RED by SFR : 1,99 € de plus par mois imposés aux abonnés, à quelques mois du passage chez Free

RED by SFR impose à une partie de ses abonnés une hausse mensuelle en échange de 20 Go supplémentaires. Un réajustement en apparence anodin, qui tombe alors que le rachat de SFR prépare un marché mobile à trois opérateurs.

Une femme assise sur un canapé regarde son smartphone d'un air surpris, une facture posée sur la table basse.
Des abonnés de RED by SFR découvrent une hausse de 1,99 € par mois sur leur forfait, quelques mois avant le transfert de la marque à Free.
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Un e-mail, quelques lignes en petits caractères, et votre forfait n’est plus tout à fait le même. Depuis la fin septembre, une partie des abonnés de RED by SFR découvre que leur facture mensuelle grimpe de 1,99 € sans l’avoir demandé, en échange de 20 Go de données supplémentaires. La marque à petit prix d’Altice, qui avait bâti sa réputation sur des tarifs simples et sans engagement, applique ainsi une hausse unilatérale à des clients déjà installés.

Le procédé porte un nom juridique : la modification du contrat à l’initiative de l’opérateur. Son contexte est plus parlant, puisque SFR vit ses derniers mois sous pavillon Altice, avant un démantèlement entre Orange, Bouygues Telecom et Free. Faut-il voir dans ces deux euros un simple réajustement, ou le premier signe d’un marché mobile qui se prépare à coûter plus cher ?

Plus de gigaoctets que vous n’en consommez, pour plus cher

Les exemples relevés par iGeneration le 1er octobre donnent la mesure du changement. Un forfait 4G de 50 Go facturé 5 € par mois passe à 70 Go pour 7 €, soit une hausse de 40 % pour un abonné qui n’a rien demandé. Un forfait 5G de 120 Go à 7,99 € glisse de son côté à 140 Go pour 10 €, un quart de plus sur la facture.

La contrepartie affichée laisse songeur. Selon les chiffres repris par iGeneration, un abonné français consomme en moyenne 18,4 Go par mois : la plupart des clients concernés n’épuisaient déjà pas leur enveloppe de 50 ou 120 Go, et les 20 Go offerts n’ont pour eux aucune valeur réelle. Vous payez donc davantage pour un volume qui restera inutilisé.

Chez SFR, la pilule est parfois plus amère. Des clients de la marque principale signalent des hausses de 3,29 € ou de 4,49 € par mois, d’après Alloforfait et KultureGeek, sans le moindre gigaoctet supplémentaire en échange. Reste à savoir quels recours s’offrent à ceux qui refusent ces nouvelles conditions.

Un droit de résiliation qui ne protège pas grand-chose

Dans son message, SFR rappelle qu’en vertu de l’article L.224-33 du Code de la consommation, l’abonné peut résilier sans frais ni pénalité s’il n’accepte pas la modification. Sur le papier, la loi encadre donc les hausses imposées en cours de contrat : l’opérateur doit prévenir au moins un mois à l’avance et ouvrir une porte de sortie gratuite.

Chez RED by SFR, cette protection sonne creux. Les forfaits de la marque sont déjà sans engagement, et leur résiliation n’a jamais rien coûté : le seul choix réel reste d’accepter la hausse ou de partir. Le droit opposable se réduit à une formalité, quand le client attendait surtout la possibilité de conserver son tarif. Le schéma rappelle la mise en demeure de Disney+ par Que Choisir, autre cas où l’abonné subit un changement d’offre sans contrepartie.

Une vague de hausses qui dépasse RED by SFR

RED by SFR n’agit pas seul. Une analyse publiée par Clubic le 29 septembre montre que les forfaits mobiles pas chers le sont de moins en moins, avec des écarts marqués entre mai et septembre 2026 sur les offres de plus de 100 Go :

  • Prixtel, dont la clientèle doit rejoindre Bouygues Telecom, augmente ses tarifs de 46 % ;
  • RED by SFR affiche une hausse de 36 % sur la période ;
  • YouPrice progresse de 28 % et B&YOU de 27 % ;
  • Free reste le plus sage du marché, avec une hausse limitée à 5,9 %.

Sur un an, le prix moyen de ces forfaits est passé de 13,17 € en septembre 2025 à 14,49 € en septembre 2026, soit une progression d’environ 10 % en douze mois. Le saut le plus brutal date de juin, quand la moyenne a bondi de 13,13 € à 14,28 € en quelques semaines.

Ce calendrier n’a rien d’anodin. Le mois de juin correspond précisément à la signature de l’accord de rachat de SFR, qui redessine tout le marché.

Le rachat de SFR en toile de fond

Le 6 juin 2026, Orange, Bouygues Telecom et Free ont signé un accord pour se partager les activités de SFR, pour 20,35 milliards d’euros. Bouygues Telecom récupère environ 42 % de l’ensemble, Orange 27 %, et Free 31 %, dont les quelque 6 millions de clients de RED by SFR. La finalisation n’est pas attendue avant le deuxième trimestre 2027, le temps des autorisations.

Pour les abonnés, la transition s’annonce lente, et c’est précisément ce qui inquiète. Les tarifs pratiqués aujourd’hui sont ceux dont hériteront les acquéreurs, et chaque euro ajouté avant la vente gonfle la valeur des clients transférés. Les quatre opérateurs sont déjà visés par les actions de groupe sur le débit des box lancées par Familles Rurales, et les spécialistes du secteur invitent à regarder au-delà des premiers mois.

À court terme, les abonnés ne devraient constater aucun changement majeur. Les véritables conséquences se mesureront surtout sur plusieurs années, notamment concernant l’évolution du niveau de concurrence sur le marché.

Benjamin Gervais, fondateur de Zone ADSL & Fibre, dans une analyse du rachat de SFR publiée le 17 juin 2026

Les hausses de septembre suggèrent que ce court terme est déjà en train de se refermer. Le dernier mot reviendra pourtant au gendarme de la concurrence.

Ce que l’Autorité de la concurrence va surveiller

Le président de l’Autorité de la concurrence, Benoît Cœuré, a prévenu dans les colonnes du Monde, le 10 juin, que l’opération « ne va pas de soi » sur un marché déjà très concentré entre quatre opérateurs nationaux. Il jugeait alors naturel de s’interroger sur une hausse des prix, et a promis un examen attentif du pouvoir d’achat des consommateurs, avec une décision attendue sous dix-huit mois.

Le précédent pèse lourd. En 2005, Orange, SFR et Bouygues Telecom avaient écopé d’une amende de 534 millions d’euros pour s’être partagé le marché mobile, et les mêmes acteurs se retrouvent aujourd’hui autour de la table. Le retour à trois opérateurs, quatorze ans après l’arrivée de Free Mobile en 2012, sera donc scruté à l’euro près.

Rester, changer ou attendre : les options des abonnés

Pour un abonné RED by SFR qui payait 5 €, la nouvelle facture reste modeste face aux offres de 20 Go à 9,99 € proposées par B&You, Sosh ou Free Mobile. Le forfait ancien demeure souvent compétitif malgré la hausse, et un départ précipité peut coûter plus cher que les deux euros contestés.

La comparaison mérite pourtant d’être faite, car les nouveaux clients de RED by SFR se voient proposer 40 Go pour 9,99 €, quand les abonnés fidèles voient leur facture grimper sans négociation. Sur un marché où la portabilité du numéro se fait en quelques jours avec un simple code RIO, la fidélité ne protège plus du tout le portefeuille.

Un marché à trois qui se dessine déjà dans vos factures

Les deux euros de RED by SFR racontent moins une décision isolée qu’un changement d’époque. Pendant quatorze ans, la guerre des prix lancée par Free Mobile a tiré les forfaits vers le bas, et la consolidation à trois opérateurs inverse déjà la tendance avant même d’être autorisée.

La question posée à l’Autorité de la concurrence se joue donc dès maintenant, dans les hausses glissées au fil des notifications. Les abonnés qui comparent, qui signalent et qui font jouer la concurrence pendant qu’elle existe encore à quatre, pèsent sur la suite plus qu’ils ne le pensent, car un marché se régule aussi par ceux qui le quittent.

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