, avec un chiffre d’affaires trimestriel de 23,86 milliards de dollars en hausse de 196 %, des prix de la DRAM en progression de plus de 60 % d’un trimestre à l’autre et une marge brute attendue autour de 68 % ;
- SanDisk s’envole d’environ 490 % en 2026, l’action étant passée de 36 à plus de 1 590 dollars en un an ;
- la production de mémoire HBM de SK Hynix comme de Micron est intégralement vendue jusqu’en 2027, sur un marché que Micron voit atteindre 100 milliards de dollars d’ici 2028, et Gartner anticipe une hausse du prix de la NAND pouvant atteindre 234 % sur la seule année 2026.
Cette pénurie a un revers très concret pour vous : les centres de données absorberont environ 70 % de la mémoire produite en 2026, ce qui renchérit mécaniquement la RAM, les SSD et le prix déjà prohibitif des cartes graphiques destinées aux joueurs. Votre prochaine configuration PC ou votre future console paiera une partie de la facture de l’IA.
Des trajectoires aussi verticales réveillent forcément de vieux souvenirs chez les investisseurs, et les indicateurs techniques commencent à raconter une histoire que les marchés connaissent par cœur, celle du printemps 2000.
Des signaux qui clignotent comme en mars 2000
Le secteur des semi-conducteurs a gagné environ 3 800 milliards de dollars de capitalisation en six semaines, selon les données rapportées par Investing.com, et l’indice Philadelphia SOX vient de signer sa meilleure série depuis le pic de la bulle internet. Son indice de force relative hebdomadaire a touché 85,5, un niveau de surachat inédit depuis mars 2000.
Les sociétés liées à l’IA captent près de la moitié de chaque dollar investi sur les indices américains, une concentration supérieure de 14 points au pic de 2000. Les grandes banques continuent pourtant de pousser à la hausse, et Goldman Sachs a relevé son objectif de fin d’année pour le S&P 500 à 8 000 points, en pariant sur une croissance des bénéfices de 24 %. L’histoire de la mémoire, elle, reste écrite en cycles de boom et de krach, et personne n’a abrogé cette loi du genre.
Vendre des pelles ne dispense pas de regarder la météo
L’image des vendeurs de pelles de la ruée vers l’or a ses limites : TSMC, ASML, SK Hynix, Micron ou SanDisk dépendent tous de la santé financière des géants de l’IA et de leur capacité à rentabiliser des centres de données toujours plus voraces. Les arrivées en bourse annoncées d’OpenAI et d’Anthropic, qui vient d’instaurer la facturation au compteur de ses agents, pourraient d’ailleurs aspirer une partie des capitaux aujourd’hui placés sur ces valeurs intermédiaires.
Les prochains jalons diront si la chaîne tient : montée en cadence des machines High-NA d’ASML d’ici 2028, mémoire HBM4E attendue chez SK Hynix en 2027, premier gigawatt de MI450 livré à OpenAI dès cet automne. Entre des carnets de commandes pleins jusqu’en 2027 et des indicateurs de surchauffe dignes de l’an 2000, toute la question est de savoir où se place le curseur entre essor industriel réel et euphorie de fin de cycle, et chaque trimestre qui passe apporte sa pièce au dossier.

