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Hadopi en train de mettre en place la surveillance d’Internet en France, sans demander la moindre autorisation

Hadopi en train de mettre en place la surveillance d’Internet en France, sans demander la moindre autorisation

À ses débuts, la Hadopi pouvait être considérée tout au plus comme une initiative maladroite d’un gouvernement pour répondre au lobbying de l’industrie culturelle.

Les moyens de surveillance envisagés étaient obsolètes le jour de leur lancement, les immenses sommes d’argent englouties pour des résultats somme toute ridicules, les retards à répétition, ainsi que les interventions maladroites des responsables d’Hadopi ont fini de discréditer la Haute Autorité dans le coeur de l’immense majorité des Français et des médias.

On jette notre argent par les fenêtres, mais au moins on se dit qu’ils ne peuvent pas faire grand mal à nos libertés fondamentales sur Internet.

Il semble pourtant que les plans de la Hadopi soient en train de changer drastiquement, et qu’après avoir essuyé une crise pour convaincre les pouvoirs politiques de son indispensabilité, la Haute Autorité soit en train de mettre en place un très ambitieux programme de surveillance d’Internet en France, et ce sans avoir demandé la moindre autorisation à la CNIL ou aux acteurs impliqués.

Ne voulant plus se cantonner à la surveillance du P2P, boudé par de nombreux internautes, et dont il est très facile de se substituer, Hadopi souhaite étendre ses pouvoirs de surveillance au téléchargement direct, au streaming, aux forums d’échanges Usenet et aux moteurs de recherche.

La raison officielle ? « L’observation de l’utilisation, qu’elle soit licite ou illicite, des œuvres et des objets protégés (…) sur les réseaux. »

Les moyens mis en place ? Bien trop évolués pour prétendre répondre à une simple récolte d’informations basiques : surveillance « des plateformes les plus en vue chez les internautes », parcours automatiques des sites et forums pour « procéder à l’analyse des liens afin de déterminer la structure de ces familles de liens », création de clients modifiés pour accéder aux réseaux P2P…

Intriguant aussi, la Hadopi souhaite avoir accès aux données NetFlow des fournisseurs d’accès à Internet pour récolter des informations très pointues, ce qui lui donnera par exemple accès aux adresses IP de ses cibles, les applications accédant à Internet qu’elles utilisent, les adresses IP des destinataires…

Cette ambitieuse liste fait peur pour une simple récolte d’indicateurs sur le piratage de contenus vous ne trouvez pas ?

Ajoutez en plus le robot analyseur de référencement Linkstorm, qui part du principe que tout ce qui n’appartient pas au label PUR d’Hadopi (qui est un gros fiasco) n’est pas à considérer comme faisant partie de la légalité (depuis quand Hadopi peut-elle se substituer à un juge pour juger de la légalité d’une offre ?), couplé aux capacités de référencement que veut obtenir la Haute Autorité….

Ne sommes-nous pas en train d’assister à la naissance d’un organisme de surveillance d’Internet véritablement dangereux pour les citoyens français, qui sous couvert de la lutte contre le piratage, prend des libertés avec la loi qu’elle est censée protéger (non-paiement de ses factures, aucune autorisation des moteurs de recherche ou de la CNIL pour réaliser son outil d’analyse, violation potentielle des licences des logiciels P2P modifiés sauce Hadopi…) dans le seul but de favoriser l’industrie du cinéma, qui pourtant ne s’est jamais aussi bien portée que durant ces dernières années ?

On le sait tous, il ne s’agit que de fausses excuses pour imposer une surveillance accrue d’Internet aux Français, en s’abritant derrière la menace du piratage, qui pourtant n’a pas d’impact sur le cinéma en France durant ces dernières années.

Cela vaut-il vraiment le coup d’abandonner nos droits d’avoir une vie privée pour sauvegarder les intérêts de groupements d’entreprises ouvertement cyniques vis-à-vis de leurs clients ?

Mon avis ici est que, dans la volonté de surveiller et contrôler de plus en plus les usages d’Internet, il y a clairement une disproportion qui est en train de se créer entre le but recherché et les moyens mis en place. Ils iront jusqu’où nous les laisseront aller, et je crois qu’il est grand temps de crier stop avant qu’il ne soit trop tard et que 1984 soit concrètement mis en place sous couvert d’excuses fallacieuses…

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26 Commentaires sur cet article

  1. Ca fait des années qu’on crie stop, et le gouvernement s’en fout ! Il fait quoi, Hollande, là ? Qu’il supprime cette ineptie, ça fera ça en plus dans les caisses de l’état !!

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    • Frewd Blan

      Quand on voit les sommes qu’ils demandent chaque année pour « assurer le bon fonctionnement » de l’organisation; je pense qu’on aurait considérablement réduit notre dette en leur retirant tout crédit et en tentant de véritablement proposer un nouveau modèle, plutôt que de défendre becs et ongles un système dépassé par l’Internet.

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      • Je pense que tu n’as aucune idée sur les ordres de grandeur du budget d’Hadopi (9 millions d’euros) et sur la dette de la France (1700 milliards d’euros), soit 0,0005%.
        C’est « considérablement » (sic) insignifiant

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    • J’ai cru lire quelque part que une fois créé ça ne peut plus être simplement supprimé (possible que ça soit ici d’ailleurs je ne sais plus).

      Par contre leur couper les vivres, ça je pense que ça doit pouvoir se faire ^^

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    • « Il fait quoi, Hollande, là ? »
      Il a déjà fait, juste après son élection, et avant d’entrer en fonction officiellement:

      http://www.01net.com/editorial/566759/quand-hadopi-rime-avec-lobby/

      Donc rien à attendre de ce coté là…

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  2. @Nikopik Toi tu vas encore te faire convoquer par Eric Walter

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  3. erheheerreer

    Et voilà. LOL. J’ai toujours dit que la liberté sur internet c’était fini. M’appuyant principalement sur la multiplication des organismes type HADOPI et la prolifération des lois dans le milieu à travers le monde.

    On s’est bien foutu de ma gueule, sous couvert d’arguments comme « Hadopi = aucun résulats ». N’empêche que maintenant, des lois sont en discussions partout, et on a juste à bien la fermer.

    ———-
    La vérité la voilà : tout cequi est relatif à Hadopi ou à la neutralité du net n’est pas assez diffusé pour que les informés seuls suffisent à faire avancer quoique ce soit.

    ——-

    Et c’est jsutement quand je lis des commentaires du type :
    « Nico 3 décembre 2012

    Bah, faut les laisser faire … ça va se finir un peu comme ça :
     »
    …Que je me dis qu’on est déjà foutu.

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    • C’est peut-être aussi le moyen le plus efficace et le moins « saignant » de laisser couler tout doucement.
      Un nouveau 1789 ne serait pas tendre.
      Mais bon, ce n’est qu’une vague hypothèse.

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  4. erheheerreer

    Bon ok, je suis du genre pessimiste.
    PAr contre, pour en revenir à Nico, l’article qu’il donne en lien est très bien tourné et intéressant.

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  5. Je pense surtout que la majorité des gens n’ont pas conscience de ce que leurs droits numériques impliquent, cf le « bug » Facebook avec le tollé que ça a provoqué alors qu’on parle ici d’un réseau SOCIAL et même pas d’un simple surf ou de communications privées.
    La Quadrature du Net est totalement inconnue de la majorité de la population et même si on commençait à l’entendre plus dans les médias « mainstreams », ils passeraient sans doute pour pas mal de monde pour une bande de geeks plus accrochés à leur PC qu’à des choses importantes.
    Quant à l’Hadopi elle-même, critiquez la et vous serez simplement de sales pirates ruinant les artistes qui s’accrochent aux facilités d’un réseau sans droits ni lois.
    Au final le seul moyen média pour défendre le réseau est le réseau lui-même que certains tentent de museler plus ardemment chaque année…

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    • erheheerreer

      Hum, pas faux, outre le manque d’information, la prise de conscience a son importance et pas des moindres.

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  6. merlinpimpim

    Pour les plus passifs, vous pouvez toujours soutenir La Quadrature Du Net qui défend nos droits contre ce genre d’initiative ici:
    https://soutien.laquadrature.net/

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  7. Super l’article alarmiste : à partir du moment où un organisme réfléchit à son évolution, pour toi c’est déjà fait ?

    Le fait que les activités d’Hadopi soient encadrées par la loi, pour toi, cela ne veut rien dire ? Le fait que toute modification de leur mission doit OBLIGATOIREMENT passer par un débat parlementaire et une modification de la loi, pour toi cela ne veut rien dire ?

    Alors oui, pour l’instant ils réfléchissent : et horreur, ils réfléchissent sans demander l’avis de la CNIL. Parce que pour l’instant, personne n’est obligé de demander l’avis de la CNIL pour réfléchir.

    Quant à ceux qui disent qu’il n’y a pas de liberté sur Internet, je les engage à aller dans des pays où justement tu n’as pas le droit de dire qu’il n’y a pas de liberté.

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    • Le soucis c’est que ça se fait toujours petit à petit. Il y a quelques années, notamment au lancement de Hadopi il me semble, on disait qu’il fallait être parano pour croire que le DPI serait un jour installé en France, et là, même si c’est pas encore pour demain, l’idée se fait de moins en moins improbable… Du coup désormais, j’ai un peu tendance à la parano aussi.
      Je ne dis pas qu’on n’a pas de libertés, mais justement, il faudrait éviter qu’elles nous soient retirées car après, il sera trop tard…

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    • On a aussi « réfléchi » à certains fichiers policiers et certains renseignements collectés un jour.
      Avant de se rendre compte qu’on s’était fait entuber de la plus belle manière et que ça se faisait dans notre dos.

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    • erheheerreer2

      Et puis bon, c’est pas comme si hadopi faisait preuve de bonne foie de ce côté.
      (factures impayées ou plus récemment leur volonté d’utiliser des services en allant à l’encontre de leurs conditions d’utilisation… et en prime ils ne cherchent pas à négocier, à prévenir ou quoique ce soit, ils comptes simplement passer par des VPN. On sait qu’ils grugent mais y’a pas de preuve…)
      Donc oui, quand ils parlent d’avenir, même s’ils ont su prouver que c’était des guignols, il faut les prendre très au sérieux.

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  8. Qu’est-ce qu’on peut faire, concrètement, pour arrêter ça? Je sais que comme tout bon français, nous aimons bien critiquer, non? Mais il faudrait maintenant trouver des solutions.
    Doit-on soutenir les 4 gus dans un garage? Écrire tous une lettre type à notre député? D’autres idées?

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  9. Même pas peur, le Netflow n’est pas du DPI. Au pire un petit VPN en plus de Peerblock…

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    • erheheerreer2454

      Et voilà. LE commentaire qui m’énerve par excellence… « J’ai une solution perso, alors je m’en branle » mais si ça continue, dans quelques années, les VPN seront interdits, c’est l’escalade, c’est tout.

      Et au passage, plusieurs affaires on tourné comme ça :
      -organisme type HADOPI : ben alors m’sieur, vous téléchargez illégalement, c’est quoi ça ?
      -« m’sieur » : c’est pas moi, je suis un simple VPN moi, le coupable c’est XXXXXX

      Et voilà, génial le VPN.

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  10. alors je vais marquer le 1er point Godwin mais qu’importe : « L’observation de l’utilisation, qu’elle soit licite ou illicite, des œuvres et des objets protégés (…) sur les réseaux. » donc comme la Gestapo en 42 qui surveillait l’utilisation licite ou illicite des tickets de rationnement. Ok, l’humanité progresse….ou pas…

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  11. TomJuillet

    Si on veut conserver l’ersatz de liberté qu’il nous reste sur le net, il faut passer un cran au dessus. Il ne faut pas attendre qu’il soit trop tard pour dire qu’on est pas d’accord. Ce qu’il faut, c’est sensibiliser les gens sur le sujet et proposer des pétitions et des manifestations. Je respecte fortement ce que fait la quadrature du net, mais a priori, tout ça n’a pas l’air suffisant. Dire qu’un système est nul, ok, mais si ça suffisait, la HADOPI ne serait qu’un lointain souvenir en plus d’être une bonne blague. Il faut prendre les gens à parti et défendre l’intérêt commun, sans ça, personne n’arrivera jamais à rien.

    En tout cas, si les prérogatives de la HADOPI évoluent, j’espère qu’on pourra tous compter sur nos amis anonymes pour foutre un beau boxon là dedans…

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  12. On peut malgré tout se faire entendre, il suffirait de créer une pétition sur Avaaz et de la faire tourner au maximum (nikopik, korben..). Si beaucoup de monde signerait il y aurait moyen qu’ils nous écoutent..

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  13. Connaissez-vous la technique du pied dans la porte ? Petit à petit nous n’aurons plus le choix, il faut faire quelques chose avant que ce ne soit plus possible.

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  14. Et moi pendant ce temps là, j’commente, je m’indigne mais jfais rien…
    Et moi pendant ce temps là jconsomme encore et encore.

    La LA lA là la là….

    Là la la la la la la la…

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