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Et si les systèmes anti-copie des films n’avaient pas été mis en place pour lutter contre le piratage ?

Et si les systèmes anti-copie des films n’avaient pas été mis en place pour lutter contre le piratage ?

L’industrie cinématographique ne s’est jamais portée aussi bien que durant ses dernières années : entrées dans les salles obscures, sorties en DVD et Blu-Ray, produits dérivés… Là où d’un côté certains ayants-droits nous annoncent une crise culturelle sans précédent pour justifier la nécessité de lutter contre le piratage de leurs oeuvres, ils annoncent à leurs actionnaires des résultats financiers plus que rassurants.

Pourtant, le piratage de films n’a pas faibli non plus durant ces dernières années : malgré les systèmes de protection anti-copie mis en place, un film sorti en Blu-Ray dans le commerce se retrouvera immanquablement sur Internet en téléchargement illégal le lendemain de son lancement. Pourquoi donc l’industrie du cinéma continue-t-elle de mettre à jour en permanence ses protections anti-copie si elles sont complètement inefficaces ? Et si les systèmes anti-copie des films n’avaient pas été mis en place pour lutter contre le piratage ?

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Rien qu’à voir l’affiche : ne vous attendez pas à un chef-d’oeuvre

Cette réflexion est le fruit du récit d’une personne ayant récemment acheté le film The Mortal Instruments. Un film sans grande prétention, adaptation cinématographique d’une série de romans fantastiques à succès.

Cette personne s’est procurée le film au format Blu-Ray dans sa FNAC locale, la version DVD étant en rupture de stock au moment de l’achat. Déballage du film, et insertion du disque dans un lecteur de Blu-Ray de marque Samsung (modèle HT-C5500) : le film refuse catégoriquement de se lancer.

Qu’à cela ne tienne, cette personne possède un autre lecteur de Blu-Ray : celui de sa Freebox Révolution. Malheureusement, même constat pour la box Internet de chez Free : impossible de regarder le film dans sa version Blu-Ray.

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Ce Blu-Ray est protégé par un système anti-copie

Le disque serait-il défectueux ? Ce n’est pas si simple… Il s’avère en fait que les disques Blu-Ray comportent des protections anti-copie fréquemment mises à jour (comme par exemple Cinavia). Sur le papier, on comprend aisément que l’industrie du cinéma souhaite empêcher le piratage sauvage de ces oeuvres, et l’utilisation de protections anti-copie paraît tout à fait justifiée.

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Une mise à jour de votre lecteur Blu-Ray est nécessaire

Seul problème : ces mises à jour dans les protections nécessitent que les lecteurs de disque soient eux aussi mis à jour.


Dans le cas présenté ici :

  • Samsung n’assure plus les mises à jour du lecteur de Blu-Ray HT-C5500, un modèle sorti il y a 5 ans, mais encore largement disponible auprès de nombreux revendeurs.
  • Le lecteur Blu-Ray de la Freebox Révolution, bien que disponible maintenant depuis décembre 2010, a très souvent rencontré des problèmes de lecture avec certains disques Blu-Ray aux protections les plus récentes.


Il n’y a donc plus que 4 solutions qui s’offrent à notre infortuné cinéphile :

  • Faire une copie numérique de son disque acheté légalement pour son usage personnel.
  • Télécharger illégalement son film ou le regarder illégalement en Streaming.
  • Ne pas le regarder…
  • Acheter un nouveau lecteur de Blu-Ray.


Effectuer une copie numérique de son film protégé au format Blu-Ray est illégal aux yeux de la loi française : si nous payons aujourd’hui en France un droit à la copie privée et que nous avons bien théoriquement le droit de copier un film que nous avons acheté, il est illégal de casser les clefs de protection de ces films. Il est donc légalement impossible d’effectuer légalement une copie d’un film protégé en France.

Télécharger un film ou le visionner de manière non autorisée en Streaming, bien que l’on possède l’original, est théoriquement illégal au yeux de la loi française, car l’envoi sur Internet d’un film protégé n’est pas légal et que son téléchargement peut, par extension, vous rendre coupable de recel (bien que cela soit quelque peu tiré par les cheveux).

Acheter légalement un film pour ne pas le regarder… J’imagine que ce n’est pas la solution que vous aimeriez envisager.

Acheter un nouveau lecteur de Blu-Ray : l’obsolescence programmée est ici totale. La durée de vie du lecteur, bien que fonctionnant parfaitement, s’en trouve réduite à cause de l’arrivée de nouvelles protections imposées et du manque de support des constructeurs.

On comprend aisément que la plupart des cinéphiles frustrés se retourneront dans ces cas-là vers les 2 solutions illégales : la copie ou le téléchargement du film protégé.


A qui profite le crime ?

Sherlock loupe
Une énigme trop facile pour Sherlock

Nous avons donc une technique de protection anti-copie qui n’empêche pas la copie et qui incite à pirater les films achetés légalement. Comment l’industrie cinématographique en est-elle arrivée à ce paradoxe ?

Si les protections anti-copie n’empêche pas la copie, elles sont par contre logiquement soumises à l’utilisation d’une licence d’utilisation. Des licences payantes qui non seulement sont facturées aux producteurs du film, mais aussi aux constructeurs de matériel, et pas seulement de lecteurs Blu-Ray !

En effet, les films encodés sur Blu-Ray sont soumis à un lot de protections, dont la plus commune est le HDCP. Ce dernier nécessite que l’intégralité de la chaîne de diffusion soit compatible avec cette technologie. Il faut donc que votre TV soit aussi compatible HDCP ou que votre ordinateur le soit.

Les constructeurs de TV, de cartes graphiques et d’ordinateurs doivent donc eux aussi s’acquitter d’une licence d’utilisation commerciale.


A mon sens, les protections anti-copie des Blu-Ray n’ont aucunement été mises en place pour empêcher le piratage, mais pour contrôler le marché de la vidéo à domicile, la plupart des acteurs étant « taxés » sur la chaîne de fabrication, de production et de diffusion.

Mais cette volonté de contrôler toute la chaîne risque fort de favoriser des habitudes de piratage auprès des consommateurs : pensez-vous que la personne qui a cassé sa tirelire pour acheter un film légal au format Blu-Ray va retenter l’expérience ? Ou bien va-t-elle se tourner vers des solutions sans contrainte, multiplate-formes et gratuites comme le populaire Popcorn Time ?

Il me semble que la deuxième solution soit la plus probable.

Source

9 Commentaires sur cet article

  1. MaitreFraisier

    Ca me rappelle la publicité sur tous les dvd « LE TELECHARGEMENT ILLEGAL, C’EST DU VOL! »
    Alors que t’as acheté ton dvd tout ce qu’il y a de plus légitime, pourquoi mettre en garde le consommateur modèle ? Celui qui paye sa copie ?

    Sans compter la multitude de publicités avant d’accéder au menu du film.

    Au final on achète son dvd disons 20€, 15min de publicité et avertissements anti-piratage pour regarder un film. Film que l’on ressortira dans 5ans de son étagère.

    C’est bien un monde d’hypocrites, cet article le démontre encore.

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  2. Bizarre cette histoire, mais je ne dirais pas étrange… Moi je regarde mes films BR sur ma PS3, qui continue en permanence à faire des mise à jour… 20 minutes de perdue à chaque fois que j’en ai si rarement 30 à dédier au jeu…

    Ma femme est fan de Twilight. Je lui avais donc offert en son temps le premier film au format BR (comme les suivants d’ailleurs). Un film qui doit avoir maintenant 5 ans et qui a rondement tourné dans la console une grosse dizaine de fois au moins. Puis, l’automne dernier, je mets le film dans la console … et rien !

    Il ne démarre plus, il ne se passe juste rien. Comme si un bug d’anti-copie s’était mis en place ! ou comme ci un nombre de visionnage avait été atteint (oui, puisque la console stocke tout ce que l’on fait quand on regarde un film.) Ce qui est certain c’est que le film n’a aucune griffe !

    Impossible d’aller rouspeter qqpart, je n’ai aucune piste, trop peu de faits à comparer pour cibler le problème… Je sais juste que le BR du premier Twilight a été supprimé ou retiré de la vente il y a un peu plus d’un an et que les magasins liquident les BR suivant en cours… étrange ? Un problème constaté avec les maj d’anti-copie ou réel rupture de stock ? Là aussi, ni Sony, ni Universal ne m’aura répondu sur les réseau sociaux…

    Au fond, qu’achetons nous réellement ? Ce que cela m’énerve ce nouveau monde du media !

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  3. Pour info,

    il est parfaitement légal de casser les clés de cryptage d’un support type DVD ou BluRay, dès lors que c’est pour des raisons d’interopérabilité. Le fait que les nouveaux systèmes de cryptage n’assurent pas de compatibilité descendante est un problème d’interopérabilité qui – je pense – justifie l’usage d’un système permettant de casser le dispositif de cryptage. cf. Décision du Conseil d’Etat sur VideoLan : http://www.legifrance.gouv.fr/affichJuriAdmin.do?oldAction=rechJuriAdmin&idTexte=CETATEXT000019216315&fastReqId=1851277972&fastPos=1

    Par ailleurs, la copie privée n ‘est aucunement un droit, c’est une exception au droit à la propriété intellectuelle, ce qui est tout à fait différent. La taxe que nous payons vise à compenser le risque de perte de gains pour les éditeurs, lié à cette copie privée.

    Cordialement,

    Skeepy.

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  4. Calcifer

    Dernièrement j’ai remis un bluray dans la PS3 et j’ai cru mourir tellement c’était long pour arriver jusqu’au film.
    Du coup j’ai rippé mes dvd et bluray sur mon serveur , un petit htpc dans le salon et roule ma poule.
    Plus de pubs à la con , de bandes annonces impossibles a passer , et de menus bof bof.
    J’arrive pas à comprendre que l’on nous impose tout ça alors que l’on achète le produit.
    Ils voudraient dégouter les consommateurs qu’ils ne s’y prendraient pas mieux.

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  5. Des gens qui ne piratent pas, ça existe encore ? O_o

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  6. cinavia lol, audacity filtre (celui qu’on utilise pour enlever le souffle) pour supprimer le flux se trouvant dans les 22500 et ciao cinavia de mes 2 ;-D

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  7. cinavia est dans les fréquences audibles de la bande son (souvent une scène d’action ou élévement du son pour le masquer) c’est d’ailleurs pour cela qu’il n’a pas été intégré dans les disques audio car il s’entendait ! à faire tourner please

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