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Lors d’une conférence de presse tenue le mercredi 24 janvier 2024, le groupe Édéïs a dévoilé son projet pour la Cité de la Mer, le grand parc consacré à l’aventure de l’homme sous la mer installé à Cherbourg-en-Cotentin, dans la Manche. Nouveau gestionnaire du site, Édéïs affiche une ambition claire : moderniser sans trahir l’esprit des lieux. Le directeur Alexandre Lanoë a présenté les grandes lignes d’un plan mêlant investissements, nouvelles attractions et réalité virtuelle.
La continuité est au cœur du discours, dans le sillage de la vision portée par le fondateur Bernard Cauvin. Pour la direction, les fondamentaux du site sont jugés excellents et doivent être préservés, même si l’avenir passera par quelques innovations. Comment concilier alors fidélité au patrimoine et renouvellement de l’expérience visiteur ?
Un nouveau gestionnaire aux commandes
Édéïs est un groupe français d’ingénierie et de gestion d’équipements, habitué aux délégations de service public sur des sites culturels et touristiques. Le groupe exploite déjà les monuments romains de Nîmes ou le théâtre antique d’Orange, ainsi qu’une vingtaine d’aéroports régionaux, un portefeuille qui témoigne de son expérience. La structure a pris en main la Cité de la Mer le 1er janvier 2024, pour une durée de sept ans, dans le cadre d’un contrat évalué à 41,5 millions d’euros. Ce changement de gouvernance marque une nouvelle étape pour l’institution normande.
À la présidence, Frédéric Moncany de Saint-Aignan, nommé en septembre 2023 pour succéder à Bernard Cauvin, incarne cette transition maîtrisée. Marin de la marine marchande, il revendique une approche prudente et à l’écoute, soucieuse de prolonger une dynamique déjà solide plutôt que de tout bouleverser. Il a résumé l’état d’esprit de la reprise.
Le bilan de ces vingt dernières années est un incroyable succès. Il s’agit de poursuivre cette dynamique très positive.
Frédéric Moncany de Saint-Aignan, président de la Cité de la Mer, communiqué officiel, 19 septembre 2023
Plus de vingt millions d’euros d’investissements
Le projet s’appuie sur un effort financier conséquent étalé sur la durée de la délégation. La Communauté d’agglomération du Cotentin prévoit d’investir plus de 15 millions d’euros, auxquels s’ajoutent 5 millions apportés par Édéïs, soit un total supérieur à 20 millions d’euros sur sept ans. Ces montants doivent financer aussi bien la modernisation des espaces que l’entretien du patrimoine bâti.
Cet engagement traduit le poids économique du site pour le territoire. Pour une agglomération comme celle du Cotentin, la Cité de la Mer constitue un moteur d’attractivité touristique qu’il s’agit de préserver et de développer dans la durée. Le site approche d’ailleurs des cinq millions de visiteurs cumulés depuis son ouverture, preuve d’un ancrage solide dans le paysage touristique.
Les chantiers annoncés
Le plan dévoilé en janvier 2024 s’échelonne sur plusieurs années et touche la plupart des grands espaces du site. Les principaux chantiers se répartissent ainsi :
- dès 2024, une refonte du pôle sous-marin et de son ambiance sonore ;
- en 2025, une expérience immersive en réalité mixte installée dans la halle des trains ;
- en 2025 et 2026, le réaménagement de la Salle des Bagages, pour 3,5 millions d’euros ;
- en 2027, une nouvelle grande attraction baptisée parcours aventure, dotée de 8 millions d’euros ;
- en 2027 également, la rénovation du grand aquarium.
Cette feuille de route étalée évite de fermer le site et lisse l’effort dans le temps. Elle montre aussi une volonté de renouveler régulièrement l’offre, afin d’inciter les visiteurs à revenir année après année.
La réalité virtuelle au service du patrimoine
La nouveauté la plus emblématique reste l’expérience de réalité mixte annoncée pour 2025. Munis d’un casque, les visiteurs seront plongés dans la grande halle d’autrefois, où des personnages en trois dimensions se superposeront à l’espace réel pour faire revivre l’âge d’or des paquebots transatlantiques. Conçue comme un voyage de plusieurs dizaines de minutes, l’attraction cherche à réconcilier rigueur historique et spectacle, là où la simple vitrine atteint vite ses limites. Le procédé illustre comment la technologie peut servir le récit historique sans le dénaturer.
Ce choix s’inscrit dans un mouvement plus large, où les casques de réalité mixte grand public rendent ces dispositifs plus familiers. Après une percée remarquée de la réalité virtuelle dans le divertissement, son arrivée dans un musée confirme que l’immersion devient un outil de médiation culturelle à part entière.
Un site qui pèse dans le tourisme local
Derrière ce projet se trouve l’un des sites les plus fréquentés de Normandie. Ouverte en 2002 dans l’ancienne Gare Maritime Transatlantique, un joyau Art déco, la Cité de la Mer a accueilli 316 465 visiteurs en 2023. Cette fréquentation en fait une locomotive du tourisme cotentinois, à protéger autant qu’à faire grandir.
Le site doit beaucoup à ses pièces maîtresses. Le sous-marin nucléaire Le Redoutable, long de 128 mètres, y est présenté comme le plus grand sous-marin visitable au monde. Premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins français, lancé en 1967, il est devenu une fois désarmé la pièce maîtresse du parcours. L’exposition consacrée au Titanic rappelle que Cherbourg fut la seule escale du paquebot en Europe continentale, le 10 avril 1912. Ces atouts confèrent au lieu une dimension qui dépasse largement la région.
Préserver en réinventant
Le projet d’Édéïs pose une question qui dépasse le cas cherbourgeois : comment un équipement culturel installé peut-il se renouveler sans perdre ce qui a fait son succès ? Le pari consiste à greffer des expériences neuves sur un socle patrimonial fort, en misant sur l’équilibre entre mémoire et innovation. Beaucoup d’équipements culturels affrontent le même dilemme, partagés entre la tentation du spectaculaire et le respect de leur identité d’origine.
Les prochaines années diront si cette stratégie de modernisation progressive parvient à séduire de nouveaux publics tout en fidélisant les habitués. L’enjeu, pour la Cité de la Mer, est de rester un récit vivant de l’aventure maritime, à l’heure où les attentes des visiteurs évoluent vite.

