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Regarder un Grand Prix de Formule 1 en direct sans payer d’abonnement, sur l’application de Canal+ : l’idée aurait semblé absurde il y a encore un an. C’est pourtant ce que propose Sport+, un espace sportif gratuit lancé le 9 octobre 2026 en France métropolitaine, dont le premier grand rendez-vous en direct a été le Grand Prix de Singapour, disputé ce dimanche 11 octobre.
Sport+ n’est ni une chaîne ni un abonnement de plus. Il s’agit d’une rubrique intégrée à l’application, financée par la publicité, qui mêle résumés, formats courts et quelques retransmissions intégrales. Le nom réveille des souvenirs chez les plus anciens, puisqu’une chaîne Sport+ a existé de 1998 à juin 2015. Que peut-on vraiment regarder sans débourser un euro, et qu’est-ce que Canal+ attend en retour ?
Ce que Sport+ donne à voir gratuitement
La plateforme puise dans neuf compétitions dont Canal+ détient les droits, selon le communiqué du groupe daté du 8 octobre :
- les trois coupes européennes masculines de l’UEFA, Ligue des champions, Ligue Europa et Ligue Conférence ;
- la Premier League anglaise ;
- l’Arkema Première Ligue, le championnat de France féminin de football ;
- la Formule 1 et le MotoGP ;
- le Top 14 et la Pro D2 en rugby.
Représenté ne veut pas dire diffusé en intégralité. L’essentiel de l’offre repose sur des résumés, des meilleurs moments et des vidéos verticales pensées pour le smartphone, et une douzaine de matchs seulement seront proposés en entier sur toute la saison, d’après le Journal du Geek. Les prochaines affiches gratuites annoncées par l’AFP sont un match de Ligue Europa du Stade Rennais le 15 octobre et l’affiche Lyon-Marseille de Première Ligue le 24 octobre.
Une vitrine au compte-gouttes
La Formule 1 illustre bien la logique du service. Le Grand Prix de Singapour a été diffusé en direct et en plein écran, avec la course sprint et la parade des pilotes, mais seules trois à quatre courses par saison bénéficieront ensuite du même traitement, précise l’AFP. Les fans qui suivent tout le championnat restent donc dépendants de l’abonnement.
Le mode Multi-Live, qui affiche jusqu’à neuf rencontres simultanées, obéit à la même règle : il regroupe des flux sans rendre chaque match gratuit. Un compte Canal+ reste nécessaire pour y accéder, même sans formule payante, et les compétitions que le groupe ne possède pas, comme la Liga espagnole diffusée par Disney+ et DAZN, n’y figurent évidemment pas. Cette prudence s’explique par le prix des droits.
Des droits sportifs qui coûtent des centaines de millions
Le contrat actuel des trois coupes européennes coûte à Canal+ 480 millions d’euros par saison, selon l’AFP, et le groupe a déjà sécurisé les saisons 2027 à 2031 en exclusivité, pour un montant légèrement inférieur. Avec de tels montants, offrir l’intégralité des matchs ruinerait la valeur de l’abonnement, qui reste le cœur du modèle économique.
Canal+ revendique 42 millions d’abonnés dans 70 pays, un périmètre élargi depuis l’intégration du groupe sud-africain MultiChoice. Sport+ ne vise pas ces clients, mais tous ceux qui suivent le sport en pointillé et n’ont jamais franchi le pas de l’abonnement. La directrice produit et marketing du groupe l’a résumé sans détour lors de la présentation à la presse.
C’est une attente très forte du marché, à laquelle aucune offre ne répond aujourd’hui.
Églantine Leclabart, directrice produit et marketing global de la PayTV de Canal+, lors de la présentation de Sport+ rapportée par l’AFP, le 8 octobre 2026
Le pari repose sur un double levier, puisque l’espace est financé par la publicité et pensé comme une porte d’entrée vers les offres payantes. Le contexte concurrentiel pousse dans ce sens.
Un marché du sport en streaming sous tension
L’annonce intervient une semaine après celle de CMA Media, propriétaire de RMC Sport, qui a promis de partir à la conquête de nouveaux droits. Aux États-Unis, Netflix, Amazon et YouTube ont même formé une coalition pour garder le sport derrière l’abonnement, et la gratuité partielle de Canal+ prend le contre-pied de cette stratégie de verrouillage.
Le groupe joue aussi la carte de la fidélité. Sport+ intègre un mode anti-spoiler, qui masque les scores pour regarder un résumé en différé, et des vidéos verticales calquées sur les usages de TikTok. L’objectif affiché consiste à capter des spectateurs habitués aux formats courts et gratuits des réseaux sociaux, qui ne s’abonnent plus spontanément. Reste une menace qui pèse sur le prix des formules payantes.
La TVA, épée de Damoclès sur les abonnements
Le gouvernement envisage de faire passer la TVA sur la télévision payante de 10 à 20 % en 2027, rapporte Clubic. La direction de Canal+ chiffre le surcoût à 200 millions d’euros et évoque une hausse possible d’environ 10 % des abonnements, pas avant 2028 ou 2029. Une partie de l’écart pourrait se reporter sur des offres gratuites financées par la publicité, comme Sport+.
Pour les abonnés existants, rien ne change à court terme : leurs formules gardent la même valeur sur tout ce qui n’entre pas dans la sélection gratuite. Le précédent de Disney+, qui a retiré le HDR de son offre Premium sans baisser son prix, rappelle cependant que la valeur d’un abonnement peut bouger sans prévenir. La suite dira de quel côté penche la balance.
Gratuit aujourd’hui, et demain ?
Pour le spectateur occasionnel, Sport+ change déjà la donne : il suffit de créer un compte pour suivre les temps forts de neuf compétitions et quelques grandes affiches en direct, à condition d’accepter la publicité. Le calendrier des retransmissions gratuites, publié sur la page sport de Canal+, permet de repérer les rares matchs intégraux proposés chaque mois sans rien payer.
La vraie question porte sur l’équilibre que trouvera le groupe. Si l’audience publicitaire suit, la vitrine pourrait s’étoffer et accueillir davantage de directs, en particulier sur les championnats moins exposés. Si elle sert surtout à recruter, la gratuité restera un produit d’appel soigneusement dosé, et le sport en direct demeurera avant tout une affaire d’abonnement, de plus en plus chère à mesure que les droits et la fiscalité s’alourdissent.
