Switch 2 jailbreakée : Nintendo retire SmileBASIC 4 de l’eShop, et la prochaine mise à jour décidera du reste

Un chercheur a ouvert la Switch 2 avec un simple logiciel de programmation et un ordinateur, sans toucher au matériel. Nintendo a déjà retiré la porte d'entrée de l'eShop, et chaque possesseur de la console se retrouve face à un choix au moment de mettre à jour.

Une console Switch 2 reliée par câble à un ordinateur portable affichant un terminal, sur un bureau éclairé par une lampe
Le jailbreak ns2jb exige un ordinateur relié au même réseau que la Switch 2, et disparaît à chaque redémarrage de la console.
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La Switch 2 a cédé, au moins en partie. Le 22 octobre 2026, le chercheur en sécurité Sammy Hajhamid, connu sous le pseudonyme pepsipu, a publié ns2jb, un jailbreak purement logiciel de la console de Nintendo. Aucune puce à souder, aucun boîtier à ouvrir : un vieux logiciel de programmation et un ordinateur suffisent.

Un jailbreak désigne le contournement des protections d’une console pour y exécuter du code que le fabricant n’a pas autorisé. Sur la première Switch, ce type de faille avait ouvert la voie aux logiciels maison comme au piratage de jeux, et Nintendo n’a jamais cessé de la combattre. Que change concrètement cette brèche pour les possesseurs de Switch 2, et pourquoi la prochaine mise à jour système pèse-t-elle si lourd ?

ns2jb, une faille logicielle sur le firmware 23.0.1

Dans le billet de blog qui présente ns2jb, daté du 18 octobre 2026, Sammy Hajhamid explique que son outil vise le firmware 23.0.1, la version système la plus récente de la Switch 2 au moment de sa publication. Il permet d’exécuter du code natif arbitraire avec les droits de modules système de la console, dont celui qui gère les fichiers.

Le prérequis est singulier. Selon le compte rendu technique repris par The Loadout, il faut posséder SmileBASIC 4 en version 4.4.9, un ordinateur sous macOS ou Linux équipé de Node.js 22 ou plus récent, et plus de 20 Mio libres dans la sauvegarde du logiciel. La console doit enfin partager le même réseau que l’ordinateur.

Cette mise à jour 23 n’est pas anodine pour les joueurs : c’est elle qui a apporté le VRR en mode TV sur la Switch 2, en septembre. Rester sur une version donnée pour garder une faille ouverte suppose donc de renoncer aux nouveautés que Nintendo ajoute au fil des firmwares, ce qui mène à la question de la portée réelle de l’outil.

Ce que la faille permet, et ce qu’elle ne permet pas

Le terme jailbreak recouvre des réalités très différentes. Celui-ci reste loin d’un piratage complet et permanent de la console, comme le montrent ses limites documentées par son auteur et par la presse spécialisée :

  • le jailbreak est dit tethered, c’est-à-dire qu’il disparaît à chaque extinction ou redémarrage de la Switch 2 et doit être relancé depuis l’ordinateur ;
  • il n’atteint pas le noyau du système et ne permet pas d’installer un firmware modifié permanent ;
  • il autorise en revanche le homebrew, la rétro-ingénierie, la modification de jeux et la sauvegarde des fichiers de progression ;
  • le développeur Ravens Claw X a montré dès le 23 octobre le Homebrew Launcher fonctionnant sur la console, après une démo graphique Vulkan la veille.

Pour un joueur ordinaire, l’intérêt immédiat reste donc limité. La sauvegarde de ses propres fichiers de progression, que la console ne permet pas d’exporter librement, figure parmi les usages les plus concrets, aux côtés du développement amateur et du modding.

SmileBASIC 4, l’application qui a ouvert la porte

Le point d’entrée n’est pas un jeu récent. SmileBASIC 4 est un environnement de programmation sorti au Japon le 23 mai 2019 sur la première Switch, et toujours compatible avec la Switch 2. Selon Jeuxvideo.com, l’attaque exploite un dépassement de mémoire tampon dans ce logiciel, enchaîné à une seconde faille du service de gestion des fichiers.

La réaction de Nintendo a été immédiate. Le logiciel a disparu de l’eShop dans la foulée de la publication, de sorte que personne ne peut plus l’acheter par la voie normale. Les copies déjà téléchargées ne sont pas bloquées pour autant, ce qui fait de chaque console qui possède SmileBASIC 4 une machine potentiellement exploitable, tant que le système n’est pas corrigé.

Une IA dans la boîte à outils du chercheur

L’autre singularité de ns2jb tient à sa méthode. Sammy Hajhamid s’est appuyé sur Codex, l’outil de programmation d’OpenAI, pour une partie des tests et de l’analyse, et l’a utilisé pour sa démonstration la plus spectaculaire, dans Mario Kart World, où des personnages de la culture pop remplacent les pilotes habituels.

Le mod de Mario Kart World, en revanche, a été entièrement codé avec l’IA en une journée, et c’était juste pour s’amuser.

Sammy Hajhamid, chercheur en sécurité, dans son billet de blog Jailbreaking the Switch 2 consacré à ns2jb, le 18 octobre 2026

Le chercheur reconnaît aussi que l’IA n’a pas tout fait : l’objectif qu’il lui avait fixé, obtenir seule l’exécution de code, n’a pas abouti. L’expertise humaine reste décisive pour trouver la faille, mais le temps nécessaire pour l’exploiter et la mettre en scène s’effondre, ce qui change l’équation pour Nintendo.

Nintendo, une riposte rodée contre le piratage

Le constructeur japonais n’a fait aucune déclaration publique sur ns2jb. Son historique récent laisse pourtant peu de doutes sur la ligne qu’il va suivre. En août, Nintendo a fait disparaître plus de 400 dépôts d’émulateurs de GitHub en une seule journée, par des notifications de retrait datées du 17 août 2026.

Sur le terrain judiciaire, la firme a obtenu 4,5 millions de dollars contre le modérateur d’un forum consacré au piratage de la Switch, une affaire qui a fixé le prix d’un jeu partagé illégalement. Le jailbreak en lui-même n’est pas du piratage, mais il en ouvre la possibilité, et c’est cette porte que Nintendo cherche à refermer.

Le billet de Sammy Hajhamid évoque d’ailleurs le programme de primes aux bugs de Nintendo comme une incitation pour d’autres chercheurs. La course entre failles et correctifs ne fait que commencer sur une console lancée en juin 2025, dont aucune faille logicielle n’avait jusqu’ici offert un tel accès.

La prochaine mise à jour, point de bascule pour chaque console

Pour l’immense majorité des joueurs, rien ne change tant qu’ils acceptent les mises à jour, et le prochain firmware a toutes les chances de refermer la brèche. Pour les curieux du homebrew, le calcul s’inverse : chaque version installée peut fermer définitivement la fenêtre, au prix de jeux récents qui exigent souvent le dernier système.

Entre une console à jour et une console ouverte, le choix pèse désormais sur les fonctions, les jeux compatibles et le risque d’un bannissement en ligne. La bataille autour de la Switch 2 dira surtout si Nintendo parvient à garder la main sur une machine dont les failles se trouvent désormais plus vite, avec des outils accessibles à tous.

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