Avec la popularisation des nombreux logiciels, tels que Photoshop ou certains services Web, permettant de faire des retouches photo parfois invisibles à l’oeil nu et difficiles à détecter par des moyens conventionnels (voire même à réaliser de véritables tours de force), il est parfois extrêmement difficile d’affirmer à coup sûr si une image a été modifiée ou non.
Et puisque les images jouent un grand rôle dans l’actualité, parfois même dans certaines affaires portées devant la justice ou dans le cadre d’utilisation militaire, s’assurer de leur véritable authenticité est un enjeu extrêmement important.
Un logiciel très puissant, développé par une entreprise française, se charge de déterminer si des retouches ont été apportées à une photo, et s’il s’agit de simples corrections ou carrément d’ajouts d’éléments au sein de l’image :
Tungstène, le nom de cette petite merveille, permet de vérifier l’authenticité des photos pour le compte de la justice, de la défense, de la presse…
Si les recherches orientées dans ce domaine n’avaient pas encore permis d’obtenir un résultat intéressant, Tungstène s’avère être le premier programme capable de révéler des anomalies sur une photographie !
Comment cela marche-t-il ?
En utilisant 3 méthodes de détection distinctes, se complétant pour trouver les erreurs présentes dans une image donnée :
- Méthode optique : retrouve des aberrations dans les lumières ou les couleurs de l’image, comme par exemple quand un éclairage semble étrange, qu’il y a plusieurs sources lumineuses, etc.
- Méthode algébrique : analyse les structures mathématiques codant un fichier image et détecte les anomalies lorsque des retouches ont été effectuées.
- Méthode archéorithmique : derrière ce nom barbare se cache un principe simple. Chaque photo prise avec un appareil possède des caractéristiques propres au capteur de l’appareil photo. Tungstène analyse l’image et peut détecter si une image est composée de plusieurs photos provenant d’appareils photo différents, avec possibilité de retrouver la marque et le modèle exact. Cette méthode détecte aussi le nombre d’enregistrements qui ont été faits sur le fichier image.
Bien que nécessitant des temps de calcul assez importants (de quelques minutes à plusieurs heures pour des images complexes), le logiciel de détection est maintenant utilisé par l’AFP pour détecter de faux clichés de presse, par la défense française pour certaines images stratégiques (dernièrement, des images de bombardements envoyées par des rebelles en Syrie ont été authentifiées par ce biais).
Il s’est fait connaître lorsque le Nouvel Observateur a demandé à l’entreprise eXo maKina d’utiliser Tungstène sur la photo présumée du cadavre de Ben Laden en 2011, qui s’est avérée être un photomontage :
Il est aussi prévu de permettre la détection de modifications sur des fichiers vidéo dans un avenir proche, mais les temps de calcul nécessaires rendent pour le moment cette fonctionnalité difficile à obtenir.
Vous voulez aussi utiliser Tungstène ? J’avoue que cela risque de vous poser quelques problèmes avec votre banquier ^^
Le ticket d’entrée pour l’utilisation du logiciel est de 50 000 €, le réservant pour le moment à des administrations, de grands cabinets d’avocat, des agences de presse ou de grands journaux.
En espérant qu’un jour nous arriverons en tant que particuliers à accéder à une application du même genre pour vérifier par nous-mêmes si les photos de Tata Suzette en maillot de bain sont trop belles pour être vraies, ou si Nicolas Sarkozy fait gommer ses bourrelets sur les photos de vacances publiées dans les journaux :-D
Source : Science et Vie n° 1136 de mai 2012 et Image





Cool ! ça risque de décourager quelques uns.
J’avais vu cette vidéo il y a plusieurs années, déjà, qui m’a tout l’air d’être une arnaque. Suffit de copier coller les pixels de l’image dans un nouveau document pour effacer toutes les données EXIF, ou bien d’enregistrer l’image dans un format qui ne gère mas les méta-données, et là, au-revoir leur pseudo méthode archéoritbidule à 50 000 €.
Bref, j’ai bien ri !
@César:
Je ne suis pas spécialiste en photo & acquisition numérique, mais les explications de la video n’ont manifestement aucun rapport avec les méta-données contenues dans un cliché, et tiennent plutôt de l’analyse spectrale ou de l’étude du comportement du capteur numérique (appareil photo comme scanner je présume)
Ceci-dit quid des clichés sauvagement compressés, dans lesquels la qualité de sortie est largement diminuée et où ces supposées différentes signatures doivent être difficilement identifiables les unes des autres?
Faut pas déconner, un pixel d’une image JPEG sans méta-données ne contient rien d’autre qu’une valeur RVB, et non pas de spectre ou je ne sais quoi d’autre.
L’article parle bien de méta-données, à savoir la marque de l’appareil, son capteur, le nombre de sauvegardes. Donc sans celles-ci, dire que « détecter si une image est composée de plusieurs photos provenant d’appareils photo différents, avec possibilité de retrouver la marque et le modèle exact » est purement fantaisiste.
L’analyse optique ou algébrique, je veux bien, à la limite, car ce ne sont que des calculs entre les pixels pour mieux voir la topographie des couleurs, on peut faire la même chose en jouant avec le contraste.
César > On ne parle pas d’EXIF dans les données qu’ils utilisent mais de marques visible sur l’image elle-même, visuellement donc pas en metadata.
Un peu à la manière des imprimantes qui utilisent un marquage qui permet ensuite de savoir sur quelle imprimante a été imprimé tel document.
Si on modifie l’image RAW d’origine, peut-être bien, mais si on fait une capture d’écran de l’image truquée, je doute que quoi que ce soit soit conservé, tu vois ce que je veux dire.
Et si j’ai bien compris, ça travaille avec les fichiers sources de l’image. Donc si c’est un scan d’une photo, ça risque de moins marcher…
Bonsoir
J’avais fait une petite synthèse d’explication d’un article des messieurs Cozien, Haglon et Mauger, qui est paru il y a plusieurs mois dans un MISC et qui est disponible à présent sur la toile).
Pour ceux intéressés, ma synthèse est là : ‘Initiation aux concepts d’authentification des images numériques’: http://lamaredugof.fr/blog/2011/03/initiation-aux-concepts-d%E2%80%99authentification-des-images-numeriques/
Et l’article original, mis en ligne par M. Cozien (l’auteur de l’outil évoqué ici) : ‘Photographies numériques : manipulation des opinions et rupture d’alignement sémiotique’ http://www.exomakina.fr/eXo_maKina/Blog/Entrees/2011/1/1_HADOPI_2_le_retour_files/misc52_science.pdf
C’est un sujet passionnant tout ça, mais sans doute très complexe à mettre en œuvre.
Merci d’avoir attiré l’attention sur cet article dans Science et vie, vais sans doute aller me l’acheter du coup ^^
Je trouve vraiment regrettable que ses créateurs aient choisi de ne le rendre disponible qu’à de grandes organisations. Cela signifie que celles-ci pourront encore un peu mieux décider de ce qui est « vrai » ou pas…
Bim, je l’ai lu tout à l’heure (oui bon, ok, sur les chiottes), et je pensais en faire un article, me voilà devancé
Merci pour le complément Gof
Je vais du coup au moins aussi le citer.