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Depuis le lancement de la série Galaxy S24 en janvier 2024, Samsung a fait de l’intelligence artificielle son principal argument de vente. Galaxy AI désigne l’ensemble des fonctions dopées à l’IA intégrées à ses smartphones, de la traduction d’appels en temps réel à la retouche photo assistée. Le constructeur coréen ne compte pas réserver ces outils à ses seuls modèles les plus récents.
Premier vendeur mondial de smartphones avec environ 20 % de parts de marché selon IDC, le géant sud-coréen a fixé un objectif ambitieux : diffuser Galaxy AI sur plus de 100 millions d’appareils dès 2024. Reste une interrogation : comment déployer des fonctions aussi gourmandes à une telle échelle, et à quel prix pour l’utilisateur ?
Un déploiement à grande échelle
Samsung n’a jamais été très bavard sur ses volumes, mais son président a détaillé l’étendue du chantier. Au-delà des Galaxy S24, plusieurs gammes déjà commercialisées recevront Galaxy AI par mise à jour logicielle, sans qu’il soit nécessaire de changer d’appareil.
- la série Galaxy S23, lancée un an plus tôt ;
- les smartphones pliables Galaxy Z Fold 5 et Z Flip 5 ;
- les tablettes de la série Galaxy Tab S9 ;
- d’autres modèles récents rendus éligibles au fil des mises à jour One UI.
Ces déploiements étaient programmés pour la première moitié de 2024, via la mise à jour One UI 6.1. En rendant l’IA accessible à des appareils vendus les années précédentes, Samsung élargit considérablement sa base installée sans attendre le renouvellement du parc.
Ce que recouvrent les fonctions Galaxy AI
Derrière l’étiquette Galaxy AI se cache une palette d’outils concrets. La traduction d’appels en direct, baptisée Live Translate, fonctionne dans une douzaine de langues et traite les conversations directement sur l’appareil. La retouche générative, elle, permet de déplacer ou d’effacer un élément d’une photo en quelques gestes.
La fonction Circle to Search, développée en partenariat avec Google, autorise une recherche visuelle en entourant n’importe quel élément affiché à l’écran. D’après Samsung, ces services resteront gratuits jusqu’à la fin de 2025, une précision qui en dit long sur les intentions du groupe pour la suite.
À ces outils s’ajoutent la synthèse automatique de notes, la transcription d’enregistrements vocaux et la génération de fonds d’écran. Chaque fonction vise un usage quotidien précis, de sorte que l’IA se fond dans les gestes habituels plutôt que de rester une démonstration technique réservée aux initiés.
Une course à l’IA entre constructeurs
Samsung n’avance pas seul sur ce terrain. Google avait déjà glissé son modèle Gemini Nano dans le Pixel 8, capable de traiter certaines requêtes hors connexion, tandis que l’ensemble du secteur fait de l’IA son nouvel argument différenciant. La bataille ne se joue plus seulement sur la photo ou l’autonomie.
Cette rivalité pousse les fabricants à enrichir leurs assistants plus vite que jamais. Diffuser Galaxy AI sur un parc immense revient, pour Samsung, à prendre l’avantage sur le terrain des usages avant que la concurrence n’impose ses propres standards. L’enjeu est autant commercial que symbolique : être perçu comme le pionnier de l’IA sur mobile.
Cette avance reste toutefois fragile, car les modèles évoluent à un rythme soutenu et les utilisateurs comparent vite les résultats. Une fonction jugée décevante peut ternir l’image de toute la gamme, ce qui oblige le constructeur à soigner la qualité autant que la quantité de ses nouveautés.
Un modèle économique encore incertain
Les propos du dirigeant de la division mobile laissent entrevoir une volonté de rentabiliser des investissements logiciels colossaux, dans le prolongement de la stratégie logicielle des Galaxy S24. Proposer certaines capacités avancées sous forme d’abonnement fait partie des pistes, même si rien n’est garanti au-delà de 2025.
L’idée d’un abonnement ne sort pas de nulle part : développer et faire tourner des modèles d’IA coûte cher, et le groupe amortit ces dépenses sur des centaines de millions d’appareils. Reste à trouver le point d’équilibre entre gratuité d’appel et services premium, sans braquer une clientèle qui paie déjà son téléphone au prix fort.
Nous nous engageons à proposer Galaxy AI à près de 100 millions d’appareils Galaxy dans le monde cette année.
TM Roh, président de la division Mobile eXperience de Samsung Electronics, janvier 2024.
Cette promesse de masse contraste avec l’idée d’un futur péage. Samsung avance prudemment, conscient que ses utilisateurs pourraient mal accueillir la facturation de fonctions présentées comme des arguments d’achat. Le débat sur le juste prix de l’IA embarquée ne fait que commencer.
IA embarquée ou dans le nuage, le vrai enjeu technique
Faire tourner l’IA sur 100 millions d’appareils pose une question d’architecture. Une partie des traitements s’effectue localement, sur la puce du téléphone, ce qui préserve la confidentialité des données et réduit la dépendance au réseau. D’autres fonctions, plus lourdes, s’appuient sur des serveurs distants.
Ce choix hybride rappelle l’arrivée bien plus tardive de l’IA sur l’iPhone, où Apple a fait du traitement sur l’appareil un argument de confidentialité. Chez Samsung, l’équilibre entre puissance et respect de la vie privée conditionne l’adhésion du grand public à ces nouveaux usages.
Le coût de fonctionnement pèse également dans la balance. Chaque requête traitée sur des serveurs distants a un prix, ce qui éclaire la tentation d’un modèle payant évoqué par la marque. Répartir la charge entre l’appareil et le nuage devient un exercice d’équilibriste, à la fois technique et financier.
Un tournant pour l’avenir du smartphone
L’ambition de Samsung dépasse le simple ajout de fonctions. En diffusant l’IA sur une base aussi large, le constructeur habitue des dizaines de millions d’utilisateurs à des usages qui semblaient futuristes il y a peu. La banalisation de ces outils redessine ce que l’on attend d’un téléphone.
L’enjeu se déplace désormais vers la fidélité : si l’IA devient le cœur de l’expérience, elle pourrait peser autant que l’appareil photo dans le choix d’un modèle. Les prochains mois diront si les utilisateurs sont prêts à payer pour des fonctions aujourd’hui offertes, et jusqu’où la concurrence suivra.

