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OpenAI ne veut plus se contenter de vivre dans un écran. Depuis le rachat, en 2025, de la jeune pousse io fondée par Jony Ive, ancien designer star d’Apple, l’entreprise de Sam Altman prépare un objet physique chiffré à près de 6,5 milliards de dollars d’investissement. L’idée tient en une image : un compagnon discret, sans écran, capable de percevoir son environnement.
Ce que décrit OpenAI n’est pas un énième gadget connecté. Le projet vise un appareil contextuel, qui observe, écoute et apprend les habitudes de son propriétaire pour agir avant même qu’on le lui demande. On parle d’informatique ambiante, une couche d’IA qui se fond dans le quotidien, sans clavier ni notifications à balayer du pouce.
La promesse séduit sur le papier, mais elle soulève une question simple : un boîtier peut-il vraiment anticiper nos besoins au point de rendre le smartphone superflu ?
Un objet déjà tangible, pas une promesse lointaine
Contrairement à beaucoup d’effets d’annonce de la tech, ce projet repose sur du concret. Dès la fin 2025, des dirigeants d’OpenAI confirmaient disposer de premiers prototypes matériels fonctionnels, et Sam Altman a raconté avoir testé chez lui l’appareil conçu par Jony Ive. Des salariés l’expérimentent déjà en interne, signe que le développement est entré dans une phase active. Rares sont les produits de cette ampleur à atteindre un tel stade de maturité avant la moindre annonce officielle.
Le calendrier s’est précisé au fil des dépôts officiels. OpenAI vise une présentation publique au cours du second semestre 2026, mais une livraison aux premiers clients pas avant la fin février 2027. Plusieurs pistes de forme coexistent encore, du petit boîtier de poche à une enceinte intelligente dotée d’une caméra, preuve que le dessin final n’est pas figé. Sam Altman a confié en interne y voir la plus belle pièce de technologie que le monde ait jamais connue, un enthousiasme qui en dit long sur les attentes placées dans l’objet.
Ce que veut dire anticiper vos besoins au quotidien
Pour saisir l’ambition, il faut la traduire en gestes concrets. Selon une présentation interne révélée dans la presse, l’appareil doit observer son utilisateur et lui suggérer des actions pour atteindre ses objectifs, par exemple proposer de se coucher plus tôt la veille d’une réunion matinale. Transposé à une journée ordinaire, cela dessine des usages très directs :
- ajouter ou déplacer un rendez-vous dans l’agenda dès qu’une conversation en fait mention, sans ouvrir la moindre application ;
- tenir à jour la liste de courses au fil des remarques du quotidien et la rappeler au bon moment ;
- rédiger et envoyer un message ou un courriel à la voix, en reprenant le contexte des échanges précédents ;
- signaler un départ anticipé quand le trafic se dégrade avant un déplacement déjà prévu.
Ces scénarios prolongent une trajectoire déjà engagée du côté logiciel, comme lorsque ChatGPT s’est mué en assistant personnel capable de planifier des tâches. Le saut consiste à sortir l’IA de l’écran pour la rendre présente en continu dans la pièce. Cette permanence change la nature même de l’assistance, qui passe de la réponse à une requête à l’initiative spontanée.
Le smartphone détrôné, vraiment ?
L’objectif affiché dépasse le simple accessoire. Sam Altman parle d’une famille de produits pensés pour aller au-delà de l’ère du smartphone, vers une informatique sans écran qui interprète le monde en temps réel. Le marché, lui, reste entièrement à conquérir, car aucun appareil de ce type ne s’est encore imposé auprès du grand public.
Les précédents incitent à la prudence. Le Humane AI Pin, lancé puis abandonné après des ventes décevantes, et le Rabbit r1, vite critiqué, ont montré qu’un objet d’IA mal pensé se heurte vite au réel. Ces échecs ont laissé une impression durable, celle d’une catégorie qui promet beaucoup et déçoit vite. Remplacer un smartphone exige bien plus qu’une démo réussie, à savoir une autonomie crédible, une fiabilité sans faille et un véritable écosystème d’applications.
Le pari d’OpenAI s’appuie justement sur ce qui a manqué aux autres, des modèles de langage devenus assez puissants pour comprendre une demande floue et la transformer en action. La bascule annoncée vers des agents capables de piloter notre vie numérique en continu donne une idée de la direction prise par tout le secteur.
Le téléphone ne disparaîtra pas du jour au lendemain pour autant. Le scénario le plus crédible à court terme est celui d’une cohabitation, où l’appareil d’OpenAI prend en charge l’anticipation pendant que le smartphone garde l’écran pour tout ce qui demande de voir et de toucher.
Le prix d’un compagnon qui voit et entend tout
Un appareil qui anticipe doit d’abord observer en permanence. Les descriptions évoquent des caméras et des micros toujours à l’écoute, une reconnaissance faciale proche de Face ID et la possibilité de déclencher des achats directement depuis l’objet. Autant de capacités qui posent frontalement la question de la vie privée.
OpenAI imagine une famille d’appareils misant sur une conscience extrême du contexte et une assistance proactive.
Sam Altman, PDG d’OpenAI, à propos de la future gamme d’appareils, 2025
Confier à un boîtier le soin de payer à notre place prolonge une tendance déjà visible, à l’image des agents autorisés à régler nos achats. La confiance deviendra le vrai nerf de la guerre, car un compagnon qui sait tout de nous n’a de valeur que si l’on accepte de lui ouvrir cette intimité.
Ce qui se jouera quand l’appareil arrivera
L’horizon 2027 transformera ces projections en test grandeur nature. La vraie inconnue n’est pas la prouesse technique, mais la capacité à gagner la confiance du public sur le terrain de la vie privée et de la dépendance à un assistant permanent.
Pour que l’anticipation devienne un service et non une intrusion, plusieurs conditions se dessinent : une maîtrise claire de ce que l’appareil enregistre, une interopérabilité réelle avec les applications déjà installées, et la liberté de couper la suggestion permanente. Les prochains mois diront si OpenAI tient là le premier objet de l’après-smartphone ou une nouvelle pièce d’un quotidien toujours plus délégué aux machines.

