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Mon avis sur l’actualité Hadopienne

Un billet sur un sujet super original, j’en conviens, mais ce n’est pas de ma faute, ils n’avaient qu’à pas placarder toutes ces affiches dans nos belles villes.

Ça donne envie de dire ce que je pense ^^


Surtout que la veille j’ai regardé l’excellent documentaire « Copier n’est pas voler » (que vous pouvez retrouver ici en téléchargement 100% légal, pas besoin de label PUR) qui rejoint pas mal mes opinions sur le sujet.

En gros, copier n’est pas voler. Le vol, c’est la soustraction frauduleuse de la chose d’autrui (définition du code pénal, maintenant que l’on risque en théorie la prison, haha, en téléchargeant un MP3 de Lorie).

Or aujourd’hui les textes de loi définissent certaines idées, créations, œuvres de l’esprit comme étant des « propriétés intellectuelles ». Cette notion de propriété a été mise en place pour éviter que les éditeurs de livres ne reversent pas de droits à l’auteur, ou que ce ne soient que les acteurs d’une pièce de théâtre (et pas son auteur) qui touchent de l’argent. Ce système était conçu pour protéger l’artiste contre les gens qui font commerce de son œuvre.

Dans le cas du partage de musiques avec un ami, suis-je en train de faire commerce avec lui ? Est-ce que je gagne ma vie sur le dos de l’artiste ? Non. On voit bien que la notion de propriété intellectuelle a été détournée par Hadopi pour nous faire tous devenir des criminels en puissance…

De plus cette notion s’étendait à très peu de choses et concernait très peu de gens. Et au vue des proportions que la propriété intellectuelle prend aujourd’hui dans la vie quotidienne, elle est clairement inadaptée…

Interpréter sa version d’une chanson sur Youtube par exemple est interdit ! Il y a des millions de « covers » sur Internet interpréter par des gens devant leur webcam, qui veulent juste chanter, faire partager à d’autres personnes une chanson qui les a fait vibrer, leur montrer qu’une autre manière de les chanter est possible…

Si on pousse la logique hadopienne plus loin, aura-t-on seulement le droit de faire des références à une œuvre, ou faire une parodie, sans contrevenir à la loi ? Des siècles de créations humaines basées sur la réinterprétation d’idées, leur détournement, balayées par une loi du 20e siècle qui veut forcer les nouvelles pratiques de partage du 21e siècle à rester dans le passé… Rien que pour ça, Hadopi est condamnée ! Les gens sont déjà passés à autre chose et on ne les forcera plus à revenir en arrière, c’est déjà trop tard.

Il y avait aussi dans le documentaire un passage très intéressant sur la différence entre l’économie de rareté et l’économie d’abondance.
L’économie de la rareté est l’économie des biens matériels. Si je donne ma voiture à quelqu’un, je n’ai plus de voiture. L’économie de l’abondance, c’est l’économie du savoir. « Un prof qui fait cours, une fois qu’il a finit son cours, n’est pas plus ignorant à la fin qu’au début. Il n’a pas perdu son savoir. »

Si on compare cela avec la loi de l’offre et de la demande : sachant que la demande est forte, que l’offre illégale ne coûte rien, qu’elle est illimitée et qu’elle présente moins de contraintes techniques que l’offre légale, notamment grâce aux DRM (en français, gestion des droits numériques) que les grandes majors du disque et du cinéma voudraient bien nous imposer.

Pour rappel, les DRM servent à (définition de Wikipédia) :

  • restreindre la lecture du support à une zone géographique prévue (par exemple les zones des DVD) ;
  • restreindre ou interdire la copie privée du support (transfert vers un appareil externe)
  • restreindre ou verrouiller certaines fonctions de lecture du support (désactivation de l’avance rapide sur certains passages d’un DVD) ;
  • identifier et tatouer numériquement toute œuvre et tout équipement de lecture ou enregistrement (pour faciliter le pistage des copies non autorisées).

Tout pour favoriser l’émergence de la créativité quoi ^^.

Comment voulez-vous qu’une offre payante, limitée et contraignante gagne les faveurs du public ? Ce n’est tout simplement pas possible, on ne peut pas contraindre les gens à acheter s’ils n’en ont pas envie.

J’ai un ami qui collectionne les films qui lui ont plu, ainsi que certains CD de musique. Quel est son comportement ? Il télécharge d’abord le film, ou il va le voir au cinéma, et si le film lui plaît, il l’achète. De même pour la musique, il veut d’abord écouter l’album sans contrainte, pour décider après de son achat s’il l’a jugé de qualité.
Et bien du point de vue d’Hadopi, mon ami est un criminel qui tue la création… Alors qu’il participe pleinement au financement des artistes. Quelle belle logique.

Un intervenant dans le documentaire compare la situation actuelle avec l’émergence de l’imprimerie :
Qui était concerné à cette époque par cette révolution majeure ? A l’époque, les moines copistes détenaient le monopole de la culture écrite, et ils se sont retrouvés au chômage, n’ayant aucun avantage à offrir par rapport à l’imprimerie.

Qui est aujourd’hui concerné par la disparition progressive des supports physiques dans le milieu de la culture ? Ce ne sont pas les artistes, mais les éditeurs. De vrais moines copistes de DVD ^^

D’ailleurs beaucoup d’artistes engagés sont bien entendu contre Hadopi. Il n’y a que certains « gros » artistes confortablement installés, qui s’aperçoivent que vivre d’une rente sans rien faire de nouveau marche de moins en moins.

Les VRAIS créatifs et artistes sont aujourd’hui principalement sur Internet et ils arrivent très bien à vivre de leur travail. Regardez le documentaire (sisi j’insiste, c’est vraiment à ne pas louper) pour voir par exemple le travail de la fondation Blender pour éditer des films d’animation en 3D de haut niveau, ou le travail de Nina Paley, qui a créé un film d’animation qu’elle a offert à la communauté, qui le lui rend bien…

Autre chose aussi : si vous voulez faire des mixages, des bootlegs ou des compilations de chansons rares qui ne sont plus éditées, c’est impossible car il faut demander l’autorisation à plusieurs « ayants droits » qui peuvent vous la refuser sans raison valable. Ce qui nous donne certaines musiques, films, jeux vidéos qui tombent dans l’oubli et dont personne ne peut plus profiter.

J’espère que je vous aurais donné envie de voir ce documentaire et que j’aurais sensibilisé quelques personnes aux problématiques qui se posent avec notre chère Hadopi, qui défend des valeurs d’un autre temps et fait tout sauf favoriser la création, mais défend plutôt les intérêts d’une minorité qui veut garder le contrôle de la culture.

En tout cas c’est mon avis et celui des intervenants du documentaire « Copier n’est pas voler » 😉

9 Commentaires sur cet article

  1. Anonymous

    Tres bon point de vue. Je vais regarder la video que tu pointe ce soir. Merci pour cet article

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  2. Mais de rien! Merci surtout aux auteurs de la vidéo (bien plus complète que ce que j'ai pu écrire) et à ceux qui se bougent pour stopper ses aberrations.

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  3. Anonymous

    +1 ^^

    petit axe de réflexion supplémentaire :
    HADOPI, par ces pub, annonce que sans elle pas de création. Alors quelle ne participe pas a financer la création ^^

    La création est bien sur le net, il n'y a qu'a faire une petite recherche avec comme mots clé "fan fic" pour le voir ^^

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  4. Effectivement ta réflexion est pertinente !

    L'argent investi dans Hadopi n'est utilisé que pour faire de la propagande (et le mot n'est pas trop fort : "La propagande désigne un ensemble d'actions psychologiques effectuées par une institution déterminant la perception publique des événements, des personnes ou des enjeux, de façon à endoctriner ou embrigader une population et la faire agir et penser d'une certaine manière").

    Au lieu de chercher à trouver d'autres moyens de créer de la valeur (moyens que les jeunes artistes ont trouvé tout seul hein) ou d'aider les artistes 'old school' à s'en sortir dans ce nouveau monde qui a radicalement changé… Hadopi préfère essayer de faire changer toute la population.

    Pas de remise en cause pour les gros éditeurs et pas plus d'argent pour les artistes (selon PCInpact, + 15% de revenus perçus sur l'année 2010 chez les producteurs indépendants, un hasard peut être ??).

    Bon courage pour arriver à faire marcher cela avec une horde d'opposants sur le net 😉

    Et merci pour ton commentaire constructif.

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  5. Mana Peer

    "Si on pousse la logique hadopienne plus loin, aura-t-on seulement le droit de faire des références à une œuvre, ou faire une parodie, sans contrevenir à la loi ?"

    On y arrive. Le parodiste Littlekuriboh à du retirer sa série (au moins le premier épisode, j'ai pas tout suivit) de youtube parce qu'il utilisait les image de la série originale.

    Bon, c'est la législation américaine, mais les différences avec ce qui se passe ici ne sont pas énormes.

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  6. De pire en pire… Merci Mana Peer pour ce complément d'infos.

    Aura-t-on encore le droit de chanter une chanson dans la rue sans tomber sous le coup d'une loi?

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  7. Pas eu le temps de tout lire (je le ferai plus tard, promis) mais je réagis à chaud pour les affiches : leur publicitaires devraient retourner en cours de com', pendant quelques minutes j'ai cru que c'étaient des fakes…

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  8. Sans Hadopi, pas d’Hadopi… Ca m’plait 😉

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  9. ça fait 5 ans facile, que je fais ce discours à tout ceux qui sont contre le partage de média… ça fait plaisir, de voir des gens comme toi… continue.

    J’en ai marre, d’être vu comme le diable à abattre ou comme un imbécile qui n’a rien compris ^^. ou ne rien dire,dans son coin, en observant, la majorité critiquer un mal qui n’existe pas…
    Malheureusement, il n’y a pas qu’hadopi, qui fait office de religion à la mode, il y a aussi « la religion extrême verte », mais ça c’est un autre débat…

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