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Depuis le 2 novembre, une partie des salariés qui utilisent Copilot Chat au bureau peuvent voir l’assistant s’arrêter net au milieu de leur journée. Microsoft a commencé à appliquer des limites d’usage à tous les utilisateurs professionnels qui n’ont pas de licence Microsoft 365 Copilot, d’abord dans les organisations de 2 000 postes ou moins, puis à partir du 9 novembre dans les plus grandes.
Copilot Chat est la version de l’assistant d’IA incluse sans supplément dans les abonnements Microsoft 365 des entreprises : il répond aux questions, résume des documents envoyés et cherche sur le web. Ce n’est pas une fermeture, c’est un compteur qui s’installe dans un outil présenté comme gratuit, à un moment où tous les éditeurs d’IA cherchent à faire payer l’usage intensif. Que reste-t-il de cette IA offerte quand la jauge est cachée et que le bouton pour la dépasser mène à une facture ?
Ce que Microsoft a changé au 2 novembre
L’annonce ne figure pas sur le blog grand public de Microsoft. Elle a été publiée le 4 novembre dans les annonces de novembre du Partner Center, l’espace réservé aux revendeurs, sous un titre qui annonce clairement la couleur. Selon ce texte, les nouvelles limites de Copilot Chat créent une occasion de vente additionnelle auprès des clients, une formulation rarement aussi directe dans une documentation officielle.
Jusqu’ici, seules quelques fonctions comme la génération d’images étaient rationnées pour les comptes sans licence. Désormais, Microsoft étend ce régime de « fair use » à d’autres fonctions et capacités de Copilot Chat, sur le web, sur ordinateur et sur mobile. Le texte ne liste pas ces fonctions, ce qui laisse les entreprises deviner lesquelles seront touchées en premier.
Les administrateurs ont été prévenus par deux messages du centre de messages Microsoft 365, référencés MC1536158 et MC1536163. Aucune action de leur part n’est requise, précise Microsoft, et Copilot Chat reste inclus dans les abonnements Microsoft 365. Inclus, mais sous conditions que personne ne peut lire, comme le montre le détail du fonctionnement.
Des plafonds que personne ne peut consulter
La documentation de Microsoft décrit le mécanisme avec une précision qui contraste avec l’absence de chiffres. Voici ce que les salariés et leurs administrateurs peuvent réellement savoir :
- les limites peuvent varier au cours de la journée, sans seuil fixe annoncé ;
- les administrateurs ne peuvent ni les consulter ni les ajuster, Microsoft les fixe seul ;
- aucun chiffre n’est publié, parce que ces plafonds sont susceptibles de changer ;
- une réponse déjà en cours n’est pas interrompue quand la limite tombe ;
- le salarié bloqué voit une notification qui indique quand la fonction redeviendra disponible.
Pour un service informatique, cette opacité pose un problème concret. Impossible de prévenir les équipes avant qu’elles ne butent sur la limite, et impossible de savoir si un usage quotidien normal suffira à la déclencher. Microsoft recommande d’ailleurs de prévenir le support interne et de revoir les réglages de demande de licence, signe que les tickets sont attendus.
Le message de limite, pensé comme un bon de commande
La notification affichée au salarié ne se contente pas de lui demander de patienter. Dans la plupart des organisations, elle propose une mise à niveau : un clic suffit pour réclamer une licence Microsoft 365 Copilot à son administrateur, qui accepte ou refuse depuis le centre d’administration. Si l’entreprise autorise les achats en libre-service, le salarié peut même voir une option pour acheter la licence lui-même.
Le dispositif se prolonge côté revendeurs. Un tableau de bord partenaire baptisé ASPX dispose d’une vue intitulée Users Experiencing Usage Limits, qui liste les clients dont les salariés atteignent les plafonds. Microsoft y voit le signal d’un intérêt pour des fonctions plus avancées, et invite ses partenaires à engager la conversation commerciale sur cette base. Cette logique colle au discours tenu par la direction devant les investisseurs une semaine plus tôt.
Notre modèle économique passe des abonnements par siège à l’intégration de la consommation, ce qui élargit notre marché potentiel et notre revenu par utilisateur.
Satya Nadella, PDG de Microsoft, lors de la conférence de présentation des résultats du premier trimestre de l’exercice 2027, le 28 octobre 2026
Lors de ce même appel, la directrice financière Amy Hood a confirmé que Microsoft n’avait pas communiqué le nombre de licences Copilot payantes ce trimestre, alors que le groupe revendiquait plus de 30 millions de sièges payants en juillet. Quand un chiffre phare disparaît, la pression pour le faire remonter se reporte souvent sur les outils gratuits.
Combien coûte la sortie du plafond pour une PME
La licence que le message de limite met en avant n’a rien d’un petit supplément. Microsoft 365 Copilot est facturé 30 dollars, soit 28 € hors taxes par utilisateur et par mois depuis son lancement en 2023, rappelait Le Monde Informatique en novembre 2025. Les entreprises de 300 salariés ou moins ont accès depuis le 1er décembre 2025 à Copilot Business, affiché à 21 dollars par mois et par utilisateur.
Prenons une PME de 50 salariés qui voudrait lever la limite pour tout le monde avec Copilot Business. À 21 dollars par poste, la facture atteint 1 050 dollars par mois, soit 12 600 dollars par an hors taxes. Une entreprise de 1 000 personnes qui passe à la licence standard paierait 336 € par salarié et par an, soit 336 000 € pour l’ensemble de ses effectifs.
Le calcul ne s’arrête pas forcément là. À partir du 1er décembre 2026, les nouvelles licences Copilot Business vendues par les revendeurs passent par défaut à une facturation à l’usage, avec un plafond de 4 000 crédits Copilot par utilisateur et par mois que les administrateurs peuvent modifier. Même payante, l’IA de Microsoft garde donc un compteur, ce qui rapproche cette évolution d’un mouvement bien plus large.
Une stratégie qui dépasse Copilot Chat
Microsoft avait déjà testé la recette auprès des développeurs avec la facturation au token de GitHub Copilot au printemps. Le forfait illimité y avait laissé place à une consommation mesurée et facturée au volume, exactement le virage que Satya Nadella décrit aujourd’hui pour toute l’offre Copilot.
Le secteur entier suit la même pente, de Meta à OpenAI, où le prix ne bouge plus mais la qualité devient payante. La différence tient au public visé : ici, ce sont des salariés qui subissent la limite et leur employeur qui reçoit la proposition commerciale. Chez Microsoft, l’IA se vend d’abord aux directions, parfois par la frustration des équipes, et ce choix n’a rien d’anodin après l’abandon de Mico, la mascotte de Copilot, retirée dix mois après son lancement.
Une IA d’entreprise dont la jauge reste cachée
Pour les entreprises, la vraie question n’est pas de savoir si Copilot Chat reste gratuit, mais si elles peuvent bâtir des habitudes de travail sur un outil dont les règles d’accès changent sans être publiées. Un service qui varie au fil de la journée se prête mal aux processus internes, aux formations et aux engagements de productivité promis lors des déploiements.
Les prochaines semaines diront si les plafonds visent seulement les usages lourds ou s’ils touchent le salarié qui résume trois documents par jour. Les retours des services informatiques, les tickets de support et le nombre de licences Copilot que Microsoft publiera à ses prochains résultats donneront la mesure réelle de cette gratuité sous condition, et du prix que chaque organisation acceptera de payer pour la lever.
