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Depuis le 13 octobre 2026, une nouvelle paire de lunettes connectées se vend en France à partir de 349 €, et elle a une particularité qui tranche avec tout ce que Meta proposait jusqu’ici : elle n’a pas de caméra. Les Ray-Ban Meta Audio gardent les haut-parleurs, les micros et l’assistant Meta AI, mais renoncent à filmer, à photographier et à analyser ce que vous regardez.
Une lunette connectée, c’est une monture classique qui embarque de quoi écouter, téléphoner et parler à une IA sans sortir son téléphone. Ce lancement intervient trois semaines après l’ouverture d’une enquête pénale à Paris sur des femmes filmées à leur insu avec ce type d’appareil. Retirer l’objectif suffit-il à régler le problème, et que perd au passage celui qui achète ces lunettes ?
Ce que contient la monture à 349 €
Les Ray-Ban Meta Audio se déclinent en deux formes, Clubmaster et Burbank, et en 23 combinaisons de couleurs et de verres, correcteurs compris. La monture pèse 43 grammes et diffuse le son par des haut-parleurs ouverts qui laissent les oreilles libres. Le prix de 349 € relevé par KultureGeek est un tarif d’entrée qui varie selon les verres choisis.
Meta annonce sur sa fiche produit française jusqu’à 12 heures d’autonomie. Sa documentation nuance le chiffre : 6 heures seulement en écoute audio continue, l’étui ajoutant jusqu’à 48 heures de recharge. Un smartphone compatible et l’application Meta AI restent obligatoires, ce qui en dit long sur la place que garde l’assistant dans l’objet.
Côté appels, Meta revendique une réduction de plus de 90 % des bruits ambiants, mais uniquement pour la voix transmise à votre interlocuteur : vous continuez d’entendre la rue telle qu’elle est. Vingt minutes dans l’étui rendent la moitié de la batterie, des chiffres de fabricant que KultureGeek prend soin de présenter comme non testés.
Face au modèle à caméra, ce qui change vraiment
Le tableau ci-dessous rapproche les Ray-Ban Meta Audio de la génération à caméra, à partir des caractéristiques publiées par Meta et relevées par Gizmodo lors de l’annonce du 23 septembre. L’écart se joue sur bien plus que l’objectif :
| Critère | Ray-Ban Meta Audio | Ray-Ban Meta Gen 3 |
|---|---|---|
| Caméra | Aucune | Oui, photo et vidéo |
| Poids | 43 g | 49 ou 53 g selon le style |
| Autonomie annoncée | Jusqu’à 12 heures | Jusqu’à 9 heures |
| Meta AI | À la voix uniquement | À la voix et par la vision |
Le gain de légèreté et d’autonomie est réel, puisque trois heures de plus et jusqu’à dix grammes de moins séparent les deux modèles. La différence la plus lourde reste pourtant la dernière ligne : sans caméra, l’assistant ne peut plus décrire une scène, lire un panneau ou identifier un objet.
Une caméra retirée au moment où la justice s’en mêle
Le calendrier n’a rien d’anodin. Le 18 septembre, Reuters révélait que le parquet de Paris avait ouvert une enquête pour harcèlement sexuel après la diffusion en ligne de vidéos de femmes filmées dans la rue. Les modèles conçus par Meta avec EssilorLuxottica pèsent environ 76 % du marché mondial, sur sept millions de lunettes connectées écoulées l’an dernier.
Le 3018, le numéro national contre le cyberharcèlement géré par l’association e-Enfance, avait recensé une vingtaine de signalements depuis le début de l’année, visant pour la plupart des lunettes Meta. L’association a obtenu le retrait de plusieurs vidéos sur TikTok, mais certains comptes ont republié des contenus similaires peu après. Son communiqué du 8 septembre réclamait un encadrement dès la conception des appareils, alors que la diffusion en ligne de l’image d’une personne sans son accord expose déjà son auteur à deux ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende.
Les victimes ne peuvent pas devenir le test grandeur nature de produits.
Véronique Béchu, directrice de l’Observatoire de l’association e-Enfance/3018, dans un communiqué publié le 8 septembre 2026
Meta ne présente pas ses nouvelles lunettes comme une réponse à ces critiques. Le groupe met en avant l’audio, qu’il décrit comme la fonction la plus utilisée de ses montures. Le modèle sans caméra coexiste d’ailleurs avec les versions qui filment, toujours vendues, si bien que le risque pointé par les enquêteurs demeure entier pour les passants.
Ce que l’assistant sait encore faire sans yeux
Privé de caméra, Meta AI redevient un assistant vocal porté sur le nez. Selon Engadget et Gizmodo, plusieurs usages restent accessibles à la voix :
- passer des appels et répondre à des messages sans toucher au téléphone ;
- écouter de la musique ou des podcasts sans couper le son ambiant ;
- interroger Meta AI sur la météo, lancer une recherche web ou passer au morceau suivant ;
- obtenir une traduction en direct d’une conversation.
Tout ce qui reposait sur l’image disparaît en revanche, du souvenir filmé au guide visuel en voyage. Pour 349 €, vous payez une paire d’écouteurs ouverts doublée d’un assistant, dans un format qui se fait oublier mieux qu’un casque.
Un assistant toujours relié aux serveurs de Meta
Retirer la caméra ne retire pas les micros, ni le lien permanent avec les services du groupe. Les questions posées à Meta AI transitent par l’application et les serveurs de l’entreprise, qui a déjà montré, avec les suggestions de Meta AI nourries de vieux posts Facebook, jusqu’où peuvent aller ses croisements de données.
Le modèle économique de l’assistant bouge lui aussi. Depuis le 15 septembre, l’abonnement Meta One regroupe plus de cinquante fonctionnalités payantes, et les usages les plus gourmands de Meta AI sont passés derrière cet abonnement. Une monture achetée aujourd’hui pour son assistant dépend donc d’un service dont le périmètre gratuit peut encore évoluer.
La discrétion, nouvel argument à double tranchant
En séparant l’audio de la vidéo, Meta crée deux familles de lunettes qu’un passant ne saura pas distinguer au premier regard. Les montures sans caméra ressemblent à des Ray-Ban ordinaires, à quelques détails de branches près, exactement comme celles qui filment. La confiance dans l’espace public ne se règle pas par un catalogue plus large.
L’enquête parisienne dira si le droit français suffit à sanctionner les abus, ou s’il faudra, comme le réclame le 3018, encadrer ces appareils dès leur fabrication. D’ici là, le succès commercial de la version Audio servira de baromètre : s’il dépasse celui des modèles à caméra, les fabricants auront la preuve que l’on peut vendre des lunettes intelligentes sans transformer chaque regard en enregistrement.
