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Jujutsu Kaisen raconte l’histoire d’un lycéen qui avale un doigt maudit et se retrouve à héberger le plus puissant des fléaux du folklore japonais. Adaptée du manga de Gege Akutami par le studio MAPPA, la série est devenue en cinq ans l’une des locomotives de l’animation japonaise à l’international, avec des records d’audience à chaque nouvel arc.
Sa troisième saison, intitulée la Traque mortelle, arrive sur Netflix le mercredi 22 juillet 2026 dans la soirée, quatre mois après la fin de sa diffusion japonaise. La plateforme ne se contente pas d’ajouter douze épisodes : elle installe simultanément l’intégralité de la franchise dans son catalogue, au moment précis où le rapport de force avec Crunchyroll se déplace. Pourquoi ce basculement maintenant ?
Ce que raconte la Traque mortelle
La saison 3 reprend juste après le carnage de Shibuya. Satoru Gojo, l’exorciste le plus puissant du monde, reste enfermé dans la Lisière du supplice, et Yuji Itadori doit répondre des massacres commis par Sukuna à travers son corps. Sa condamnation à mort est rétablie, et son exécution confiée à Yuta Okkotsu, héros du film Jujutsu Kaisen 0.
Le titre de l’arc désigne une compétition organisée par Kenjaku dans plusieurs zones fermées du Japon, où exorcistes contemporains et combattants réincarnés s’affrontent selon des règles qui évoluent en cours de route. Douze épisodes couvrent les chapitres 138 à 181 du manga, ce qui en fait la saison la plus courte de la série.
Plusieurs personnages entrent en scène et rebattent les cartes, dont un avocat reconverti en exorciste dont la technique prend la forme d’un tribunal. La saison a été diffusée au Japon du 9 janvier au 27 mars 2026 sur MBS et TBS, sous la réalisation de Shōta Goshozono, avec un générique d’ouverture signé King Gnu.
Un déploiement en bloc plutôt qu’un simple ajout
La méthode retenue par Netflix mérite qu’on s’y arrête. La plateforme ne met pas seulement en ligne la nouveauté, elle reconstitue la franchise complète d’un seul coup. Quatre entrées arrivent en même temps.
- La saison 1, diffusée à l’origine en 2020 ;
- La saison 2 et son arc du drame de Shibuya ;
- La saison 3, la Traque mortelle, en douze épisodes ;
- Le film Jujutsu Kaisen 0, préquel centré sur Yuta Okkotsu.
Ce choix vise un public précis : celui qui n’a jamais commencé la série et qui n’ira pas la chercher ailleurs. Un abonné arrivant sans rien connaître trouve tout au même endroit, ce qui n’était pas le cas jusqu’ici, la franchise étant dispersée entre plusieurs services selon les pays.
Quatre mois de décalage, une habitude qui s’installe
Le délai n’a rien d’exceptionnel dans la stratégie récente de la plateforme, puisque un long-métrage arrivé quatre mois après les salles japonaises avait suivi le même calendrier au début du mois. Netflix laisse le simulcast à d’autres, puis récupère les œuvres une fois leur diffusion terminée, quand les droits redeviennent négociables.
La méthode a un coût évident : les fans les plus assidus ont déjà tout vu, commenté et spoilé pendant l’hiver. Elle a aussi une logique, car une saison complète disponible d’un bloc se consomme différemment d’un épisode hebdomadaire, et correspond mieux aux habitudes du public de la plateforme.
Le contexte concurrentiel a changé entre-temps. Crunchyroll, longtemps maître du terrain sur le simulcast, a resserré son offre autour de ses abonnés le 20 juillet, en fermant sa boutique aux non-abonnés et en sacrifiant ses Blu-ray. Chaque restriction d’un côté ouvre une porte de l’autre, et Netflix pousse la sienne au bon moment.
Le pacte signé avec MAPPA en janvier
L’arrivée de Jujutsu Kaisen ne tombe pas du ciel. Le 21 janvier 2026, Netflix et MAPPA ont annoncé un partenariat stratégique mondial prévoyant que les futurs projets du studio soient diffusés en exclusivité sur la plateforme, dans plus de 190 pays et régions. L’accord dépasse la simple diffusion et touche à l’écriture des projets comme aux produits dérivés.
Le studio japonais a tenu à préciser publiquement qu’il conservait son indépendance créative et commerciale, un point qui pèse lourd dans un secteur où les commandes des plateformes ont souvent dicté les cadences de production et épuisé les équipes d’animation.
Les studios d’animation japonais doivent désormais adopter une perspective globale, comprendre les attentes du public international et assumer un rôle moteur et responsable à chaque étape, depuis le développement des projets jusqu’à leur diffusion finale auprès des spectateurs.
Manabu Otsuka, PDG de MAPPA, lors de l’annonce du partenariat avec Netflix, le 21 janvier 2026
La saison 3 n’entre pas dans le périmètre de cet accord, puisqu’elle a été produite avant. Elle en constitue plutôt la vitrine, et son arrivée sur la plateforme sert d’avant-goût à ce que le partenariat promet pour les prochaines années.
Ce que Netflix cherche à corriger
Le calcul repose sur un chiffre que la plateforme met désormais en avant : plus de la moitié de ses abonnés dans le monde regardent des animes. Un genre longtemps traité comme une niche pèse donc sur la moitié d’une base d’abonnés qui se compte en centaines de millions de foyers.
Le paradoxe tient à ce que Netflix a rarement été le premier choix de ce public. Les titres majeurs arrivaient tard, en ordre dispersé, parfois amputés d’une saison. Rattraper ce retard suppose de posséder les œuvres, et non plus de les louer : le tournant industriel pris sur l’animation et l’accord avec MAPPA visent exactement cela.
Reste que l’exclusivité ne fabrique pas l’attachement. Un spectateur d’anime suit un studio, une œuvre, parfois un réalisateur, rarement une plateforme, et il compare sans indulgence les qualités de doublage et de sous-titrage d’un service à l’autre.
Ce qui se joue après la Traque mortelle
La saison 4 est déjà confirmée par MAPPA et adaptera la seconde partie de l’arc, sans date annoncée pour le Japon. La question du calendrier redeviendra donc entière : Netflix acceptera-t-il encore quatre mois de décalage une fois qu’un partenariat exclusif le lie au studio ?
Le vrai test viendra des projets nés sous l’accord de janvier, ceux qui seront pensés dès l’écriture pour une sortie mondiale simultanée. Si ces titres arrivent partout le même jour et dans de bonnes conditions de doublage, l’anime aura changé d’échelle de distribution. La Traque mortelle sert de répétition générale à ce basculement, avec une œuvre dont le public est déjà acquis.


