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Le Procureur de Paris souhaite qu’Apple et Google n’encryptent plus les téléphones

Le Procureur de Paris souhaite qu’Apple et Google n’encryptent plus les téléphones

Alors qu’il est très facile de perdre ou de se faire voler son téléphone portable, la perte d’un de ces appareils nomades peut aller bien plus loin que la simple disparition de votre téléphone, car des derniers contiennent maintenant des données très personnelles et précises, notamment des mots de passe, l’accès à nos comptes bancaires, à nos emails personnels ou professionnels…

Afin de rassurer les utilisateurs des smartphones propulsés par leurs systèmes d’exploitation, Apple et Google ont voulu imposer le cryptage des données stockées sur les terminaux tournant sur Android ou iOS. Une situation qui ne plaisait déjà guère au directeur du fameux FBI, militant actif contre l’encryptage des données sur les téléphones portables. Il semble bien que la paranoïa contre le chiffrement des données de nos mobiles ait bien franchi l’Atlantique, puisque c’est maintenant le Procureur de Paris qui co-signe une tribune dans le New York Times s’exprimant contre le cryptage des données personnelles…

« Maintenant, au nom des victimes de crime du monde entier, nous demandons si ce chiffrement en vaut vraiment la peine. »

Il faut savoir que si les téléphones interceptés sur une scène de crime sont verrouillés et encryptés, il n’est pas possible actuellement pour Apple ou Google d’en décoder le contenu, puisqu’ils n’en possèdent pas les clés. Si certaines informations sont stockées dans le Cloud (iCloud ou le stockage en ligne de Google), il sera alors possible d’y accéder en faisant une requête auprès de ces entreprises américaines pour accéder aux données convoitées.

Encore une fois, le respect de la vie privée est mis en balance face à la lutte contre le crime. Une lutte bien entendu nécessaire, mais qui ne devrait, à mon sens, ne pas non plus nous faire entrer dans une société où potentiellement tout ce que l’on écrit ou lit sous un format numérique peut être accessible aux forces de l’ordre.

Un exemple de message crypté
Un exemple de message crypté

Ainsi, le Procureur de Paris, ainsi que le préfet de Londres, le procureur Manhattan et le procureur en chef de la Haute Cour espagnole s’expriment dans cet article publié sur le célèbre New York Times, où nos hommes de justice argumentent sur la nécessité à ce que les forces de police puissent accéder aux données présentes sur nos téléphones, en prenant des exemples extrêmes comme la lutte contre le terrorisme, la pédophilie, des crimes sexuels, des cyber-crimes, des vols et des homicides.

Il me semble néanmoins que ces messieurs perdent de vue la nécessité que les utilisateurs d’un téléphone portable puissent avoir leurs données personnelles stockées sous un format véritablement sécurisé. Le vol ou la perte de ces données pourraient être bien plus fréquents que des actes de terrorisme (dont l’encryptage ou non des données sur les smartphones n’auraient finalement rien changé aux situations qui ont eu lieu en France en ce début d’année). Le fait de rendre vulnérables nos appareils, qui sont maintenant devenus les ordinateurs les plus personnels qui soient, afin qu’il soit plus facile pour la police d’accéder aux données qui y sont stockées les rendent aussi plus vulnérables à toute forme de piratage, vol, ou modifications des informations.

Et que sera un monde dans lequel il ne sera plus du tout possible d’espérer avoir la moindre vie privée sur ses appareils personnels ? L’étendue actuelle de la surveillance de masse mise en oeuvre légalement en France avec la Loi Renseignement laisse déjà à penser qu’il sera bien difficile de cacher quoi que ce soit aux autorités, quand bien même vous n’avez rien à vous reprocher. Mais il semble que cela ne suffise pas pour les représentants de la Justice, qui veulent maintenant disposer obligatoirement d’une porte dérobée pour pouvoir accéder dans tous les cas à ce qui peut être stocké dans nos smartphones.

Et pourquoi pas, dans un futur proche et par extension, interdire le chiffrage des données sur nos ordinateurs personnels et professionnels ? Ces décisions risquent bien de provoquer de grandes brèches dans la sécurité informatique de nombreux services, laissant la porte ouverte à des piratage de grande envergure causant bien plus de dégâts que l’encryptage des données de nos smartphones.