Dans cet article Dans cet article
- Une migration automatique annoncée par un simple bandeau
- Ce que les Skills apportent, et ce qui risque de disparaître
- La vraie ligne de partage passe par l’abonnement
- Une stratégie de conversion que Google assume de plus en plus
- Les précautions à prendre avant le 17 novembre
- Ce que la disparition des Gems dit de la personnalisation
Depuis quelques jours, un bandeau s’affiche dans le gestionnaire de Gems de l’application Gemini. Il annonce, sans détour, que ces assistants personnalisés deviendront des Skills le 17 novembre. Pour celles et ceux qui ont passé des heures à paramétrer un coach d’écriture, un relecteur de code ou un assistant de révision, le message mérite plus qu’un coup d’œil.
Un Gem, c’est une version de Gemini à qui l’on a donné des instructions permanentes, des fichiers de référence et, parfois, un outil activé par défaut. Lancés en août 2024, les Gems restent accessibles aux comptes gratuits, ce qui en a fait l’une des rares fonctions de personnalisation que Google n’a pas réservées à ses abonnés. Leur remplacement arrive au moment où tous les assistants conversationnels cherchent à transformer leurs utilisateurs gratuits en clients payants. Que perd-on vraiment dans cette migration, et qui devra sortir la carte bancaire pour continuer à créer ses propres assistants ?
Une migration automatique annoncée par un simple bandeau
Google n’a publié ni billet de blog ni page d’aide détaillée au moment où l’information a circulé. Selon 9to5Google, qui a repéré l’annonce le 27 septembre, la seule communication officielle tient en deux phrases affichées dans l’interface, et le bouton de création des Skills n’était pas encore fonctionnel.
Les Gems deviendront des Skills à partir du 17 novembre 2026. À partir de cette date, nous commencerons automatiquement à migrer vos Gems vers les Skills.
Google, message affiché dans le gestionnaire de Gems de l’application Gemini, relevé par 9to5Google le 27 septembre 2026
La promesse est rassurante sur un point : rien ne sera effacé du jour au lendemain, et les Gems continuent de fonctionner jusqu’à la bascule. Android Authority a sollicité Google pour obtenir des précisions, sans réponse au 28 septembre. Moins de sept semaines séparent donc l’annonce de la migration, un délai court pour un outil que beaucoup utilisent au travail.
Ce que les Skills apportent, et ce qui risque de disparaître
Sur le papier, les Skills reprennent l’idée des Gems avec une logique différente. D’après les premières descriptions publiées par la presse spécialisée, le fonctionnement change sur plusieurs points concrets :
- un Skill s’appelle directement dans la conversation en tapant une barre oblique, sans passer par le panneau latéral des Gems ;
- plusieurs Skills peuvent être combinés dans une même tâche, là où un Gem imposait de changer d’assistant ;
- la création passe par l’onglet Gemini Spark, l’espace agentique présenté par Google au printemps ;
- trois fonctions des Gems n’ont pas d’équivalent confirmé : l’outil activé par défaut, comme la création d’images ou Canvas, les fichiers de contexte ajoutés au Gem et les liens de partage déjà envoyés.
Ce dernier point pèse lourd. Un Gem partagé avec une équipe ou une classe repose sur un lien ; si ce lien cesse de fonctionner après la migration, tous ceux qui l’utilisaient devront être réinvités, à condition qu’un mécanisme équivalent existe côté Skills.
Le passage par Gemini Spark n’est pas anodin non plus. Il rattache la personnalisation à l’espace des abonnés, puisque Spark est l’agent IA permanent de Google, et c’est précisément là que se cache la question du prix.
La vraie ligne de partage passe par l’abonnement
Aujourd’hui, la page d’abonnements de Gemini en France liste les Gems parmi les fonctions de l’offre gratuite. Or, la création de Skills est réservée aux abonnés Google AI Pro et AI Ultra, facturés respectivement 21,99 € et à partir de 99,99 € par mois, selon la grille tarifaire publiée par Google.
Les Gems existants des comptes gratuits seront migrés, mais Google n’a pas dit si ces utilisateurs pourront ensuite créer de nouveaux Skills, ni même modifier ceux hérités de leurs Gems. La page d’aide censée répondre à cette question n’existait pas encore quand Android Authority l’a cherchée, le 28 septembre.
Le calcul est vite fait à l’échelle de Gemini. Sundar Pichai revendiquait 950 millions d’utilisateurs mensuels lors des résultats du deuxième trimestre, fin juillet. Même une petite fraction de créateurs de Gems basculant vers l’offre à 21,99 € représenterait un levier de conversion considérable pour Google, ce qui explique sans doute la discrétion de l’annonce.
Une stratégie de conversion que Google assume de plus en plus
Ce mouvement s’inscrit dans une série. Google avait déjà cherché à installer ses usages tôt en offrant un an de Gemini aux étudiants du supérieur, une manière d’habituer une génération entière à ses outils avant de la faire payer. Les fonctions gratuites servent d’appât, les fonctions avancées de péage, un schéma désormais classique dans l’IA grand public.
OpenAI suit la même pente avec les publicités intégrées à ChatGPT en France depuis le 24 août pour les offres Free et Go, et Microsoft a retiré sa mascotte Mico dix mois après son lancement. La durée de vie d’une fonction d’IA grand public se compte désormais en mois, et les utilisateurs qui bâtissent leurs habitudes dessus en paient le prix à chaque refonte.
Les précautions à prendre avant le 17 novembre
Rien n’oblige à attendre la bascule pour se protéger. Le plus simple consiste à ouvrir chaque Gem et à copier ses instructions dans un document personnel, un fichier texte suffit. Ces quelques paragraphes représentent souvent plusieurs semaines d’ajustements, et ils se recollent en quelques secondes dans n’importe quel autre assistant.
Les fichiers de contexte méritent le même traitement, puisque leur sort n’est pas confirmé. Pour un Gem partagé, noter la liste des personnes qui l’utilisent évitera de chercher après coup qui doit recevoir le nouvel accès. Les équipes qui dépendent d’un Gem pour un usage professionnel ont aussi intérêt à tester dès maintenant un plan B, qu’il s’agisse d’un projet Claude, d’un GPT personnalisé ou d’une simple bibliothèque de prompts.
Ces sept semaines laissent aussi le temps d’observer ce que Google publiera. Si la création de Skills s’ouvre aux comptes gratuits d’ici là, l’essentiel de l’inquiétude tombera de lui-même ; dans le cas contraire, la migration dessinera clairement la frontière entre ce qui reste offert et ce qui devient payant.
Ce que la disparition des Gems dit de la personnalisation
La promesse initiale des Gems tenait en une phrase : chacun pouvait fabriquer son assistant sans payer ni coder. En la faisant glisser vers un espace agentique réservé aux abonnés, Google redéfinit ce qu’est la personnalisation de l’IA, non plus un droit d’usage mais une option premium. Le même glissement a déjà touché d’autres réglages, comme le filigrane visible devenu facultatif dans Gemini.
La réponse que Google apportera aux comptes gratuits d’ici au 17 novembre dira beaucoup de sa stratégie pour 2027. Elle dira surtout à qui appartient le travail investi dans un assistant : à celui qui l’a patiemment conçu, ou à la plateforme qui peut en changer les règles avec un simple bandeau.

