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Netflix a fini par trancher. La plateforme a officialisé le 24 août le retour de House of Guinness, le drame historique signé Steven Knight qui suit les héritiers de la célèbre brasserie irlandaise. La série avait été lancée le 25 septembre 2025 avec huit épisodes, dans le Dublin de 1868, autour de la mort du patriarche Sir Benjamin Guinness et de la bataille de succession qu’elle déclenche. Une deuxième saison est donc commandée, presque un an après la diffusion de la première.
Le calendrier interroge, parce que les plateformes tranchent d’ordinaire beaucoup plus vite. Entre les sagas familiales qui s’étirent sur des décennies et les feuilletons criminels qui empilent les saisons, la fiction de dynastie est devenue un genre à part entière, et un pari coûteux. Pourquoi Netflix a-t-il mis onze mois à donner son feu vert à une série que tout le monde attendait ?
Ce que la plateforme a réellement acté
L’information circulait depuis le printemps. Variety annonçait dès le 12 juin que la commande était acquise, avec un tournage prévu début 2027, mais Netflix refusait alors tout commentaire. La confirmation publique n’est venue que le 24 août, sur Tudum, le site éditorial de la plateforme, avec une mise en production annoncée pour janvier 2027 et Alyssa McClelland derrière la caméra.
Ce délai n’a rien d’anodin dans l’économie des plateformes. Une série d’époque coûte cher en décors, en costumes et en figuration, et Netflix arbitre désormais ses reconductions sur la durée de vie réelle d’un titre plutôt que sur son pic de lancement. La série a été produite par Kudos, filiale du groupe Banijay, et tournée pour l’essentiel à Liverpool et Manchester plutôt qu’en Irlande.
Ce n’est pas la seule reconduction récente à passer par cette prudence, et une troisième saison commandée d’avance reste l’exception plutôt que la règle. Le cas Guinness est d’autant plus scruté que la première saison s’achève sur une image en suspens.
Une balle en suspens depuis le dernier plan
La saison 1 se referme sur un meeting politique d’Arthur Guinness, incarné par Anthony Boyle. Patrick Cochrane, joué par Seamus O’Hara, s’y présente avec l’intention de l’abattre, et le dernier son que perçoit le spectateur est une détonation. Personne ne sait qui a été touché, ni même si quelqu’un l’a été, et le créateur de la série assume parfaitement de laisser la question ouverte.
Cela a été une telle joie de porter l’histoire des Guinness à l’écran que je suis plus qu’enthousiaste à l’idée de prolonger le récit de l’une des plus grandes dynasties du monde dans une saison 2.
Steven Knight, créateur de House of Guinness, à Tudum, le site éditorial de Netflix, le 24 août 2026
Interrogé sur ce cliffhanger, Steven Knight a résumé son intention d’une phrase : « Je veux que les gens se demandent où cette balle va aller ». Il a ajouté qu’il se posait lui-même la question, ce qui en dit long sur l’écriture au long cours d’une série où les quatre héritiers changent déjà beaucoup en une saison.
Ce que l’on sait de la suite
Les éléments confirmés pour cette deuxième saison restent limités, mais ils suffisent à dessiner le périmètre du récit à venir :
- le retour des quatre héritiers, Arthur, Edward, Anne et Benjamin, interprétés par Anthony Boyle, Louis Partridge, Emily Fairn et Fionn O’Shea ;
- celui de Sean Rafferty, l’homme de main de la famille joué par James Norton, également contremaître de la brasserie ;
- un tournage annoncé pour janvier 2027, sous la direction d’Alyssa McClelland ;
- Steven Knight toujours crédité comme créateur et scénariste de la série ;
- une expansion de l’empire brassicole comme moteur narratif, annoncée par le créateur lui-même.
Aucune date de diffusion n’a été communiquée, et le calendrier de tournage rend une arrivée avant 2028 peu probable. Netflix n’a pas non plus précisé le nombre d’épisodes, quand la première saison en comptait huit.
Ce silence sur les modalités contraste avec la clarté du positionnement éditorial revendiqué par le créateur.
Un carton critique qui n’a pas convaincu Dublin
La première saison a été bien reçue par la presse britannique et américaine, qui a salué une plongée stylée et nerveuse dans le Dublin pavé du dix-neuvième siècle. Le public a suivi : la série a démarré avec 89 % d’avis favorables sur Rotten Tomatoes, un score confortable pour une fiction historique sans franchise préexistante.
La réception irlandaise a été nettement plus rugueuse. Une partie du public et de la critique locale a reproché à la série ses libertés avec les faits, alors qu’elle se présente comme une fiction inspirée d’une histoire vraie, et surtout son traitement de la politique post-famine et des mouvements anticoloniaux de l’époque. Le grief porte moins sur l’exactitude des dates que sur la place laissée aux Irlandais dans leur propre récit.
Ce reproche n’est pas propre à House of Guinness. Les fictions de dynastie fabriquent leur tension à partir de familles réelles, et le point de vue adopté finit toujours par devenir un sujet en soi, comme le montre la mécanique des sagas de succession installée par HBO.
Le plan annoncé, de 1868 aux années 1960
Steven Knight ne cache pas son ambition. Peu après la sortie de la première saison, il confiait à l’Irish Mirror vouloir traiter la famille sur quatre saisons et pousser le récit jusqu’aux années 1960, soit près d’un siècle d’histoire industrielle et politique irlandaise. Le modèle est celui de Peaky Blinders, sa série précédente, qui a couvert deux décennies en six saisons.
Une inconnue demeure toutefois sur son degré d’implication. Le scénariste travaille actuellement sur le script du prochain James Bond, un chantier qui mobilise rarement à temps partiel. Netflix n’a pas précisé qui tiendra la plume au quotidien sur cette deuxième saison, un point qui pèsera lourd sur le résultat.
Ce que la brasserie irlandaise révèle de l’appétit des plateformes
Le cas est instructif parce qu’il montre comment une série se juge désormais. La première saison a été lancée le 25 septembre 2025, la reconduction n’est officielle que onze mois plus tard, et le tournage démarrera seize mois après cette officialisation. Trois ans sépareront les deux saisons si le calendrier tient, un rythme qui devient la norme pour les productions d’époque.
Pour le spectateur, cela change la manière de suivre une série. La mémoire d’un cliffhanger ne tient pas trois ans sans entretien, et les plateformes le savent : elles compensent par des rediffusions mises en avant, des contenus annexes et des récapitulatifs. La question de la fidélité du public se pose autrement quand une fiction familiale sous tension doit tenir aussi longtemps entre deux chapitres.
Le pari de Steven Knight consiste précisément à transformer cette contrainte en atout. Une saga qui vise les années 1960 se lit comme une collection, pas comme un feuilleton hebdomadaire, et chaque saison peut alors fonctionner comme un bloc autonome plutôt que comme la suite immédiate de la précédente. Encore faut-il que Netflix suive jusqu’à la quatrième saison, ce qu’aucune commande n’a acté à ce jour.
Reste une inconnue plus intéressante que le sort de la balle : savoir si une plateforme mondiale peut raconter l’histoire d’un pays sans en heurter les habitants. La réponse ne se lira pas dans les scores d’audience de la deuxième saison, mais dans la façon dont l’écriture intégrera, ou non, les critiques venues de Dublin. Une saga dynastique se juge sur ce qu’elle accepte de complexifier au fil de ses saisons, et celle-ci a un siècle devant elle pour le prouver.


